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Economie de la prostitution: nouvelles tendances

lundi 8 mars 2010

Il ne se passe pas une année sans que le débat soit abordé en France : faut-il aller plus loin dans la pénalisation de la prostitution ? Où à l’inverse faut-il rétablir les maisons closes pour mieux réguler la prostitution ? Au détour de faits divers - tourisme sexuel, exploitation hideuse de jeunes filles, prostitution contrainte d’étudiantes vivant sous le seuil de pauvreté, scandale politique– le sujet revient constamment sur la table.

Pourtant la prostitution n’a pas toujours fait débat : elle est largement tolérée, presque qualifiée de « service public » pendant la plus grande partie de l’Histoire, garant de l’ordre social en permettant aux hommes d’assouvir leurs besoins. Flaubert pouvait dire en 1853 : « C’est peut-être par goût pervers, mais j’aime la prostitution et pour elle-même, indépendamment de ce qu’il y a en dessous ». La régulation de la prostitution ne commence en France qu’au début du 19ème siècle avec l’hygiénisme comme le note Alain Corbin dans « Les filles de Noces » (1982). C’est seulement à la fin du 19ème siècle que la régulation du marché sera remplacée par une législation stricte ayant pour conséquence la pénalisation de la prostitution.

La régulation a-t’elle cependant été véritablement néfaste à l’activité de la prostitution ? S’il est impossible de quantifier l’évolution du nombre de filles de joie au cours du temps, nous pouvons en revanche affirmer que la répression de la prostitution a eu un impact social très fort : la prostitution ne se fait plus dans la rue mais en intérieur. L’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication a multiplié les possibilités de rencontre entre prostituées et clients.

En fait, le marché de la prostitution n’est plus le même : il est cloisonné entre internet et des endroits centralisant une offre de prostituées comme des bars ou des clubs. Il y a donc un zonage géographique moins fort de la prostitution. On ne se déplace plus d’un quartier à un autre pour consommer mais on commande à domicile.

Quelles conséquences pour les principales intéressées ? Nous nous intéressons ici à la prostitution non forcée. Les prostituées sont désormais dans une logique de « carrière », exerçant leur activité sur le long terme et ayant un répertoire limité de clients réguliers, tandis qu’elles étaient auparavant des femmes luttant pour survivre, exerçant l’activité de prostitution sur une période courte avec des clients multiples et non-réguliers, pour répondre à un besoin immédiat – la drogue, le loyer, etc. Pour le sociologue américain Venkatesh, les prostituées du « dedans » sont des espèces de thérapeutes, offrant un service, bénéficiant par ailleurs d’un degré d’autonomie, de flexibilité et de liberté au travail qui est très enviable. Surtout, elles échappent aux représailles des policiers, des drogués, et ont généralement une clientèle plus agréable, bien qu’étant soumises régulièrement - mais relativement moins que les prostituées de la rue - à des représailles violentes. Elles font un choix rationnel de carrière en prenant en compte différents éléments.

Le marché des « Escortes » est d’ailleurs bien différent que la passe rapide à 50 euros : les sites internet ne donnent pas de coûts formels mais le coût fixe du rendez-vous - en dehors de toute prestation sexuelle - est au moins de 1000 euros, répartis entre un dîner chic, et une multitude de cadeaux suggérés – fleurs, parfums, sacs à main, etc. Beaucoup de femmes ayant choisi de se prostituer sont désormais en statut d’indépendantes : elles créent leur propre marché, à partir d’un auto-marketing qui ne passe plus par une agence d’escorte ou par un proxénète. Bien sûr, la fracture numérique est importante dans le marché du sexe : toutes les prostituées n’ont pas un accès égal aux nouvelles technologies. Les prostituées de luxe, ou disons des classes aisées, sont donc des femmes généralement éduquées, qui ont même une notion économique de leur métier : investissement de base dans la création du site, frais de fonctionnement (factures de téléphone, etc.), coûts de transaction (incertitude sur la nature de l’échange, etc.). Elles sont bien évidemment en situation de précarité car elles n’ont pas accès aux tribunaux pour défendre leurs droits ou s’assurer du bon paiement de leurs prestations, ni aux assurances pour les couvrir des risques de leur métier ou au syndicalisme pour améliorer leurs conditions de travail. La légalisation pure et simple de l’activité permettrait d’améliorer leur condition sociale mais également les conditions d’hygiène de leur métier.

