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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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La gestion du risque au XVIIIème siècle

mardi 18 juin 2013
Contrairement à EconomicLogic, j'aurais eu tendance à croire que la gestion du risque était une question de bon sens plus qu'une question d'existence d'outils financiers performants ou à une formation en finance. J'avais a priori tort.

Ann Carlos, Erin Fletcher et Larry Neal montrent dans une étude sur la composition financière des entreprises anglaises au début du XVIIIème siècle, peu avant et peu après l'éclatement de la bulle de la South Sea en 1720. 80% des investisseurs de l'époque ne détenaient des actions que d'une seule entreprise alors même que les opportunités d'investissement ne manquaient pas. Une des raisons évoquées par les auteurs est l'existence de règles limitant les droits de vote des détenteurs d'actions, ce qui incitait ces derniers à concentrer leurs investissements dans une seule entreprise. Une telle règle ne peut exister que si les détenteurs d'actions, qui auraient dû justement bénéficier de la diversification, n'avaient pas compris eux-mêmes les avantages de la diversification et de la déconcentration du capital. 

La mondialisation de l’inégalité

dimanche 16 septembre 2012



François Bourguignon dans La mondialisation de l’inégalité, publié cet été dans la collection La République des idées au Seuil cherche à éclairer le rapport entre mondialisation et inégalités. Cet ouvrage riche en données empiriques est à la fois prospectif et prescriptif. Il permet d’avoir un éclairage sur la dynamique des inégalités, en différenciant la tendance mondiale des évolutions nationales apportant ainsi des éléments de compréhension des politiques économiques à mener dans le contexte de la mondialisation. 

Des inégalités inégales 

En France, le niveau de vie individuel moyen annuel est d’environ 18000 euros en 2006, les 10% les plus riches y reçoivent 23% du revenu total et un peu plus de 6 fois le revenu des 10% les plus pauvres. Le coefficient de Gini est de 0,28 (ce qui signifie que l’écart de niveau de vie entre 2 personnes sélectionnées au hasard vaut donc 28% du revenu moyen). Le Brésil, pays dit « émergent » est un des pays les plus inégalitaires au monde. Le niveau de vie des 10% les plus riche est de 22000 euros quant il est seulement de 500 euros pour les 10% les plus pauvres. L’écart est de plus de 40, et le coefficient de Gini est de 0,58. En Ethiopie, les 10% les plus riches vivent avec 1000 euros par personne et par an, et les 10% les plus pauvres survivent avec environ 160 euros par an. Au niveau mondial, l’écart de niveau de vie entre les 10% les plus riches (qui vivent avec environ 27000 euros/an) et les 10% les plus pauvres (niveau de vie annuel de 300 euros/personne) est de 90. Le coefficient de Gini est de 0,66.

Les inégalités dans le monde sont donc bien au-delà des inégalités existantes au sein des communautés nationales, cependant ces deux dimensions de l’inégalités connaissent des dynamiques différentes. Depuis 1820, l’inégalité mondiale a connu une hausse considérable, c’est seulement depuis 1989 que l’on commence à observer une baisse. Ainsi cet ouvrage met en avant un paradoxe, alors qu’on observe une baisse de l’inégalité mondiale, que l’auteur qualifie de « retournement historique », on assiste dans le même temps à une augmentation des inégalités au sein des territoires nationaux. Il y a ainsi un risque d’internalisation de l’inégalité, menant au passage d’inégalités entre les nations hier, à l’inégalité au sein des nations demain (Bourguignon; Guesnerie; 1999).

Des inégalités nationales qui montent

A partir des travaux de Saez et Piketty sur les Etats-Unis et ceux de Landais sur la France, on peut en effet mettre en avant une tendance au retour des inégalités (mesurées par les écarts inter-décile et inter-centile) et notamment à un rythme de croissance de celles-ci similaire à celui de la fin du 19e siècle et ce depuis une vingtaine d’années maintenant. La hausse des inégalités s’effectue par le haut de la distribution des revenus. Les 1% les plus riches connaissent des augmentations de revenus considérables. Cette évolution se retrouve dans les ¾ des pays de l’OCDE, pays scandinaves compris (rapport de l‘OCDE, Growing unequal, 2008). C’est également le même constat qui est opéré dans la grande majorité des pays en développement. Ainsi en Inde, en Chine, les gains de la croissance ne profitent qu’à une partie privilégiée de la population. 

Éléments d’explications 

Il serait aisé de rapprocher cette montée des inégalités internes à l’une des principales évolutions qu’a connu le monde sur cette période, l’intensification du processus de mondialisation à travers l’internationalisation des échanges. Cependant, à l’instar de Paul Krugman, pour F. Bourguignon la mondialisation n’est pas coupable. En effet, celle-ci a permis pour les pays émergents de se développer grâce à une croissance forte. Les gains dans les pays développés sont moins flagrants, mais existent. En revanche, Bourguignon ne nie pas que la mondialisation entraîne des changements structurels impactant notamment la répartition des richesses au sein des nations. La mondialisation a permis en effet de faire baisser les prix d’un certains nombres de produits importés et permet également de nombreux gains de productivité grâce à la spécialisation de nos économies dans les technologies de pointe. Elle a dans le même temps, entraîné dans les pays développés une certaine désindustrialisation. De même la concurrence des pays à bas salaire limite les perspectives d’évolutions salariales dans les secteurs victimes de la compétition internationale. La mondialisation joue également un rôle dans la montée des inégalités au sein des nations voyant ainsi s’apprécier la rémunération du capital (au détriment du travail), augmentant ainsi les taux de profit. L’explosion des très hauts revenus, s’explique en partie par l’extension de la taille des marchés. Par exemple, les artistes ou les sportifs ont bénéficié de l’augmentation de leurs audiences grâce au développement des techniques de communication. De la même manière, la taille des entreprises exerçant à l’international a augmenté, voyant du même coup la rémunération des dirigeants augmenter. 

Le tournant libéral en cause 

Mais la montée des inégalités s’expliquent également par la dérégulation des marchés qui s’est opérée depuis le tournant libéral du début des années 1980 sous l’impulsion de Reagan et Thatcher. Ainsi du point de vue distributif, on observe un recul de la progressivité de l’impôt. Les revenus du capital et ceux du travail ne sont pas soumis au même régime. Le capital bénéficie, au nom de sa plus forte mobilité, d’une fiscalité plus avantageuse. Ainsi, par exemple pour la France on obtient un taux moyen d’imposition régressif (Landais, Piketty, Saez). La dérégulation financière, profitant aux détenteurs de capitaux, et celle du marché du travail, contribuant à précariser les moins qualifiés, ont également conduit à l’accroissement des inégalités nationales. C’est dans ce contexte libéral observé dans de nombreux pays de l’OCDE que les inégalités nationales se sont remises à progresser. 

