logo

"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


blog médias Tribunes Donation etc.
Affichage des articles dont le libellé est econoclaste. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est econoclaste. Afficher tous les articles

Une fracture mondiale sur l'acceptation de l'homosexualité

mardi 4 juin 2013
Le Pew Research Center vient de publier un rapport sur la manière dont l'homosexualité est acceptée à travers le monde. Les résultats d'un sondage réalisé sur les préférences des individus montrent sans surprise un lien positif entre laïcité et acceptation de l'homosexualité. L'étude révèle également que les pays les plus influents sont ceux qui acceptent le mieux l'homosexualité. Une ligne défendue également par le géographe Richard Florida au niveau national dans son essai The Rise of the Creative Class: les villes qui intègrent le mieux la diversité (homosexuels, minorités ethniques et femmes) sont celles qui innovent le plus. La raison est que les personnes talentueuses ont souvent plus de mal à s'intégrer dans des villes où la mixité est faible et choisissent donc de partir vers des villes à forte mixité. 

Voici quelques résultats de l'enquête du Pew:


  • Une corrélation entre tolérance vis-à-vis de l'homosexualité et un indice de religiosité




  • Une carte de la légalisation du mariage pour tous dans le monde:




  • Une carte du pourcentage de personnes pensant que la société doit accepter l'homosexualité:




Pour réduire le déficit de la France, merci Bernard Arnault!

lundi 10 septembre 2012




Dimanche soir, le Président de la République François Hollande, a détaillé les mesures qu'il comptait mettre en œuvre pour réduire les déficits publics et atteindre le seuil des 3 % auxquels il s'est engagé pour l'année 2013. Parmi les principales mesures annoncées figurent des réductions de dépenses (10 milliards d'euros avec le gel dépenses en valeur et la stabilité des effectifs de l'Etat) et des hausses d'impôts portant respectivement sur les entreprises (10 milliards d'euros) et les ménages (10 milliards d'euros également). Si celles-ci sont naturellement impopulaires, le président s'est voulu rassurant en promettant que ces prélèvements supplémentaires seront répartis de façon juste et équitable. Ainsi les grandes entreprises seront-elles mises davantage à contribution que les petites et moyenne entreprises (PME), créatrices d'emplois et durement affectées par la crise, par le biais d'une taxation différenciée entre les bénéfices réinvestis et des bénéfices redistribués, les grandes entreprises reversant des dividendes à leurs actionnaires plus souvent qur les PME. L'impôt sur les sociétés resterait inchangé mais les niches fiscales et les réductions d'impôts en tout genre, dont profitent principalement les grandes entreprises, seront réduites afin de réduire les avantages indus et garantir une participation progressive des grandes entreprises à l'effort de désendettement.

S'agissant des ménages, le gel du barème de l'impôt sur le revenu ne concernera pas les deux premières tranches de l'impôt sur le revenu, ce qui aura pour effet d'éviter que les plus faibles revenus ne voient leur niveau d'imposition augmenter mécaniquement au rythme de l'inflation. Par ailleurs, le président prévoit une augmentation de la dernière tranche du taux marginal d'impôt sur le revenu (45 %) et maintient la perspective d'un taux d'imposition de 75 % pour les revenus supérieurs à 1 million d'euros par part. Loin d'être confiscatoire et "symbolique", un tel taux contribuera à combler efficacement une partie des déficits tout en permettant aux 2 à 3 000 heureux détenteurs d'une telle fortune de conserver de substantiels revenus. Le fait qu'une telle mesure ne souffre d'aucune exception (artiste, sportif) doit être salué dans un souci d'égalité entre citoyens. Par ailleurs, la réduction des dépenses publiques de 10 milliards d'euros, à l'exception des secteurs de l'éducation, de la justice et de la sécurité, devrait rassurer ces riches contribuables,  toujours soucieux -plus que les autres?- de l'efficience des dépenses publiques.

On peut regretter le manque de précision du président dans les mesures annoncées. Peut-être seront-elles précisées lors de la présentation des projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale d'ici un mois? Ainsi la réforme de la protection sociale n'est-elle pas arrêtée, même si le transfert de charges sociales vers la CSG apparaît probable. Une contribution écologique pourrait être adoptée, mais s'agira-t-il d'apporter des ressources supplémentaires à la protection sociale ou bien d'opérer un transfert de charges sociales vers cette nouvelle taxe (taux de prélèvement obligatoire inchangé) afin d'améliorer la compétitivité-prix du travail?

