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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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Nobel d'économie 2012: jeu, set et match

mercredi 31 octobre 2012

L'attribution récente du "Nobel" d'économie à deux microéconomistes, spécialisés en théorie des jeux et dans le design des marchés, a entraîné plusieurs réactions des commentateurs, qui en pleine crise économique mondiale, voyaient le prestigieux prix être remis à un macroéconomiste. 

Les récents lauréats du prix Nobel d'économie, Alvin Roth et Lloyd Shapley, ont été récompensés pour leurs travaux sur la théorie des jeux coopératifs, c'est-à-dire des jeux dans lesquels les acteurs peuvent se concerter et s'engager à coopérer avant de définir une stratégie permettant d'augmenter leur bien-être. Les théoriciens des jeux estiment pouvoir identifier des combinaisons de stratégies permettant aux individus d'atteindre une situation optimale. Trop théorique nous dira-t-on. Quasiment inutile diront d'autres, le marché permettant la rencontre de l'offre et de la demande, la théorie des jeux n'est intéressante à étudier que quand les acteurs ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Et pourtant, une telle réflexion est capable de changer profondément le monde dans lequel nous vivons.

Les travaux d'Alvin Roth et Lloyd Shapley ont été en partie consacrés à la possibilité de maximiser les stratégies des agents sur des marchés où il n'y a pas de prix apparent. Le "marché" du mariage est un exemple souvent cité mais il est existe également des coûts apparents à plusieurs marchés, basés sur les listes d'attente comme les dons d'organes ou les affectations en université. Tous ces marchés n'ont pas de système de prix et leur fonctionnement est largement instable. Alvin Roth a par exemple participé à la création de systèmes de gestion des dons d'organe permettant de diminuer les listes d'attente. Par exemple, un mari prêt à offrir un rein à sa compagne peut ne pas être compatible avec son épouse mais l'être pour sauver la femme d'un autre donneur ayant potentiellement le groupe sanguin requis. Il est alors simple de comprendre que la réduction rapide des temps d'attente est possible pour les deux couples en croisant les donneurs et les receveurs. Des algorithmes simples permettraient d'améliorer le marché de l'adoption, les affectations des fonctionnaires et des étudiants également. Certaines entreprises sont en train de développer ce type de stratégies: Starbucks pense à mettre en place un plan permettant à un salarié d'échanger son travail avec un autre salarié de manière à ce que chacun d'eux travaille plus près de son domicile. 

A plusieurs reprises, ces réflexions ont été considérées inutiles. Les politiques, les spectateurs, les commentateurs sont généralement plus concernés par la conjoncture économique et les salariés d'entreprises traitent en majorité de transactions tarifées, d'équilibre des budgets, de stratégie-prix que d'amélioration du fonctionnement de marchés, qui par ailleurs n'ont souvent pas de prix. Toutefois, le développement des nouvelles technologies a changé la donne. Avec la généralisation des enchères en ligne et des produits basés sur la gratuité de l'usage mais vivant de la publicité et étant donc terriblement dépendants de leur audience, les microéconomistes ont retrouvé un succès certain dans la "vraie" vie. Hal Varian (Berkeley) est le chef économiste de Google, R. Preston McAfee est au centre de recherche de Google après avoir passé plusieurs années chez Yahoo!, Susan Athey (Harvard) est conseillère de Microsoft, Patrick Bajari (Minnesota) a récemment rejoint Amazon pour être vice-président et chef économiste, et Steven Tadelis (Berkeley) est économiste chez eBay. 

"Regards" dans le top 10 politique de la rentrée

mercredi 12 septembre 2012


"Regards sur un XXIème siècle en mouvement", sous la direction de Thomas Porcher, préfacé par Jacques Attali, évoque 27 questions d’actualité qui ont marqué les dix dernières années et qui devront être débattues lors des dix prochaines. De la régulation financière à la place de la religion dans nos sociétés, en passant par l’avenir de l’industrie européenne et l’avenir du droit d’auteur.

Alors que la crise financière fait place à une croissance molle et à l’austérité, l’Europe et les Etats-Unis ne sont pas sortis de la crise financière, et il existe toujours, à défaut d’un risque d’effondrement des banques, un risque de redite de la présente crise. Une stricte séparation des activités bancaires, ainsi que des règles précises sur les conditions de sauvetage des banques doivent être revues à la hausse.

Dans un toute autre registre, la question de la laïcité a animé le débat public français ces dernières années et ne devrait pas tarder à réapparaître. La tradition française de laïcité de combat s'oppose à une vision plus libérale de la laïcité. La question fondamentale du débat est de savoir si les espaces privés deviendront des espaces publics. Un relatif consensus émerge pour que le principe d’une laïcité de combat soit activé lorsqu’il s’agit de protéger des valeurs fondamentales de notre société –égalité hommes femmes, éducation obligatoire et socle de connaissances sur lequel on ne peut transiger. Mais comme le suggère le Conseil d’Etat, il pourrait être utile que l’Etat réinvestisse le champ public de la pratique religieuse en fixant le cadre dans lesquelles ces dernières doivent évoluer. Ainsi, certaines propositions, comme l’enseignement du fait religieux, la signature de conventions de représentations avec les cultes, la formation des ministres du culte sont régulièrement reprises.