Une redistribution mondialisée pour une mondialisation équitable 

La mondialisation, nous explique F. Bourguignon, a permis d’hisser des millions de personnes au dessus du seuil de pauvreté, elle permet le rattrapage des économies émergentes, et réduit ainsi l’inégalité mondiale. Au niveau national, en revanche, elle est l’une des causes, directe et indirecte, de l’augmentation des inégalités. Ce n’est finalement pas la mondialisation qui est en cause dans la dynamique des inégalités mais plutôt la domination de la « doxa libérale » sur l’économie, qui mène souvent à opposer équité et efficacité conduisant à l’immobilisme politique ou du moins au « laisser-faire ». F.Bourguignon tord le cou à cette idée. Pour lui, les politiques n’ont pas à choisir entre équité et efficacité. Tout d’abord, il apparaît que les inégalités puissent être néfastes à l’efficacité économique. En effet, l’explosion des inégalités peut être source de déséquilibres macro-économiques. L’exemple de l’apparition de la crise économique et financière né aux Etats-Unis trouve son origine pour J. Stiglitz dans l’augmentation des écarts de revenus au sein de la société américaine. Pour l’auteur, toutes les « imperfections de marché sont responsables d’inégalités, qui contribuent dans le même temps à rendre l’économie inefficace. » 

De la même manière, le mécanisme du crédit visant à prêter à ceux qui ont des garanties plutôt qu’à ceux qui n’ont rien peut mener à détourner les fonds prêtés des projets les plus productifs. L’inégalité de fortune conduisant à une inégalité d’accès au marché du crédit est source d’inefficacité économique. Le même argument peut également s’appliquer à l’éducation. Enfin, l’inégalité est néfaste à l’économie car elle entraîne l’apparition de troubles sociaux et politiques. La situation du Brésil, du Mexique ou de la Colombie illustre bien cette idée. Près de 10% de la population travaille dans le domaine de la « sécurité ». F.Bourguignon s’interroge sur l’efficacité d’une telle situation tant il semblerait plus utile que ces personnes soient employés dans des domaines où les externalités sont importantes (infrastructures, santé, éducation…). 

Ainsi des politiques doivent être mises en places pour lutter contre ces inégalités qui sont ni souhaitables moralement ni économiquement efficaces. L’enjeu est d’arriver à lutter contre les inégalités nationales sans juguler la réduction des inégalités mondiales. Une partie des inégalités nationales est la conséquence de la mondialisation. Certains sont tentés à prendre des mesures protectionnistes, le terme de « démondialisation » s’est notamment popularisée en France au cours de la compagne à l’élection présidentielle. Ce type de repli nationaliste est à éviter pour une communauté soucieuse du bien-être de la population mondiale. F. Bourguignon s’interroge donc dans les dernières pages de cet ouvrage sur la manière de rendre compatible la mondialisation et le recul des inégalités nationales. L’aide au développement est aujourd’hui le seul instrument de redistribution internationale. Les pays riches consacrent ainsi près de 0.35% de leur PIB à cette aide. Cette aide, critiquée, est utile tant elle soulage la pauvreté. Il convient cependant de s’assurer qu’elle ne soit pas détournée. Cette aide somme toute dérisoire, loin de l’objectif de 0.7% du revenu national, doit s’appuyer sur une coordination des donateurs afin d’éviter les doublons, et d’en améliorer la gouvernance. 

 L’auteur conclut son ouvrage par la phrase suivante : « Eviter la mondialisation de l’inégalité passe aujourd’hui par la mondialisation de la redistribution ». Il s’agit à travers cette idée, d’harmoniser les fiscalités nationales et de développer la fiscalité internationale afin notamment d’éviter la course au moins disant fiscal. 

Quelques réflexions sur la crise financière

jeudi 15 septembre 2011




La panique gagne les bourses de la zone euro qui ont perdu respectivement , depuis mi-juin 2011, 20 % pour l’Espagne, 22 % pour la France, 26 % pour l’Allemagne et 30 % pour l’Italie. Elle s’explique par les craintes concernant la solvabilité de la Grèce, dont les mesures d’austérité tardent à produire leurs effets, et par l’exposition de plusieurs banques françaises à la dette grecque, laquelle a conduit à la dégradation de deux d’entre elles par l’agence Moody’s le 14 septembre 2011. Devant ce chaos financier annoncé, voici quelques réflexions sur la crise que connaît l’Europe aujourd’hui.

Faut-il blâmer la Grèce pour la crise actuelle ?

La situation financière de la Grèce est grave : le pays ne parait plus en mesure de faire face à ses engagements financiers. Les mesures d’austérité ne produisent pas leurs effets, faute d’une administration fiscale performante et du temps nécessaire pour leur mise en œuvre. Faut-il blâmer la Grèce pour la crise financière actuelle ? Le pays est en effet fortement endetté (300 milliards € soit 120 % de son PIB) et surtout, il est coupable d’avoir  menti sur son niveau de déficit et d’endettement depuis le début des années 2000.

Il convient toutefois de souligner que la Grèce ne représente que 3 % du PIB de la zone euro. La faillite grecque ne peut pas à elle seule provoquer l’effondrement du système financier de la zone. Surtout, on peut s’interroger sur le rôle des banques dans la crise actuelle. Celles-ci ont en effet prêté de l’argent à la Grèce (achats de bons du trésor) à des taux d’intérêt extrêmement faibles après l’entrée de la Grèce dans la zone euro. Si la Grèce peut être blâmée pour avoir menti sur la réalité de son endettement, les banques n’ont-elles pas pris des risques inconsidérés en prêtant de l’argent à un taux d’intérêt égal à celui de la France et de l’Allemagne alors que le pays n’avait pas atteint le niveau de richesse des deux pays fondateurs de l’UE ?

L’exposition de banques à la dette grecque, notamment françaises, est la conséquence d’une stratégie qui s’avère aujourd’hui erronée : la croyance en la croissance économique grecque. La diminution de la valeur boursière des banques françaises ne fait donc que sanctionner une stratégie hasardeuse, tout comme la dégradation de la note financière de deux d’entre elles par l’agence Moody’s prend acte des risques pris par ces établissements. Leurs analyses de la situation financière et économique grecque étaient en fait inexactes : les profits anticipés ne seront pas réalisés. Il est alors normal que le cours des actions de ces banques diminue.

La sur- réaction des marchés renforce la crise actuelle

Toutefois, l’exposition au risque grec justifie-t-elle que la valeur des actions des grandes banques françaises ait perdu plus 50 % en trois mois ? Il semble que l’on soit plutôt confronté à une sur- réaction des marchés financiers qui anticipent le pire c’est-à-dire la faillite de la Grèce. C’est parce que les marchés anticipent l’insolvabilité de la Grèce que les banques françaises, exposées au risque, sont aujourd’hui dans la tourmente ; mais si le risque est possible, il n’est pas certain. Surtout, la réalisation d’un tel risque ne devrait pas avoir de conséquence systémique pour le marché financier en raison du caractère limité du stock de dette grecque (300 milliards d’euros) en comparaison des stocks français (1 600 milliards de d’euros), italien (1 850 milliards €) ou allemands (2 100 milliards €).

Un parallèle avec les crises de la dette des pays en développement ?

Un parallèle peut être établi entre la crise de la dette grecque et les crises de la dette qu’on connues les des pays en développement dans les années 1980. Tout comme la Grèce, les pays d'Afrique et d'Amérique latine souhaitaient emprunter pour investir. Les investisseurs - notamment les banques- ont estimé que les investissements seraient rentables à moyen terme et que les pays étaient capables de les rembourser. Surtout, ils recherchaient de nouvelles zones d’investissement alors que la crise consécutive au premier choc pétrolier affectait l’Europe et les Etats-Unis.