Le président a aussi annoncé un objectif de réduction du chômage d'ici un an et de retour à la croissance d'ici deux ans à l'issue de son agenda du redressement de la France. Encore une fois, aucune mesure concrète n'a clairement été avancée. Tout au plus a été évoquée la réforme du marché du travail. Celle-ci devra être négociée entre partenaires sociaux. Si l'on ne peut que se satisfaire de la volonté affichée de respecter le dialogue social, il est cependant difficile de croire à un accord tant restent grandes les différences d'approches entre organisations patronales et syndicales, les premières privilégiant une plus grande flexibilité du marché du travail (faciliter le licenciement favoriserait l'embauche) tandis que les secondes insistent sur la protection des salariés et des parcours professionnels. En l'absence de mesures plus précises, on garde le sentiment étrange que le président fait reposer le retour de la croissance et la diminution du chômage sur la simple "réforme" du marché du travail alors qu'elles nécessitent des politiques structurelles et transversales comme la formation, l'innovation, la politique en faveur des entreprises et des industries, la recherche, la compétitivité ou même la politique commerciale et européenne.

Enfin, on peut regretter que le président ne se soit pas emparé de la nouvelle du week-end pour proposer une mesure radicale permettant de combler durablement les déficits de l'Etat. Alors que le milliardaire Bernard Arnault a annoncé vouloir acquérir la nationalité belge sans renoncer à sa nationalité française pour des raisons, sinon fiscales -il prétend qu'il continuera à payer l'impôt sur le revenu en France - du moins patrimoniales - âgé de 63 ans, notre illustre self-made man doit penser à sa succession -,  François Hollande aurait dû proposer, comme mesure de rétorsion, une réquisition, au moins temporaire, des biens et avoirs de notre mauvais patriote, ou au moins des revenus générés par son florissant groupe de luxe. Ceux-ci auraient été bien employés à réduire le déficit de l'Etat dans une période où les hausses d'impôts vont affecter l'ensemble des Français: alors que le président a assuré vouloir rendre cette augmentation la plus juste et la plus équitable possible,  il est parfaitement légitime que des milliardaires comme Bernard Arnault soient mis à contribution à proportion de leurs si hauts revenus et même pénalisés à hauteur de leur manque de civisme.

Certes, à l'ère de la mondialisation, il n'est pas étonnant de changer de lieu de résidence et ainsi,  pourquoi pas, de nationalité. Toutefois, meme si notre ami Bernard tente de rassurer son monde en affirmant vouloir conserver sa nationalité d'origine à laquelle il doit sûrement être attaché -ce que tolère le code de la nationalité belge qui autorise la pluri-nationalité, la Convention du Conseil de l'Europe de1963 sur la réduction des cas de pluralité de nationalités et sur les obligations militaires en cas de pluralité de nationalités précise dans son article premier que l'obtention de la nationalité d'une partie contractante- en l'occurrence la nationalité belge - fait perdre la nationalité antérieure. En théorie donc, tout Français qui acquiert la nationalité belge perd sa nationalité française, mais il semble que le code de la nationalité belge ne soit sur ce point pas conforme aux dispositions de la convention de 1963 (des spécialistes peuvent-ils le confirmer?).

Quoi qu'il en soit, l'article 2 de la même convention précise que tout individu possédant plusieurs nationalités pourra renoncer à sa nationalité d'origine et ce, sans l'accord de son pays d'origine, s'il dispose d'une résidence habituelle depuis plus de dix ans dans le pays dans lequel il sollicite et entend conserver sa nouvelle nationalité. Ainsi après quelque temps passé sous le régime de la double-nationalité franco-belge, Bernard Arnault, qui dispose d'un pied-à-terre en Belgique depuis de nombreuses années après avoir fui une première fois, en 1981, le péril rouge français, pourra-t-il renoncer, de droit, à sa nationalité française sans que l'Etat Français ne puisse y trouver à redire. Il pourra alors optimiser comme bon lui semble son patrimoine: il payera certes en France, encore quelques années s'il le souhaite, ses impôts sur le revenu, mais il pourra surtout transmettre son entreprise à ses héritiers à des conditions défiant toute concurrence. Il est en effet bien connu que les impôts sur le revenu sont plus élevés en Belgique qu'en France -M. Arnault ne souhaite pas rester un résident fiscal français pour rien- mais que les impôts sur le patrimoine y sont moins élevés. Le milliardaire gagnera donc sur tous les tableaux: à la France il fera don d'une imposition sur les revenus relativement faible, quoi qu'on en dise; et à la Belgique une taxation sur son patrimoine plus avantageuse -parce que plus faible- qu'en France.