Cependant, toutes les prostituées n’ont pas intérêt à ce qu’on légalise la prostitution : ont-elles la taille critique pour faire face à une offensive de Carrefour ou du Club-Med se lançant dans l’ouverture de chaînes de maisons closes ou dans l’organisation de voyages incluant prestations sexuelles en forfait ?

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8 commentaires:

Anonyme a dit…

Votre texte a retenu toute mon attention. Malheureusement, vous ne citez aucune source, aucune références bibliographique. J'aimerais connaitre ce qui vous permet d'écrire que "la prostitution n’a pas toujours fait débat : elle est largement tolérée, presque qualifiée de « service public » pendant la plus grande partie de l’Histoire, garant de l’ordre social en permettant aux hommes d’assouvir leurs besoins."
Merci
Dominique

Anonyme a dit…

Il y a peu d'historiens de la prostitution mais vous avez trois ouvrages qui reviennent sur sa place particulière dans les sociétés humaines:

- Celui de Corbin que je cite dans le texte;
- Celui de Jean Bottero sur la Mésopotamie;
- celui de Laure Adler sur les maisons closes au XIXème siècle.

Anonyme a dit…

Vous devriez plutôt lire "Mondialisation de la prostitution: une atteinte à la dignité humaine" publié chez Attac. http://www.france.attac.org/spip.php?article9005

Je me demande quand est-ce qu'on arrêtera de prendre les femmes pour de la marchandise et surtout qu'on arrêtera de justifier la prostitution pour satisfaire "les besoins naturels de messieurs". Sommes nous toujours au Moyen Âge ? Ça en a tout l'air.

Anonyme a dit…

Pour info, une escort coute généralement 300€, et c'est déjà un bon prix

Simon a dit…

Merci pour vos commentaires, et pour l'indicateur de prix.

Ne vous méprenez pas sur la démarche. Il ne s'agit pas de justifier la prostitution, ni de mépriser les droits humains. Le billet ne s'intéresse qu'à la prostitution volontaire, si bien sûr il est possible d'isoler la contrainte sociale qui existe derrière.

L'objectif du billet est de mieux comprendre l'économie de la prostitution et de l'insérer dans une perspective historique. Pour mieux pénaliser, il faut comprendre. Par ailleurs, si vous vous documentez sur les recherches historiques, sociologiques et politiques, vous verrez que l'attitude vis-à-vis de la prostitution n'est pas toujours négative, et que de nombreux commerçants ont pu défendre l'externalité positive que leur offrait la prostitution de quartier. D'où l'insuffisante régulation dénoncée par certains...

Jeanlouis a dit…

On ne peut plus aborder l'économie de la prostitution en france sans tenir compte de l'aspect européen. D'abord par rapport aux prostituées, qui en fait font de véritables sex tour a travers l'europe en démarchant une nouvelle clientèle (les escorts sont chères en france par rapport à l'étranger, d'ou leur intérêt vers notre pays), et ceci y compris pour des escorts hors réseaux. Mais aussi des clients qui fréquentent massivement désormais les pays frontaliers ou la prostitution en maison close ou bar est organisée légalement (c'est à dire tous les pays sauf l'Italie je crois).
Internet ne permet pas seulement le contact, les petites annonces que l'on voit fleurir en france. Pour tout ce qui est étranger, donc frontalier il permet une vraie publicité. Photos des filles, prestations, tarifs, visite video des clubs montrent de véritables entreprises locales avec l'accord des autorités. A moins d'un accord européen qui n'existera pas, car l'opinion publique de ces pays est majoritairement favorable à la prostitution, organiser une prohibition franco francaise ne va faire que pénaliser les clients du massif central et de bretagne aquitaine, et ceux aux horaires matrimoniaux inflexibles. Tous les autres sont à deux heures de route d'une frontière.

Simon PORCHER a dit…

Evidemment, le business model a changé et cela pose la question de la légalisation pure et simple des maisons closes. Sauf si on veut exporter le problème en dehors de la France...

Anonyme a dit…

Prostitués et non pas prostituées,à la limite prostitué(es).
Sinon y a des site d'escorte en linge,très accessible et gratuit pour ceux et celle (client ou professionnel)qui ne serait pas douée avec l'informatique: /Niamodel.com/ 150,200€ en moyenne et il y à des hommes!
Le site est basé aux états unis d’Amérique,pays ou la prostitution est prohibé sauf à Las Vegas (et en France)
Je ne comprend pas le terme de maisons close ni son principe,une légalisation implique le cadre juridique et fiscaux des professions libérale,pas un contrôle de l’activité ?

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