La remontée des taux d’intérêt au début des années 1980 a toutefois empêché les pays endettés de rembourser leurs dettes : les investissements ont été gelés et certains ont été moins rentables que prévu. Pour les prêteurs, cela a constitué une perte préjudiciable pour leurs profits mais toute décision économique implique un risque qu’il convient d’assumer. Pour les pays emprunteurs, la remontée des taux d'intérêt a conduit à un surendettement. Dans le cas de la Grèce comme dans celui des pays en développement, les prêteurs se sont trompés sur les perspectives de croissance, sur les rendements futurs des investissements et sur la capacité de remboursement des pays emprunteurs : il s’agit d’une erreur d’analyse de prêteurs soucieux de dégager des profits. Les banques sont donc aussi responsables de la crise de la dette que les Etats et doivent alors être sanctionnés par des pertes.

Le paradoxe des banques : des entreprises privés au service d’un intérêt commun

La difficulté réside dans le fait que les banques constituent des acteurs particuliers de l’économie. En tant qu’entreprises financières, elles visent à générer des profits à destination de leurs actionnaires comme toute entreprise privée ; mais elles assurent en même temps la liquidité des marchés financiers en achetant obligations d’Etat, obligations d’entreprises, actions mais aussi devises et en échangeant des titres. Cette liquidité est essentielle au bon fonctionnement de l’économie puisqu’elle favorise les transactions, les prêts, la circulation des capitaux et donc la croissance, et parce qu’elle répartit les risques d’un acteur financier sur l’ensemble des agents. C'est parce que les banques assurent une telle fonction que leur faillite est rarement envisagée par les pouvoirs publics: celle-ci peut en effet provoquer des troubles systémiques comme l'a prouvé la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

Aujourd’hui, la perte de confiance des banques entre elles dans le contexte de la crise de la dette grecque est telle qu’elle remet en question leur rôle dans le système financier puisqu’elles n’assurent plus la liquidité du système : elles refusent en effet de s’échanger titres et argents. Or cette liquidité peut s’analyser comme un service public puisque de lui dépend la stabilité financière des économies.

Il est paradoxal que cette fonction de stabilisation du système financier soit laissée à des acteurs privés dont le comportement est dicté par leurs propres intérêts et non par l’intérêt général. Aujourd’hui les banques, en tant qu’entreprises, n’ont plus intérêt à se prêter de l’argent ni à acheter de la dette parce qu’elles pensent que de tels prêts n’amélioreront pas leur rentabilité. Au contraire,  les Etats ont aujourd’hui intérêt à ce qu’elles continuent à prêter pour assurer la liquidité du système financier et financer des plans de relance, la récession qui s’annonce ne faisant qu’amplifier la crise de la dette.

C’est la préférence des banques pour leur intérêt privé, au détriment de l’intérêt commun que représentent la liquidité des marchés financiers et la relance en temps de crise, qu’il convient de combattre. En outre le double-jeu des banques, qui consiste à encourager l’endettement des Etats pour acheter des produits financiers sans risques- les Etats sont réputés ne pas pouvoir faire faillite- mais à sanctionner aussitôt un Etat, par l’augmentation des taux d’intérêt, lorsque celui-ci est endetté, doit être dénoncé.

Quelles solutions pour sortir de la crise financière ?

La sortie de la zone euro est une fausse bonne idée

La sortie de la Grèce de l’euro ne constitue pas une solution puisque cela aggraverait le problème de la dette pour les Grecs et pour les banques auprès desquelles elle a emprunté. Elle aurait d’autres implications comme une baisse du pouvoir d’achat pour les Grecs et une crise de confiance dans la monnaie unique.

La restructuration de la dette grecque apparaît nécessaire

La sortie de crise vient surtout d’une restructuration de la dette grecque ce qui signifie l’abandon de créances. Le stock de dette n’est pas tel que le système financier européen risquerait de s’effondrer. Les banques exposées subiraient certes des pertes nettes, estimées à 8 milliards d'euros, mais celles-ci pourraient être compensés par d’autres profits. Rappelons que la perte de 5 milliards d’euros par la Société Générale en 2008 ne l’a pas empêché de réaliser des bénéfices.

La régulation des banques est un impératif catégorique

Pour envisager la fin de la crise, il convient de réguler davantage le secteur bancaire pour  contraindre les banques à continuer à prêter en temps de crises. Il est possible qu’une régulation réduise les profits des banques en période de prospérité, mais cela limiterait aussi la récession en période de crise : elles se verraient en effet imposer l’obligation de continuer à échanger des titres pour assurer ainsi la liquidité et la stabilité du système financer. Puisque l’actuelle liberté des banques a conduit à une crise aussi grave que celle que nous connaissons aujourd’hui, peut-être serait-il plus prudent de réguler davantage le secteur bancaire pour éviter une crise systémique et des crises futures ? Par ailleurs, l’imposition de règles aux banques peut apparaître comme une juste contre- partie aux énormes profits qu’elles ont réalisés en période de croissance et qui ne sont utilisés qu’à des fins privés.

Leur nationalisation partielle ou totale ne doit pas être éludée puisque un secteur bancaire public permet aux Etats de contrôler directement le crédit à accorder aux entreprises, aux banques et aux ménages.

La BCE doit prendre la mesure de la crise

Les banques centrales ont un rôle à jouer dans la crise puisqu’en tant que prêteur en dernier ressort, elles sont chargées d’assurer la liquidité du système financier après les banques. Puisque celles-ci ne remplissent plus ce rôle, il serait temps que les banques centrales interviennent de façon massive pour racheter les titres des banques et monétiser la dette des Etats. A ce titre, la BCE semble en retrait par rapport à la réserve fédérale américaine puisqu’elle n'a racheté que 100 milliards d’euros de dette contre plus de 1 000 milliards de dollars pour la FED.

Les eurobonds : une idée séduisante qui arrive trop tard

Face à crise de la dette grecque, l’idée d’émettre des eurobonds, obligation européenne, séduit de plus en plus. Avec une dette nulle, l’UE est en effet capable d’emprunter à un faible coût sur les marchés financiers à condition de modifier le traité de Lisbonne : cela permettra à des pays comme la Grèce, confronté à une envolée des taux d’intérêt (18 % à 10 ans selon The economist) par rapport à l’Allemagne (2,20 %) et à la France (2,90 %) de rembourser ses intérêts à un coût moins élevé.

Si l’émission d’eurobonds semble une nécessité, on ne peut que regretter qu’il ait fallu attendre la crise financière actuelle pour que des acteurs politiques et financiers se rallient à cette proposition qui implique l’endettement de l’UE en tant qu’institution. Depuis de nombreuses années en effet, les partisans d’une Europe fédérale ont toujours soutenu l’idée d’une augmentation du budget de l’UE (aujourd’hui limité à 1 % du PIB des pays de l’UE), la création d’un véritable budget fédéral ou, au moins, la possibilité pour l’UE de s’endetter pour de grands projets servant à assurer la croissance des pays les moins riches de la zone euro. L’émission d’eurobonds  sera utile pour aider les Etats confrontés à une crise de la dette mais ne servira malheureusement pas à financer les projets d’envergure dont l’Europe a besoin.