Reste encore une petite question: le patriotisme de M. Arnault dépendant de la fiscalité, l'Etat français pourra-t-il lui demander de rembourser le coût de sa formation initiale, conclue par une magnifique réussite à l'une des plus prestigieuses écoles de la République et qui a été intégralement financée par le contribuable français? Par ailleurs, notre milliardaire n'a-t-il pas peur de voir son géant du luxe disparaître sur un coup de dé après un mauvais pari, une  relance hasardeuse ou un "tapis" ("all-in") mal négocié de son fils – successeur désigné?- dont le goût pour le poker est connu? Face aux risques de dilapidation de l'empire familial, mieux vaudrait la nationalisation!

                                                                                                          Stakhanov
                                                                                                          aleks.stakhanov@gmail.com

La fiscalité des hauts revenus: le cas des footballeurs

mercredi 15 février 2012







Les footballeurs sont parfois considérés par les supporters comme des mercenaires: Nicolas Anelka, aujourd'hui parti joué en Chine est l’exemple même du footballeur hyper mobile (il a joué au cours de sa carrière en Angleterre, en Espagne, en France, en Turquie et désormais en Chine et dans près d'une dizaine de clubs).

Le marché du travail pour un footballeur est de dimension mondiale. Les règles et les attentes professionnelles sont les mêmes dans tous les pays, et la maîtrise de la langue du pays n'est pas impérative pour jouer au football. Depuis l'arrêt Bosman en 1995, les clubs européens ne sont plus limités dans le recrutement de joueurs étrangers issus de l'Union Européenne ce qui facilite la mobilité des footballeurs en Europe.

Trois économistes Henrik Kleven, Camille Landais et Emmanuel Saez ont un papier sur le rapport entre la fiscalité et l'attractivité des championnats européens. Les footballeurs font figure ici de borne supérieure pour étudier l'influence des taux d'imposition sur la mobilité internationale des travailleurs à haut revenu. Ils en concluent à l'existence d'un lien mais beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.

Il existe bien une corrélation entre la fiscalité et la performance sportive (mesurée ici par l'indice UEFA). Parmi les 5 championnats les plus prestigieux d'Europe (Angleterre, Italie, Espagne, Allemagne et France), ce sont les pays où la fiscalité est la moins élevée qui ont les meilleures performances dans les différentes compétitions européennes existantes.

En revanche, les footballeurs sont moins imposés en Suisse qu'en Allemagne mais leurs équipes sont moins efficaces au niveau européen que les équipes Allemandes. La fiscalité ne peut à elle seule expliquer l'attractivité d'un territoire, d'autres critères telles que l'histoire d'un championnat ou la ferveur des supporters sont à prendre en compte.

Certains pays ont choisi de mettre en place des politiques fiscales attrayantes pour attirer les meilleurs footballeurs. En Espagne par exemple, les footballeurs bénéficient d'un dispositif spécifique depuis 2004. La « loi Beckham » permet aux travailleurs étrangers installés depuis moins de 5 ans de bénéficier d'un taux d'imposition de 24% contre 56% pour les salaires de plus de 300 000 euros annuels.
 
On dit par exemple que Cristiano Ronaldo aurait quitté Manchester United pour rejoindre le Real Madrid en 2009 afin de bénéficier de ce régime, au moment même où l'Angleterre augmentait ses taux d'imposition sur les hauts revenus. De la même manière, on pourra comprendre le départ prochain du Barça d’Eric Abidal, par la fin de la période de 5 ans qui lui permettait de bénéficier d'une telle fiscalité.

Cependant, les auteurs de cette étude précisent que les régimes fiscaux préférentiels pour les footballeurs étrangers entraînent des « effets d'éviction ». L'arrivée de nouveaux joueurs talentueux évince les joueurs locaux et entraîne donc le départ de gros contribuables, réduisant en définitive « l'effet absolu » des baisses d'impôt sur les hauts revenus.

