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Pénalisation des clients de la prostitution: qui y gagne vraiment?

mercredi 18 septembre 2013


Les lecteurs du blog, mes collègues et plusieurs autres personnes savent que la prostitution est un de mes sujets de recherche favoris, pour lequel j'ai d'ailleurs reçu avec mon collègue Alexandre Frondizi un honorable prix l'an passé à Boston

On parle depuis plusieurs mois de la pénalisation des clients de la prostitution. La loi prend forme: la députée PS Maud Olivier propose la création d'une contravention de 5ème classe, associant le recours à la prostitution à une amende de 1500 euros, dont la récidive constituerait un délit puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende. Le dispositif serait accompagné d'une peine complémentaire, un stage de sensibilisation aux conditions d'exercice de la prostitution, sous forme de désintoxication. 

Le problème du dispositif est qu'il ignore la différence entre prostituées de rue et prostituées d'intérieur comme les escortes. La pénalisation des clients est un moyen efficace de lutter contre la prostitution visible, celle qui se déroule dans la rue et qui gêne les riverains. Elle n'a en revanche aucune chance d'éradiquer la prostitution dans son ensemble. Le projet de loi repose sur l'idée que l'acte sexuel tarifé est une violence faite à la femme, ce qui est en partie vraie, les conditions de travail des prostituées de rue sont abominables, celles-ci étant souvent victimes de violence de la part des clients et des proxénètes, ces violences entraînant des arrêts de travail fréquents. Ce qui est contestable, c'est que le projet de loi annule le délit de racolage, qui n'est quasiment plus utilisé dans les faits, mais qui est pourtant le meilleur moyen d'aider toutes les prostituées à sortir de la prostitution et de les isoler des proxénètes. 

Au final, les prostituées de rue vont y perdre puisqu'elles devront opérer dans des endroits reculés, seront plus vulnérables aux violences et sortiront potentiellement de tout dispositif d'accompagnement vers la sortie de la prostitution. La prostitution invisible, via les réseaux sociaux ou les sites de rencontre et d'escortes, est sauvegardée par la mesure. J'écrivais il y a plus de trois ans que les prostituées d'intérieur n'ont pas intérêt à ce que la prostitution soit légalisée, bien au contraire. La réduction de la prostitution de rue va leur permettre d'augmenter les prix, de sélectionner des clients plus aisés (mais pas forcément moins violents) et de continuer à racoler indirectement sur des sites de rencontre.    

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