Il existe un pays où les super-riches ne veulent pas payer plus d'impôts

mardi 6 septembre 2011
L'appel de Warren Buffet pour un sacrifice partagé du fardeau de la crise actuelle a donné une idée à nos super-riches français: "taxez-nous" disaient-ils.  En Italie, le dirigeant de Ferrari a également déclaré vouloir payer plus d'impôts tandis que les riches allemands voulaient eux aussi payer un impôt sur la fortune temporaire.

Au Royaume-Uni en revanche, les méga-riches ont préféré garder le silence. L'île est à la dérive entre l'Europe sociale et la philanthropie américaine: le libre-marché instauré par Thatcher a la vie longue. Les méga-riches du Royaume-Uni sont bien souvents des milliardaires étrangers qui ont posé pied à Londres plutôt qu'à Paris ou à Milan - alors qu'ils souhaitaient s'installer en Europe - justement pour une raison fiscale. Comme le dit Bagehot, les super-riches du Royaume-Uni sont semblables à des joueurs de football, les tatouages en moins.

Il faut aller toutefois plus loin dans le cas du Royaume-Uni qui se distingue par deux effets: une tranche supérieure de l'impôt sur les personnes physiques qui est de 50% contre 41% en France; un système de reproduction des élites qui ne se cache pas derrière une pseudo égalité des chances. Le premier effet est important pour comprendre la profonde opposition des classes aisées à être taxées: le taux nominal d'imposition envoie un signal psychologique qui fait croire à un niveau de taxation élevée quand le taux d'imposition moyen est légèrement inférieur à la moyenne de l'OCDE. Le deuxième effet renvoie à la reproduction des élites anglaises via la Chambre des Lords et le système des public schools. Les méga-riches anglais étant une classe internationalisée, leur connexion avec le politique est beaucoup moins importante que celle des super-riches de l'Europe continentale ou des Etats-Unis, soucieux de maintenir le bon ordre sécuritaire du pays. De ce point de vue, les émeutes anglaises pourraient bien reprendre, renforçant encore une fois le pouvoir des conservateurs au pouvoir qui représentent l'avènement des méga-riches déconnectés de la société: taxer les plus riches nuierait à la compétitivité du système fiscal britannique entend-on. Mais reproduire la situation actuelle ne nuira-t-il pas à la société dans son ensemble?

La démondialisation a-t-elle un sens?

jeudi 30 juin 2011


La mondialisation, mot utilisé le plus souvent dans le but de servir de cache-sexe à l'idéologie néolibérale, correspond au processus d'intensification des échanges économiques et culturels dans le monde. Elle prend trois formes : le développement du commerce international, l'internationalisation des processus productifs, la globalisation financière.

La « démondialisation », le nouveau mot à la mode dans les médias (et certains politiques) français, pointe les dérives du néolibéralisme. Si l’on s'intéresse, d'un point de vue strictement étymologique à ce mot, il semble inviter à réduire le degré d’ouverture de nos économies nationales. Depuis la crise de 2007-2008, le discours démondialiste, pour ne pas dire nationaliste, prend de l’ampleur dans le débat public. Comme dans toutes les périodes de crise économique, le repli nationaliste et le recours au protectionnisme sont des tentations fortes. Mais ces tentations sont-elles légitimes au regard des gains de la mondialisation?

La démondialisation vient dénoncer la pression des économies extérieures sur notre économie nationale, et plus particulièrement sur le niveau de vie des français. De nombreuses inepties sont avancées par les défenseurs d'un repli nationaliste, allant jusqu'à dire que les travailleurs immigrés exercent une pression la baisse sur les salaires des français, ce qui est très discutable. Ainsi, la démondialisation n’est pas seulement la fermeture des marchés des biens et services mais également la chasse aux travailleurs étrangers.

Le repli protectionniste dans l'histoire n'a jamais été un succès. L'exemple le plus utilisé concerne la crise économique de 1929, le fameux « Jeudi Noir ». De nombreux Etats cédèrent aux tentations protectionnistes - hausses des droits de douane, contingentement et prohibition de certains produits, dévaluations monétaires - faisant chuter de près de 40% le volume des échanges internationaux entre 1929 et 1932. Ces mesures eurent pour effet principalement de retarder la sortie de crise.

L’histoire économique regorge d’exemples de ce type. Colbert, ministre des finances de Louis XIV, pur défenseur du « patriotisme économique », décide en 1667 de doubler les taxes sur les produits anglais et hollandais. Une telle politique eu des conséquences négatives. Colbert pensait pouvoir se passait des autres pays mais au final ce sont surtout les autres pays qui ont décidé de se passer de lui. Les mesures protectionnistes s'accompagnent le plus souvent d'une certaine réciprocité en la matière. Par exemple, les Anglais, qui étaient à cette période des grands importateurs de toiles bretonnes, n'hésitèrent pas à se tourner vers d'autres contrées. Les Français et les Hollandais se livrèrent une bataille sur les tarifs douaniers de l'alcool et de la soie qui amena cette fois à un véritable conflit armé de 1672 à 1678.

Les défenseurs de la « démondialisation » envisagent de manière erronée le commerce international comme un jeu à somme nulle dans le meilleur des cas. Ils posent le problème en termes de compétition économique entre nations, où il y aurait des gagnants et des perdants. Paul Krugman dénonce cette idée reçue dans La mondialisation n'est pas coupable qu'il nomme la «théorie pop du commerce international», croisade anti-intellectuelle laissant de côté toutes les bonnes raisons d'échanger: avantages comparatifs, dotations factorielles, économies d'échelles, etc.

Si le commerce international est essentiel à la bonne santé d'une économie, il n'impacte que très relativement le niveau de vie des individus qui reste en grande partie déterminé par des facteurs internes – la productivité, la redistribution - et non par le résultat d'une compétition sur le marché international des biens et services.

Par exemple, la formidable augmentation de la productivité du travail au Japon, a entraîné une hausse des salaires japonais. Celle-ci n'a entraîné aucune modification à la baisse sur les salaires moyens européen ou américain. Si des pays gagnent au commerce international, cela ne signifie pas nécessairement que les autres seront perdants. Le niveau de vie des uns peut s'améliorer sans que celui des autres ne diminuent. Par exemple, on observe que l'augmentation du commerce international et des richesses produites depuis le début du XIXème siècle va de pair avec l'élévation du niveau de vie mondial.

Malgré tout, les inégalités entre plus riches et plus pauvres ont augmenté comme le souligne Joe Stiglitz dans La grande désillusion. Quelles réponses apporter aux dérives de la mondialisation pour qu’elle soit heureuse ?

Le problème n'est pas le commerce international mais la répartition des richesses créées au cours du processus de production. L'interdépendance commerciale des économies s’est accrue depuis la seconde guerre mondiale. Les exportations sont passées de 275 à 12 500 milliards de dollars par an entre 1950 et 2005.