Là où il y a récession, la criminalité diminue

mercredi 28 septembre 2011
Le présent graphique montre le lien entre évolution de la criminalité entre 2007 et 2010 en ordonnées et évolution de la richesse par Etat des Etats-Unis d'Amérique à la même période. The Economist donne trois explications: soit le crime est un acte rationnel dans la veine de Gary Becker et les criminels, conscients que la récession frappe leurs potentielles cibles, estiment que le coût d'opportunité du crime est trop important; soit les Etats en récession sont ceux qui ont renforcé la sécurité au détriment d'autres investissements de croissance; soit les criminels ont migré vers les Etats en croissance à la recherche de victimes potentiellement plus solvables.

Votre avis?


Nos commentaires favoris

mardi 27 septembre 2011
Observatoire des idées existe depuis un an et demi et nous avons depuis eu des centaines de commentaires ici sur le blog ou directement par courrier électronique. Nous avons donc décidé aujourd'hui de publier nos commentaires favoris. Merci à eux en tout cas.

Il y a les plus réactionnaires quand on critique la politique économique de Marine Lepen:

"Alors, on fait quoi ? On finit par se laisser génocider par l´immigration de peuplement et l´on finit par avoir un taux de chômage de 80% ? Voilà où mènent pourtant vos arguments ! D´un autre côté, avec un chômage digne des pays d´où nos envahisseurs arrivent, ça pourrait être une chance finalement !

Enfin, c´est toujours instructif d´avoir la perspective des Beaux Quartiers de la Zone Libre qui se croient à l´abri de tout et notamment de ce qui se passe dans les Territoires Halal des Zones Occupées."

Il y a ceux qui nous font réflechir à notre business model:

"Heureux que je n'ai pas payé pour vous lire!"


Il y a ceux qui portent nos idées dans les hautes instances:

"Cette idée de suppression des dividendes est portée par moi-même à l'Assemblée Nationale"

Il y a ceux qui ne supportent pas nos arguments sur la dette publique:

"C'est vraiment triste de lire ça et vraiment irresponsable!!! C'est très facile quand on est fonctionnaire et qu'on ne risque pas d'être au chômage comme des milliers de salariés, qu'on ne gère pas d'entreprise et qu'on n'est responsable d'aucun emploi.

D'abord, vérifie tes chiffres! La dette grecque c'est plus de 350 mds euros soit 160% de son PIB. C'est la base d'avoir les bons chiffres pour faire une analyse! Comme d'habitude, tu passes à côtés du problème en mettant tt sur le dos des banques (c'est facile, les "méchants banquiers"). Essaie de monter le niveau au lieu de faire du TF1! En 2008, elles étaient en effet les responsables mais auj ce n'est pas le cas!!!

C'est une crise de la DETTE des ETATS: alors qu'il n'y n'avait pas de croissance ils ont distribué de l'argent qu'on n'avait pas enfin de répondre à des politiques populistes, manquant de courage politique. L'Etat, c'est l'argent public, ce qui est fou c'est que ton problème c'est les banques qui ont prêté mais pas les gouvernements qui depuis 1974 votent un budget en déficit et endettent la nation!!! Ca c'est secondaire pour toi! C'est fou! Mais dire ca c'est être responsable et c'est visiblement impossible pour une partie de la gauche Montebourg qui conduira le pays à la faillite!"

Enfin, il y a ceux qui nous félicitent d'avoir parfois un train d'avance sur les journalistes (toujours à propos de la dette publique):

"Je suis consterné de voir à quel point les journalistes (pas tous, il faut être juste) manquent d'esprit critique. Lorsqu'un argument pareil déboule dans le débat, le minimum serait de l'évaluer, de faire réagir des personnalités politiques, bref, de tirer l'affaire au clair. Les journaux ont une responsabilité démocratique majeure, celle d'organiser l'arrière plan du débat politique. Or, dans la majorité des cas, les rédactions privilégient les opinions majoritaires. C'est aussi pour cette raison que les théories économiques hétérodoxes ont autant de mal à faire entendre leur voix.

Cependant, les initiatives des économistes atterrés récemment, la montée en puissance de blogs très regardés et surtout la pression de la crise financière, qui peu à peu valide des approches autrefois jugées déviantes ou irresponsables, font que les choses sont je crois en train de bouger. (...) l'usage des réseaux, la pratique de l'internet, permet fort heureusement aux citoyens éveillés de contourner la Doxa et la pensée unique/inique qui vitrifie et stérilise le débat."