Dans le même temps, les acquis sociaux et la protection sociale se sont accrus en France et plus globalement en Europe. Libre échange et droits sociaux sont donc compatibles, comme la période 1945-1975 le montre. La condition essentielle fut celle d'une croissance économique forte et d'un partage des richesses créées favorable aux travailleurs. A partir des années 1990, dans le même temps que la croissance ralentie, le partage de la valeur ajoutée redevient plus avantageux pour les propriétaires du capital au détriment des salariés. La part des salaires dans la valeur ajoutée a connu une forte baisse depuis 1980, passant de 75% de la VA à 65% en 2007. L’élément clé est donc la répartition des richesses.

Le problème n'est pas la mondialisation dans son ensemble mais principalement la libéralisation des marchés financiers accélérée depuis les années 1980. Le développement spectaculaire des marchés de capitaux a accru l'efficacité du financement de l’économie mais a alimenté l’instabilité des systèmes financiers. Les crises de change, de la dette et les risques systémiques ont été multipliés depuis dans les pays développés aussi bien que dans les pays émergents.

Les échanges sur les marchés financiers sont cinquante fois plus importants que les échanges sur les marchés de biens et services, ce qui montre bien leur déconnexion totale de l’économie réelle. Face à ce développement exponentiel des marchés financiers, les dispositifs prudentiels ont un temps de retard et ils n’ont à vrai dire jamais été un réel objectif ni des gouvernements ni même des opérateurs financiers. Ceux-ci sont mêmes souvent rémunérés sur les risques qu’ils prennent et n’ont pas à se soucier des conséquences sociales des crises dont ils ne supportent pas les coûts. Plutôt que démondialiser, il faut re-réglementer la finance mondiale, dans la concertation et la coordination, ce qui n’est pas une tâche simple.

Humaniser et démocratiser la mondialisation plutôt que la culpabiliser. Il ne s'agit pas de mettre moins de mondialisation, mais plutôt de proposer une autre mondialisation. Les hommes et les femmes politiques doivent, plutôt que céder au discours protectionniste, renouer avec le discours humaniste. Réguler l'économie en mettant l'Homme au centre des décisions économiques.

Face aux dérives du marché, il faut chercher à uniformiser les différents systèmes normatifs nationaux (lois, réglementations, droits), en plaçant comme principes universels, la dignité humaine et la justice sociale. Alain Supiot, juriste de formation, invite pour aller dans ce sens, à renouer avec L'esprit de Philadelphie faisant référence à la proclamation le 10 mai 1944 de la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle.
Cette Déclaration mérite intérêt pour deux raisons. Elle offre d’abord une définition globale et compréhensible de la justice sociale: «Tous les êtres humains (…) ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité dans la sécurité économique et avec des chances égales» (art. IIa).

Elle fixe ensuite la réalisation de la justice sociale, ainsi définie, comme « le but central de toute politique nationale et internationale ». Instituant une règle à l'inverse du fonctionnement actuel de nos économies, dont nous ne devrions cesser de nous inspirer aujourd’hui: «Tous les programmes d'action et mesures prises sur le plan national et international, notamment dans le domaine économique et financier, doivent être appréciés de ce point de vue et acceptés seulement dans la mesure où ils apparaissent de nature à favoriser, et non à entraver, l'accomplissement de cet objectif fondamental» (art. II c).

Boîte à arguments contre Marine Le Pen

vendredi 24 juin 2011


Première idée reçue du FN: l'immigration crée des tensions à la baisse sur les salaires et entraîne une augmentation du chômage

Théoriquement, si l'on considère que les immigrants viennent de pays dans lesquels les niveaux de rémunération sont moins élevés ou n'ont pas de qualification, cela pourrait être vrai. Il faut donc s'intéresser à la structure de l'immigration en France. Dans les années 2000, la France accueille chaque année 200 000 immigrés, environ 40% vient des pays européens ou d'Amérique du Nord, 60% d'Afrique et d'Asie. L'impact de l'immigration sur le niveau du chômage ou sur les salaires est faible, voire nul, et de toute façon transitoire. Une vague massive d'immigration comme le rapatriement des français d'Afrique du Nord au début des années 1960 a eu un effet négatif faible et seulement transitoire sur le marché du travail des régions les plus touchées par la vague d'immigration (Jennifer Hunt, Industrial and Labor Relations Review, 1992). Contre l'argument de Marine Le Pen, l'immigration au Royaume-Uni qui a augmenté de 60% entre 1998-2003 et 2004-2006, a entraîné +0,4 points de croissance par an.

Toutefois, Marine Le Pen n'est pas clair dans ses propos. Parle-t-elle des immigrés (les français et les étrangers nés à l'étranger et qui vivent sur notre territoire) ou des étrangers (les non-français qui vivent sur notre territoire et qui peuvent être nés en France)?



Deuxième idée reçue: les droits de douane permettent de protéger les producteurs français et de renflouer les caisses de l'Etat

Là encore, l'argument n'est vrai qu'en théorie (voir un excellent billet pour plus de détails). Depuis 1945, les pays qui ont mené des stratégies de réduction des droits de douane et d'ouverture commerciale ont un taux de croissance économique 1,5 à 4 fois plus élevé que ceux qui ont mené la stratégie inverse.



Dans notre pays, la montée des droits de douanes ne ferait que casser le pouvoir d'achat des français en augmentant durablement le prix des biens importés. Dans la majorité des cas, nous importons des biens que nous ne produisons plus en France, parce que nos industries n'étaient plus compétitives et la relocalisation de leur production aurait le même effet qu'un droit de douane: les prix augmenteraient.

Quand au gain pour les caisses publiques, il serait compensé par la perte de compétitivité des producteurs français et par les détournements de trafic liés à la diminution des exportations. Quand on impose des tarifs douaniers à des partenaires commerciaux, on sort de la clause de la nation la plus favorisée et on subit à notre tour une augmentation des droits de douanes sur nos exports. On y perd plus que l'on y gagne comme lors de la mise en place des tarifs Méline ou Hawley-Smoot.


Troisième idée reçue: la sortie de l'euro protégera la France d'un défaut sur sa dette souveraine

L'argument est évidemment faux. D'abord, la sortie de l'euro ne se fait que par la sortie de l'Union européenne. Sortir de l'Union, c'est accepter que nos agriculteurs ne reçoivent plus de subventions et sortent de la PAC mais c'est surtout sortir de la plus belle (et la plus efficace) construction politique du dernier siècle. Là aussi l'argument tombe en désuétude: le retour au franc de façon unilatérale pourrait entraîner une dégradation immédiate de la note française, une augmentation des taux d'intérêt sur la dette publique (et dont des impôts) et nous sucrerait la protection contre le risque de change. Ce dernier argument est le plus important: la France commerce essentiellement avec l'Europe; pour se prémunir d'une augmentation rapide du prix des produits libellés en euros, la France devrait ancrer sa monnaie sur une valeur fixe avec l'euro, ce qui revient à être membre de la zone euro. En cas de dépréciation immédiate du franc (sa détention en tant que monnaie de réserve n'intéresserait personne), les exportations seraient stimulés mais le prix des importations flamberait et contre-balancerait l'effet-prix des exportations (nos produits n'étant pas assez compétitifs de toute façon).

Le puzzle des inégalités et ses conséquences biologiques

mercredi 11 mai 2011







En 2004, le congrès américain votait une série de réduction d’impôts pour les plus riches. Sept ans plus tard, Barack Obama échouait à rendre caduques ces dispositions. En 2007, Nicolas Sarkozy faisait du « bouclier fiscal », une mesure permettant aux plus riches de ne pas payer en impôts directs une somme supérieure à 50% de leurs revenus, un de ses arguments de campagne. Malgré les critiques quasi-unanimes de la classe politique, y compris de la majorité, la mesure ne sera abrogée que quatre ans après laissant place à une large exonération de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Depuis la crise financière, la sensibilité aux inégalités a changé toutefois: on ne compte pas le nombre de films sur la chute du capitalisme, de Inside Job à Ma part du gâteau en passant par moi Michel G, milliardaire.


Pourquoi la sensibilité aux inégalités a-t-elle changé ? Une des raisons souvent évoquées est que les inégalités ont augmenté. Un indicateur commun est le coefficient de Gini qui va de 0 (tout le monde a le même revenu) à 1 (une seule personne a l’ensemble du revenu). Tous les pays du monde ont grosso modo entre 0,25 et 0,6 pour la distribution du revenu. Pour les ménages américains, l’indice de Gini est passé de 0,34 au milieu des années 1980 à 0,38 dans le début des années 2000. En Chine, l’indice est passé de 0,3 à 0,4. D’après Robert Gordon (Université de Northwestern), les inégalités n’ont pas augmenté depuis 1993 pour 99% de la population. Comme l’ont souligné Piketty et Saez (2007) et Saez (2008), les inégalités ont par contre augmenté entre les super-riches et les autres. Les 0,1% les plus riches détiennent 8% du PIB du pays. L’Economic Policy Institute, un think-tank américain, les 0,1% les plus riches ont des revenus 80 fois supérieurs à ceux des 90% les moins riches. Il y a vingt ans, le ratio des deux revenus était de 20.

L’augmentation des inégalités n'est pas seulement un problème économique (au sens d'accès aux bien-être) mais c'est également un problème sociologique - nous accordons dans les pays industrialisés des rendements disproportionnés à la richesse - et politique - les inégalités accroissent l’exclusion en rendant littéralement misérables les plus démunis.



Dans The Spirit Level, un best-seller aux Etats-Unis, Richard Wilkinson et Kate Pickett, soutiennent la théorie selon laquelle les inégalités auraient des effets médicaux avérés dont l’impact touche l’ensemble de la société. Le stress lié aux inégalités entraîne la sécrétion d’une hormone, le cortisol. Les personnes qui vivent dans des sociétés inégales secrètent moins d’ocytocine, une hormone peptidique qui favorise les interactions amoureuses mais également la défense du groupe et qui est donc assimilée à la confiance en soi. Le lien médical n’est toutefois pas avéré car il n’existe pas d’études généralisées à l’ensemble de la population. C'est une question que les chercheurs devront élucider au plus vite.

Toutefois, au niveau macroéconomique, les inégalités et leur impact sur la confiance peuvent peser sur la croissance : les pays scandinaves ont un haut niveau de confiance et de faibles inégalités de revenus. Les inégalités sont également une question de structure : une société figée, basée sur les castes comme en Inde, ou sur les Hukou chinois - un système de permis de résidence qui limite les migrations vers les villes - risque d'imploser.

Les inégalités ont un effet pervers sur la politique économique. Depuis plusieurs années, les politiques ont été concentrées sur les plus riches quand l’enjeu d’avenir pour une économie est d’ouvrir les possibles des classes moyennes en cassant les barrières à l’éducation. C’est également lutter contre le côté répétitif et biaisé des inégalités comme j'ai pu l'aborder sur d'autres sujets: le progrès technologique défavorise les non-qualifiés et le marché du mariage est strictement cloisonné selon le niveau d’éducation.

Crédit photo Stephen Shames.

La fin de la propriété privée

vendredi 29 avril 2011
Le taux d’équipement des ménages français est impressionnant. Quasiment la totalité des ménages a un réfrigérateur, 98% ont un téléviseur, 80% ont un four à micro-ondes sans compter les congélateurs, les ordinateurs, les téléphones mobiles, etc.

Pendant des milliers d’années pourtant, l’être humain a vécu dans un mobilier vide ou dans la pénurie rêvant probablement de posséder des équipements qui amélioreraient ses conditions de vie. Bush, Sarkozy et tant d’autres hommes politiques ont rêvé de faire de leurs administrés des petits propriétaires. Dans un billet récent, j’évoquais à quel point la possession privée pouvait être économiquement non-viable si elle amenait au développement du crédit et in fine à une création monétaire irréaliste. Sans retour au communisme ou à la propriété collective, la décennie à venir sera celle du partage dicté par de nouvelles formes de consommation.

Le partage de l’information sur des réseaux sociaux comme twitter ou facebook a changé la donne. Dans un monde où l’information est de plus en plus dense et de plus en plus grande, son partage et sa remontée par des connecteurs permettent de noter des points importants. De la même manière, avec l’urbanisation croissante, le partage des biens durables comme celui de l’information devient nécessaire car nous sommes de plus en plus nombreux dans un espace de plus en plus restreint.

Le modèle de la propriété privée a perdu de son sens avec la dématérialisation d’une grande partie de l’économie. La propriété devient de plus en plus immatérielle et donc plus facilement partagée, du moment qu’elle est gratuite. Un récent journal américain a décidé de faire payer son contenu mais laissera libre les liens qui sont partagés sur les réseaux sociaux. La gratuité et le partage sont le modèle économique de demain et quelque part le marché rêvé des plus libéraux : moins de barrières à l’entrée, une ouverture des marchés, moins de coûts de production, un libre-échange garanti. Demain nous regarderons le XXème siècle comme celui de la possession ostentatoire et de l’accumulation sans fin.

L'économie du "juste ce qu'il faut"

jeudi 21 avril 2011






Les incertitudes sur la dette grecque, le sur-développement du crédit en Espagne, le développement du crédit aux Etats-Unis, l'émergence d'une classe moyenne en Inde et en Chine pèsent sur les certitudes de développement à long-terme. Les incertitudes sur la stabilité du système financier international et sur l'utilisation durable du capital environnemental nous amène à un constat certain: « juste ce qu’il faut » doit être le mot d’ordre des nouveaux modèles de développement. Les pays en développement n’ont pas besoin d’une voiture avec climatisation et GPS. Ils veulent une voiture qui leur permette de se déplacer. L'attention doit être portée sur les pays en développement car ils sont dans les prochaines années le moteur de la croissance mondiale.

Les pays industrialisés ont une croissance en berne, un chômage grandissant et finalement un impact décroissant sur l'environnement. Leurs industries doivent toutefois réaliser les efforts de modernisation nécessaires, peut-être en payant une taxe carbone qui les inciterait à développer et à utiliser des énergies propres.

Les déséquilibres mondiaux sont également politiques. Les Etats-Unis se sont lancés depuis fin 2010 dans une politique d'assouplissement monétaire qui n'a qu'un seul objectif, celui de diminuer les taux d’intérêt sur les obligations d’Etat pour lui permettre d’emprunter à des taux bas et ainsi soutenir la croissance en donnant plus de richesse et plus d’incitations à dépenser et in fine maintenir le niveau des titres mobiliers et immobiliers. L'inflation devrait cependant augmenter en même temps que la masse monétaire. Quel est alors l’intérêt des pays émergents - en premier lieu la Chine - de garder du dollar si l’inflation monte et que les taux d’intérêt sont plus bas ?