La fin de la propriété privée

vendredi 29 avril 2011
Le taux d’équipement des ménages français est impressionnant. Quasiment la totalité des ménages a un réfrigérateur, 98% ont un téléviseur, 80% ont un four à micro-ondes sans compter les congélateurs, les ordinateurs, les téléphones mobiles, etc.

Pendant des milliers d’années pourtant, l’être humain a vécu dans un mobilier vide ou dans la pénurie rêvant probablement de posséder des équipements qui amélioreraient ses conditions de vie. Bush, Sarkozy et tant d’autres hommes politiques ont rêvé de faire de leurs administrés des petits propriétaires. Dans un billet récent, j’évoquais à quel point la possession privée pouvait être économiquement non-viable si elle amenait au développement du crédit et in fine à une création monétaire irréaliste. Sans retour au communisme ou à la propriété collective, la décennie à venir sera celle du partage dicté par de nouvelles formes de consommation.

Le partage de l’information sur des réseaux sociaux comme twitter ou facebook a changé la donne. Dans un monde où l’information est de plus en plus dense et de plus en plus grande, son partage et sa remontée par des connecteurs permettent de noter des points importants. De la même manière, avec l’urbanisation croissante, le partage des biens durables comme celui de l’information devient nécessaire car nous sommes de plus en plus nombreux dans un espace de plus en plus restreint.

Le modèle de la propriété privée a perdu de son sens avec la dématérialisation d’une grande partie de l’économie. La propriété devient de plus en plus immatérielle et donc plus facilement partagée, du moment qu’elle est gratuite. Un récent journal américain a décidé de faire payer son contenu mais laissera libre les liens qui sont partagés sur les réseaux sociaux. La gratuité et le partage sont le modèle économique de demain et quelque part le marché rêvé des plus libéraux : moins de barrières à l’entrée, une ouverture des marchés, moins de coûts de production, un libre-échange garanti. Demain nous regarderons le XXème siècle comme celui de la possession ostentatoire et de l’accumulation sans fin.

Economie de la répugnance

mercredi 9 février 2011






Pourquoi mange-t-on du cheval, des escargots ou du pigeon dans les meilleurs restaurants français ? Pourquoi peut-on payer une mère porteuse dans certains pays et dans d’autres non ? Pourquoi la traite humaine, hier un des commerces les plus lucratifs alors que les droits de l’homme étaient déjà reconnus, est aujourd’hui bannie ?

N’avez-vous jamais pensé que la répugnance dessine les contours des marchés économiques ? L’économiste Alvin Roth répond magistralement à cette question dans cet article.

De mon côté, j’avais déjà évoqué le lien entre valeurs morales et l’ouverture de certains marchés lors de la légalisation des paris sportifs mais le récent débat sur les lois de bioéthique me permet d’aller plus loin. Car il s’agit bien de « répugnance » lorsque l’on parle de bioéthique : on ne s’attaque pas à l’argent et à l’appât du gain mais au corps humain, celui dont les produits naturels amènent souvent chez nous une répulsion ou une volonté d’éloignement.

Alors que la gestation pour autrui – les « mères porteuses » en langage courant – reste interdite, la finalité médicale de la procréation a été réaffirmée mettant de côté tous les cas « d’infertilité sociale ». L’interdiction de la recherche sur les embryons est réaffirmée et même fortement encadrée. En d’autres termes, on interdit à nos brillants chercheurs de faire des recherches sur l’amélioration des techniques existantes.

Par répugnance, nous interdisons aujourd’hui la congélation des ovocytes alors que les moyens techniques permettraient de les vitrifier et de les stocker. Pourquoi par répugnance ? Toute femme pourrait alors conserver ses propres ovocytes et faire le choix de repousser l’âge de la maternité au-delà de ce que la physiologie permet. Ici, la répugnance réside peut être aussi dans la volonté des hommes de garder pour eux seuls la possibilité de refaire leur vie après cinquante ans. Les frontières de la répugnance sont également dessinées par les rapports de la domination.

La vidéo du lundi: l'euro n'est plus bling-bling

lundi 22 novembre 2010
L'euro n'est plus bling-bling. Fini le temps où Jay-Z montrait la devise européenne dans ses clips ou quand Giselle Bündchen demandait explicitement à être payée en euros comme le décrit très bien ce reportage de CBS. Même le Wu-Tang est revenu sur la décision de tarifer ses produits dérivés en euros. L'Iran qui avait un temps pensé à vendre son pétrole en euros n'a pas franchi le cap.

Monnaie et confiance ont la même racine latine fiducia. Depuis la crise grecque, la monnaie européenne a perdu de son glamour, de son bling-bling et probablement de la plus importante des choses pour une monnaie: de la confiance que l'on pouvait avoir en elle.




Lutter contre les incivilités pour prévenir la délinquance?

mardi 2 novembre 2010






L’environnement dans lequel on évolue – la « structure » comme dit Lévi-Strauss - détermine une part de notre existence. Une équipe de chercheurs de l’université de Groningen a montré un lien entre la fréquence de graffitis et des autres formes de petite délinquance et le comportement d’un individu. Le résultat est simple : vivre dans un environnement délabré incite à commettre deux fois plus d'actes de vandalisme.
Le lien entre psychologie et désordre physique est une idée développée dans les années 1980 par George Kelling. La théorie de Kelling est la suivante : la tolérance zéro sur la petite délinquance permet de lutter contre la criminalité en général, y compris contre les délits de grande envergure. L’exemple développé par Kelling est assez connu. Quelques carreaux cassés dans un building vide amènent rapidement à d’autres carreaux cassés, puis à des actes de vandalisme plus importants dans le bâtiment. Lutter contre les incivilités permet alors de prévenir d’autres actes de vandalisme et probablement même d’empêcher la montée en puissance de futurs délinquants. C’est en vertu de cette théorie que New York est devenue sous Rudy Giuliani une des villes les plus sures des Etats-Unis.

De nombreuses villes européennes, y compris Paris, se donnent pour objectif de lutter contre les incivilités afin de lutter plus généralement contre la délinquance, ce qui semble appuyer la théorie de Kelling. Il existe cependant une pluralité d'autres facteurs qui influencent la criminalité et qui sont ignorés par Kelling tels que la pauvreté, la qualité du logement et la sévérité des peines lourdes. Il y a évidemment une considération sociologique à prendre en compte et c’est dans ce cadre strict que la théorie de Kelling est crédible : un comportement en société peut être diffusé et ainsi entraîner un autre comportement. C’est précisément ce que teste l’équipe de Groningen dans plusieurs études expérimentales. Prenons deux exemples.

D'abord celui de deux allées concomitantes contenant chacune deux bornes de vélos de location (type Vélib’) : une dont les murs sont repeints à neuf et une autre entièrement tagguée dans laquelle des ordures sont disposées à terre. Les deux parties de l’allée contiennent un panneau interdisant les graffitis. Sur chaque vélo, une banderole publicitaire d’une marque de sport est collée sur la borne de rattachement au vélo et doit donc être retirée au moment où le vélo est détaché pour usage. L'utilisateur du vélo a trois choix: garder la banderole (ordre), la poser sur un autre vélo ou la jeter à terre (désordre dans les deux derniers cas).

Afin de garder l’indépendance des évènements, chaque banderole jetée à terre a été systématiquement ramassée. Dans la partie du passage entièrement tagguée, 66% des utilisateurs avaient un comportement non civique. C’est deux fois plus que ceux qui utilisaient un vélo dans la partie de l’allée repeinte.

Un autre résultat significatif est celui du vol. Dans une zone considérée en désordre, un même individu a deux fois plus de chances de voler que dans une situation d'ordre. L'expérience est la suivante: une enveloppe contenant en apparence un billet de 5 euros est coincée dans la fente d'une boîte aux lettres. L'enveloppe est volée dans 13% des cas dans une condition d’ordre mais dans 25% des cas dans une condition de désordre, c'est-à-dire quand la boîte aux lettres est tagguée et que des déchets sont répartis autour. Le message est donc clair en termes de politique publique. Il faut empêcher le développement des incivilités pour lutter contre la délinquance.

L'Asie dépasse l'Europe, cette fois sur le marché des bières

mercredi 18 août 2010
L'Asie devient le premier producteur de bières au niveau mondial. Importée par les colons européens, l'industrie de la bière asiatique est portée par l'augmentation de la consommation du produit en Chine (+10% cette année). Bonne nouvelle pour l'Europe, principal exportateur du produit, le marché asiatique constitue une nouvelle débouchée alors que les marchés occidentaux sont au déclin.