Les pays émergents, pour profiter de la consommation américaine, achètent massivement du dollar sur le marché des changes afin de maintenir leurs produits à un niveau de prix "bon marché" pour les Etats-Unis. Ils ne souhaitent pas que leur monnaie s’évalue trop vite pour exporter leurs produits vers les Etats-Unis mais ils ponctionnent leur propre croissance. Larry Summers estime que la sous-évaluation du dollar par rapport aux monnaies asiatiques ponctionne de 2 points la croissance mondiale. La Chine détient 3000 milliards de réserves en dollars, un montant qui serait plus rentable s'il était investi dans une protection sociale pour la population chinoise et dont la rémunération va diminuer avec l'assouplissement monétaire américain.

L'économie du "juste ce qu'il faut" impose de régler deux problèmes: résoudre les problèmes structurels des économies développées et inciter les pays émergents à laisser leurs monnaies s’apprécier. Ces problèmes structurels sont ceux du développement durable et de la lutte contre la pauvreté. Nul ne doute que ce type de problème prend du temps à être résolu quand le simple soutien à la croissance est effectif et possible à court terme.

Pendant trop longtemps, les Etats-Unis ont considéré que le revenu ne représentait rien quand la consommation représentait tout. Le crédit facile est apparu comme le palliatif à l’absence de revenus décents. Augmenter la consommation et le crédit, voilà les deux moteurs de la croissance et de la crédibilité des gouvernements des pays industrialisés du début des années 2000. En voulant faciliter la consommation, on a laissé de côté la redistribution par la fiscalité ou directe pourtant plus utile à la société que la volonté de faire des moins aisés des propriétaires. La propriété au prix du crédit excessif n'a aucune justification économique. Pire, c'est un populisme économique, une insulte à l'intelligence humaine qui a miné l'économie mondiale.

L’excès de crédits est un danger pour la société et la dérégulation bancaire mélangée au populisme économique sont à l'origine de la crise économique. Le mot d'ordre de l'économie de demain, le "juste ce qu'il faut" doit avoir pour objectif de réduire les inégalités nationales et mondiales à la racine. C’est infiniment plus difficle que de prêter ou de déréguler à tout va mais finalement bien plus efficace à long terme.

L'histoire du monde en 100 secondes

lundi 4 avril 2011
Si l'on prend au sérieux cette animation, l'histoire du monde a été essentiellement indo-européenne, au moins le temps d'une minute.

A History of the World in 100 Seconds from Gareth Lloyd on Vimeo.


La redistribution de l'espoir au niveau mondial

mercredi 5 janvier 2011






L'enquête récente menée par BVA/Gallup sur le moral des individus au niveau mondial montre que les Français - mais plus généralement les pays développés - ont la sinistrose quand les habitants des pays émergents se déclarent confiants dans l'avenir.

A première vue, ce résultat peut paraître surprenant. Nous bénéficions d'un niveau de vie évidemment beaucoup plus élevé que les populations du Nigéria et nous sommes pourtant moins optimistes. Mais contrairement aux pays en plein développement, nous n'appercevons plus les notions d'espoir et de changement qui sont les moteurs de l'optimisme.

L'Occident a peut-être pourtant été le segment le plus optimiste du monde. De la découverte du Nouveau monde par Colomb et Vespucci au traité utopique de Thomas More en 1516, du siècle des Lumières aux écrits sur le progrès d'Auguste Comte, de la révolution industrielle à l'avènement de la démocratie, le monde occidental a semblé être le plus proche du bonheur et le grand porteur d'espoir quand l'Inde et la Russie pérennisaient un système de castes ou de servitude. Mais l'histoire récente n'est pas non plus teintée de pessimisme. Aux Etats-Unis, les mouvements des Civil Rights ont permis d'assurer à des générations entières de vivre mieux que leurs parents. En Europe, les nationalismes ont été en grande partie étouffés et l'Etat-Providence a permis de sécuriser bon nombre de citoyens.

Ce qui a peut-être changé depuis la crise économique de 2007, c'est que pour la première fois depuis 400 ans, l'Occident est bousculé sur plusieurs secteurs économiques et politiques par les pays émergents. L'Europe en particulier devra devenir une économie beaucoup plus agile et innovante pour maintenir son rang dans le grand jeu économique mondial. A l'inverse, certains pays émergents vont devoir faire face à une crise démographique, aux limites environnementales de leur développement et peut-être au début du chômage s'ils n'arrivent pas à équilibrer leur croissance et à assurer un accès au savoir pour tous. En dépit des remous actuels, le monde vit probablement sa plus grande période de gloire: jamais le bien-être physique, le niveau de vie, l'accès à l'information et la protection des libertés n'ont été aussi élevés. Et peut-être pour la première fois, l'espoir est-il enfin redistribué plus également entre les "possédants" et la "masse" d'individus.

Pourquoi les entreprises existent-elles?

mardi 4 janvier 2011
Cet article reprend essentiellement un article de Schumpeter dans The Economist.

C'est une des grandes questions de l'économie: pourquoi existe-t-il des formes organisationnelles (des entreprises) qui échangent sur les marchés? Pourquoi le marché en lui seul ne suffit pas?

L'entreprise est souvent vue comme une boîte noire par les économistes. En se posant la question de l'organisation de l'entreprise, Ronald Coase a révélé qu'il existe des coûts de transaction qui empêchent le recours permanent au marché. Une entreprise est donc un modèle d'organisation qui permet de transformer une multitude de contrats de court terme en contrats de long terme. L'entreprise réduit les coûts de transaction - les coûts de recherche d'une prestation, de contractualisation, de négociation et de respect du contrat. Il semble en effet logique d'employer des salariés sur le long-terme (plutôt que d'avoir un recours ponctuel au marché) car ils gagnent en expérience et de les former pour que leur capital humain ne se dégrade pas.

Mais si les entreprises sont si efficientes, pourquoi un marché réunissant de multiples entreprises existe-t-il? L'entreprise en elle-même connait des coûts de transaction qui peuvent limiter son efficience et donc sa croissance. L'entreprise de la taille du marché (l'économie planifiée en un sens) manque de compétitivité. Entreprise et marché ont donc chacun leurs coûts de transaction.

Dans la lignée des théories de Coase, les théories de la ressource ("Resource-based view") pensent que la réalisation de tâches au sein des entreprises ne vient pas uniquement des faiblesses du marché mais également des forces de l'entreprise. Les entreprises ont en effet accès à des nombreuses ressources telles que la culture d'entreprise ou la connaissance collective. Surtout l'entreprise peut, par l'innovation, redéfinir le marché lui-même. Une vision qui malgré son évidence semble toujours innovante tant la vision autocentrée des forces de marché est importante dans les courants économiques modernes.

Une année de cygnes noirs

dimanche 19 décembre 2010
Des niveaux élevés de dette publique ont entraîné une crise de légitimité de la zone euro. Alors que les marchés ont totalement perdu confiance dans la capacité de certains pays à rembourser leurs dettes, l'Union européenne et le FMI ont dû sauver la Grèce puis l'Irlande. En contrepartie de la création d'un fonds de stabilité financière, tous les pays européens se sont accordés pour réduire leurs déficits publics en mettant en oeuvre des réformes drastiques, par exemple le relèvement de l'âge de la retraite. La situation actuelle est si instable que les gouvernements européens devront probablement intervenir en faveur du Portugal puis de l'Espagne, au risque de remettre en question l'idée même de monnaie unique. Sur l'échiquier politique, les mouvements populistes pourraient bien en profiter.