Le peuple élu?

samedi 17 juillet 2010
Plusieurs études économiques reviennent sur la surreprésentation des Juifs dans les élites intellectuelles et parmi les grandes fortunes. A titre d’exemple, alors qu’ils représentaient moins de 1% de la population occidentale, 16% des lauréats du prix Nobel entre 1901 et 1962 étaient de confession juive. Dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, les Juifs représentent 0.8% de la population mais 15% des médecins, 25% des avocats et 80% des postes les plus élevés du Berlin Stock Exchange. Les proportions sont les mêmes dans d’autres pays d’Europe à la même période (Pologne, Russie) mais également dans des périodes plus récentes (Royaume-Uni des années 1980). Un peu partout dans le monde, les Juifs font mieux que les bourgeoisies non juives (les Gentiles).

Les tendances sont encore plus fortes aux Etats-Unis. Au début du siècle, les Juifs représentent 20% du stock d’étudiants de Harvard, Yale et Brown et 40% des étudiants de Columbia. Dans la deuxième partie du XXème siècle, un homme juif gagne en moyenne 30% de plus qu’un bourgeois américain non juif. De nos jours, aux Etats-Unis, 53% des hommes juifs occupent une profession qualifiée – académique, juridique ou médicale - tandis que la part d’hommes blancs non-juifs dans ces métiers est de 20%. A l’inverse, seulement 6% des hommes juifs travaillent dans le secteur de la construction, du transport ou de la production, contre 39% des non-juifs (Chiswick, 2005). 18 des 40 américains les plus riches et un tiers des millionnaires américains sont de confession juive.

Cette préférence pour des métiers qualifiés a une antériorité historique puisque déjà au XIIème siècle, 80% de la population juive était urbanisée et les hommes juifs occupaient majoritairement un métier qualifié (banquier, commerçant, médecin). Dans quelle mesure peut-on justifier historiquement une telle préférence (et une stabilité à travers le temps) des Juifs pour des métiers qualifiés et lettrés ?

Deux explications historiques sont généralement évoquées. D’abord l’argument des «restrictions agricoles» de Cecil Roth (1938) : les Juifs n’ayant pas le droit de détenir des terres ou de les exploiter à cause de la régulation des guildes, ils étaient forcés de s’engager dans d'autres activités comme le commerce de diamant, la banque et la médecine. Leur spécialisation dans des activités qualifiées et urbaines résulteraient donc d’un choc exogène. Le second argument est celui des « petites minorités » de Simon Kuznets (1960, 1972). Le choix de spécialisation des Juifs serait endogène. Afin de maintenir la cohésion et l’identité du groupe, les Juifs auraient choisi de se concentrer dans des activités économiques à haute qualification, lesquelles les auraient amenés à vivre en ville. Ceci explique pour Kuznets que 95 à 99% des Juifs du début du XXème siècle vivent dans des centres urbains. Cet argument rejoint celui de nombreux historiens et intellectuels juifs, comme Jacques Attali, qui insistent sur le caractère nomade du peuple Juif, fuyant les interdictions administratives et la persécution, et nécessitant donc l’apprentissage de métiers qualifiés qui s’exportent mieux.

Une étude historique des qualifications du peuple Juif de la mort de Jésus Christ à nos jours (Botticini et Eckstein, 2010, « The chosen few » en cours d'écriture) met à mal ces arguments. Le changement historique des qualifications s’est opéré très tôt, du Ier au VIème siècle après JC. En quelques centaines d’années, à une époque du temps long, la part de Juifs engagés dans des activités agricoles passe de 80% à 20% tandis que la population juive diminue brusquement, particulièrement en Eretz Israël, en Afrique du Nord, et en Syrie. Les suspects traditionnels expliquent une grande partie de la diminution de la population juive : les migrations, les famines, les massacres par les mongols et les nombreuses reconversions de Juifs à la religion musulmane (souvent pour ne pas payer l’impôt communautaire) ont entraîné une large diminution de la population juive. Mais ils ne permettent pas d’expliquer pourquoi à la même époque la population juive est devenue très qualifiée et urbanisée dans des proportions largement supérieures au reste du monde.

Pour les auteurs du livre, la diminution du nombre de Juifs, leur urbanisation et leur qualification ont une racine commune : un changement de définition de ce qu’est un «bon juif» suite à la destruction du Second Temple en 70 après JC. En effet, à partir de cet évènement, le cœur de la religion juive n’est plus centré sur les rites, les sacrifices ou les cérémonies mais sur la lecture et l’apprentissage de la Torah. Rendre hommage à Dieu ne passe plus seulement par la prière mais également par l’étude. Ceux qui ne savent pas lire ou qui n’enseignent pas la Torah à leurs enfants deviennent des marginaux (am ha-aretz letorah). Les périodes talmudique et gaonique confirment l’idée que l’éducation des enfants était répandue dans les communautés juives avant même la période d’urbanisation et de transition de l’agriculture au commerce qui a lieu à partir du VIème siècle.

En conséquence, au XIIème siècle, la quasi-totalité des hommes juifs est lettrée. La transition des métiers agricoles aux professions qualifiées –accélérée par la création à la même période de centres urbains administratifs au sein de l’Empire musulman – est déjà effectuée. Elle n’intervient pas au moment des guildes et s’opère indépendamment des multiples persécutions dont ils sont victimes. Cette explication alternative à la réussite des Juifs introduit donc un choc exogène - la destruction du Second Temple - et un choc endogène - l’investissement dans l’éducation (religieuse) des enfants - qui expliquerait encore aujourd’hui le rapport privilégié des Juifs avec les métiers qualifiés.

L’Allemagne ou le Brésil pour soulever la coupe du monde ?

vendredi 2 juillet 2010
Un Article recent de Jan van Ours et Martin van Tuijl (2010) s’intéresse à la probabilité des équipes de football de remporter un match dans les dernières minutes ou lors des tirs aux buts. A partir d’une étude sur les coupes continentales et les coupes du monde depuis 1986, les auteurs trouvent que l’Allemagne et les Pays-Bas sont les deux équipes qui marquent le plus dans la dernière minute du temps réglementaire. Par ailleurs, ces pays sont ceux qui remportent le plus de rencontres grâce à un but à la dernière minute.

En revanche, l’Allemagne est également l’équipe qui encaisse le plus de but dans les cinq dernières minutes du temps réglementaire, sans pour autant que sa capacité à gagner ne soit mise en cause : elle a tendance à encaisser des buts lorsque le match est déjà « plié ».

Que doit-on en tirer? La capacité à marquer dans les dernières minutes est par ailleurs représentative de la capacité à prendre des risques. Les Anglais, les Allemands et les Hollandais joueraient le jeu jusqu’à s’exposer à un but. Les Brésiliens, les Français et les Italiens joueraient à l’inverse sur la sécurité de l’issue du match.

Qui performe le mieux aux tirs au but? L’équipe la plus performante est l’Allemagne qui a remporté à la fois le plus de matchs suite à une séance de tirs au but (5 fois sur 6) tout en ayant le plus haut pourcentage de tirs au but marqués (94% soit 2 tirs ratés en 6 séances de pénalty). A l’inverse, les Pays-Bas sont l’équipe la moins performante aux tirs au but avec 80% de défaite suite à la séance de pénalty, soit une seule victoire en quart de finale de l’euro 2004 face à la Suède. Son taux de réussite est parmi les plus faibles, à moins de 70%.

Comment peut-on expliquer les différences de réussite aux tirs au but? Selon les auteurs, il y a deux facteurs importants. Le premier est la constance des performances. En étudiant le lien entre performance de l’équipe entre 1960 et 2009, que ce soit en matchs amicaux ou en coupes, les auteurs ont trouvé une corrélation forte entre régularité de l’équipe et réussite aux tirs au but. Une équipe qui a l’habitude de gagner remporte généralement les séances de tirs au but. La deuxième raison est le sentiment d’identité nationale. L’Allemagne serait par exemple un pays avec une identité forte, les Pays-Bas moins, d’où leurs défaites récurrentes aux séances de pénalty de 1996, 1998 et 2000, au moment où l’opposition entre hollandais "de souche" et d’origine étrangère était forte.

Statistiquement, l’Allemagne et le Brésil sont les deux équipes qui ont le plus de chances de gagner la coupe du monde. Avantage au Brésil puisqu’un pays européen n’a jamais levé la coupe en dehors du continent européen. En attendant, un conseil aux Allemands et aux Hollandais qui jouent deux grosses équipes: l’Allemagne doit jouer les penaltys et les Pays-Bas attendre la 90ème minute pour marquer.