Cette situation dramatique de la zone euro s'inscrit dans le cadre d'un désordre monétaire mondial mené de pair par le "G2": d'un côté, la Chine est réticente à laisser sa monnaie s'apprécier face au dollar; d'un autre côté, les Etats-Unis ont lancé un assouplissement monétaire massif qui devrait faire du dollar une "monnaie de singe". C'est une fin de siècle: la Banque centrale bénéficie de l'indépendance politique pour faire fondre les dettes qu'un gouvernement ne saurait rembourser.

Les problèmes budgétaires et monétaires mondiaux ne retirent rien à l'urgence environnementale. Alors que les Etats-Unis ont connu la plus grande catastrophe écologique de leur histoire avec la fuite de BP, nous oublions que l'économie mondiale produit chaque année l'équivalent de 5000 marées noires.

Du point de vue scientifique, le Comité Nobel a souhaité remercier des économistes du travail ayant contribué à un des plus grands sujets de notre temps: le chômage. Comment peut-on expliquer en effet qu'un cinquième de la population mondiale ne puisse trouver un emploi alors que l'économie n'a cessé de croître depuis la Seconde Guerre mondiale?

Le sujet est d'autant plus d'actualité que beaucoup de commentateurs pensent que les jeunes générations seront sacrifiées. C'est probablement le rapport au travail des plus jeunes qui devra évoluer pour que la crise économique ne dégénère pas en conflit de générations. Cela implique également que nos démocraties ne soient pas teintées d'un clientélisme qui revient toujours pendant les périodes de crise. A voir en 2011...

La vidéo du lundi: que pensent les Chinois de l'Europe?

lundi 29 novembre 2010
C'est un de mes humbles élèves à qui je rend la dédicace que je dois la découverte de la vidéo ci-dessous. Il trouvait que le vénérable Professeur Kuing Yamang tenait le même discours sur l'Europe que moi sur la Chine. Il a raison puisque:

  • Je pense que le modèle chinois s'autodétruit; il estime que l'Europe s'autodétruit;
  • Je trouve que le modèle social chinois manque d'investissements; il trouve le modèle social européen trop onéreux;
  • Je crois que l'Europe peut limiter les délocalisations en gardant un avantage de productivité; il pense qu'elle est condamnée par un coût du travail qui est trop cher;
  • Il me semble que la Chine est un pays peu rigoureux qui accumule des réserves de dollars sans raisons; pour lui, les européens sont irresponsables du point de vue budgétaire;
  • J'ai l'intime conviction que la Chine connaît une bulle existentielle financée par une politique commerciale agressive; il est persuadé que l'Europe - et en particulier la France - va se crasher à cause d'une bureaucratie inefficace.
Si la vidéo n'avait pas été fausse, je n'aurais retenu qu'une seule leçon de notre vénérable professeur: la mondialisation n'est pas un phénomène auto-centré sur les pays occidentaux et toute vision de l'Orient est bonne à prendre car elle nous montre une autre vision du monde.




Maurice Allais, inventeur de l'économie moderne

lundi 25 octobre 2010





Le 9 octobre dernier, peu avant la remise du prix Nobel 2010 à trois économistes du travail, Maurice Allais est décédé à l’âge de 99 ans. Quasiment inconnu des nouveaux étudiants en sciences économiques, l’unique français à avoir reçu à ce jour la distinction ultime pour un chercheur en économie aura participé à la découverte et au développement de nombreux piliers de la théorie économique moderne, de la maximisation du bien être aux modèles intergénérationnels. Maurice Allais était également un penseur de l’économie politique et ses travaux sur les marchés financiers, développés dans les années 1940, n’auront jamais eu depuis une telle actualité.

Libéral, Maurice Allais l’était. Défenseur du libre-fonctionnement des marchés dont il montrera l’efficience par l’équilibre entre l’offre et la demande, l’économiste était défavorable à toute entorse aux règles du marché concurrentiel comme la mise en place d’un salaire minimum. Soucieux du respect de la propriété privée, sa « réforme fiscale » visait à remettre le travail au centre en supprimant l’impôt sur le revenu et sur les profits des entreprises, et en maintenant une TVA élevée et un impôt sur le capital censé frapper l’épargne des plus riches. Bien qu’illusoires, ses considérations sur l’impôt rejoignent certains débats récents sur la fiscalité du capital ou sur le relèvement de la TVA pour pallier une baisse des cotisations sociales.

Immensément respectueux du travail et du mérite, Maurice Allais considérait les rentes du capital comme injustes car indépendantes de l’activité de son détenteur. Il se montrait en revanche peu favorable à certaines politiques visant à corriger les inégalités économiques et sociales. Certains économistes ne cesseront de lui reprocher d’avoir une approche élitiste de la société. D’autres retiendront comme message principal que l’efficacité économique n’est pas morale et que le fonctionnement optimal des marchés produit de l’inégalité.

Maurice Allais était pourtant sceptique quant aux bienfaits du libre-échange et au fonctionnement des marchés financiers. Il plaide en faveur d’une fédération européenne associée à une monnaie unique mais se méfie de la globalisation des marchés financiers et de la liberté de circulation des capitaux. Très marqué par la crise des années 1930, il pointe le rôle des banques et des établissements de crédits dans l’origine des crises : ceux-ci multiplient les crédits en période de croissance économique et créent donc des bulles et de l’inflation. Dans la lignée des monétaristes, Maurice Allais considère l’inflation comme un « mal suprême » qui fausse l’équilibre des marchés en modifiant les prix des biens et en diminuant artificiellement la valeur de l’endettement. Il était donc favorable aux politiques monétaires austères mais ne croyait pas à l’autorégulation du système financier.

Mais c’est probablement dans son analyse de la psychologie des individus que Maurice Allais retrouve toute son actualité. Très proche de Keynes dans son analyse des anticipations des agents économiques, il tentera de modéliser avec un succès mitigé les décisions psychologiques des individus en prenant en compte l’importance de la mémoire collective dans les décisions présentes. Nul ne doute que le facteur « mémoire » joue un rôle important dans les attaques spéculatives contre la zone euro : celle-ci est jeune, donc peu crédible en termes de politique économique et construite suite à la crise du système monétaire européen de 1992. Bien avant cette tentative de modélisation, son paradoxe remettant en cause l’hypothèse de rationalité des individus en situation d’incertitude aura ouvert des champs infinis de recherche en probabilités et en économie expérimentale. Ainsi, lorsque deux gains identiques sont présentés différemment, un individu préférera toujours le choix qui lui semble le plus protecteur et sécuritaire mais face à la ruine, il se montrera toujours optimiste. Une « euphorie financière » bien réelle avant la crise des subprimes.

Tantôt keynésien, tantôt monétariste, Maurice Allais restera un penseur non identifié de la science économique, ayant ouvert le pas à la formalisation de l’économie moderne.