Enfin, notre pays ne peut faire l'économie d'une réforme fiscale en profondeur. La mise en place d'une politique de discrimination positive en faveur des territoires les moins bien dotés est à étudier. Fixée pour un temps déterminé et dans des conditions strictes par le législateur, cette péréquation pourrait être calculée en fonction d’un indice de développement créé au niveau européen pour les territoires, et fondé sur des critères démographiques, sociaux, économiques et environnementaux. Le retour à la cohésion entre les territoires français est à ce prix.

Ces trois débats, qui ne cesseront de revenir dans le débat politique français, sont abordés dans ce livre collectif dont je vous recommande la lecture. 


Aux pères fondateurs de l'euro...

mardi 29 mai 2012
Je dois à Robert Mundell (1999) ma décision d'étudier puis d'enseigner l'économie. Je me souviens très bien sa réception du Nobel, j'étais alors au lycée et pour une des premières fois je lisais le Monde, ou plutôt un bout du Monde que j'avais trouvé dans le centre de documentation et d'information de mon lycée. J'étais tombé par hasard sur un article décrivant le triangle d'incompatibilité de Mundell (selon le prix Nobel, une zone monétaire n'a le choix qu'entre deux des trois instruments suivants: changes fixes, libre-circulation des capitaux, politique monétaire autonome), dont je ne comprenais pas à l'époque la signification. 

En revanche, l'article m'avait marqué par sa présentation des zones monétaires optimales, autre théorie du début des années 1970 qui a rendu célèbre Mundell (qui travaillait en fait sur la possibilité d'une union monétaire entre le Canada et les Etats-Unis). J'ai vite compris que sa théorie, selon laquelle une union monétaire entre plusieurs Etats n'est possible que si ces Etats connaissent une forte mobilité du travail entre eux, était une critique de la décision européenne d'adopter une monnaie unique. J'ai compris plus tard pourquoi il avait eu le Nobel en cette année 1999. Je ne comprends toujours pas pourquoi on le considère comme un père fondateur de la zone euro, sa théorie étant fondamentalement opposée à l'adoption de la monnaie unique européenne.

Pour beaucoup, y compris outre-atlantique la théorie de Mundell était incomplète car elle laissait de côté l'intégration commerciale et financière des Etats de l'Union. McKinnon et Kenen ont largement contribué à renforcer la crédibilité de la théorie des zones monétaires optimales en insitant sur l'ouverture aux échanges des pays constituant l'Union et l'intégration fiscale. En utilisant divers critères, Bayoumi a proposé de tester plusieurs tailles de zones monétaires en Europe: l'Allemagne, l'Autriche, la France, le Bénélux, l'Italie et le Royaume-Uni aurait constitué une zone monétaire optimale en 1999. 

Philippe Martin et Thomas Philippon travaillent actuellement sur un papier dans lequel ils insistent sur l'intégration du système bancaire comme déterminant d'une zone monétaire optimale. Une régulation unique au niveau européen et un système de garanties fédérales, plus que la mobilité du travail ou l'ouverture commerciale, déterminent effectivement l'optimalité d'une zone monétaire. Affaire à suivre...

GREXIT

lundi 21 mai 2012
En attendant les élections législatives en Grèce, les gouvernements européens planchent sur un plan de soutien en cas d'une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro ou d'une attaque spéculative qui toucherait l'Espagne et le Portugal. 

Le logiciel économique de la zone euro a été construit sur la lutte contre l'aléa moral: les États s'engagent sur des objectifs de long-terme - finances publiques saines et programmes de réduction des dépenses - et l'aide des autres États européens et de la Banque centrale européenne est conditionnée aux efforts entrepris. La montée des partis populistes qui proposent des solutions faciles - sortie de la zone euro ou moratoire sur la dette publique - est le signal des modifications qu'il faut apporter aujourd'hui au fonctionnement des institutions européennes. L'hypothétique sortie de la Grèce et la probable faillite du système bancaire européen devrait se traduire par des actions rapides de restauration de la confiance et de la stabilité financière. Cela impose des prises de décision rapides, basées sur la majorité et non sur l'unanimité. La seule manière de faire accepter un tel changement de mentalités est de créer une véritable régulation financière européenne. 

La raison est simple. Pris individuellement, les pays de la zone euro ont des capacités d'absorption très faibles: la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Italie et l'Espagne sont facilement mis en faillite par leur système financier. A l'inverse, les capacités de garantie des dettes bancaires et étatiques de la zone euro prise dans son ensemble sont énormes. Une telle régulation éviterait les arbitrages politiques nationaux et donc les éventuelles connivences qui peuvent exister entre régulateurs, gouvernants et directeurs de banques. En contrepartie, la possibilité d'émettre des euro-bills sous des conditions strictes viendrait faciliter le financement de la dette publique. 

La sortie de la zone euro de la Grèce n'est pas pour autant une bonne nouvelle. La compétitivité grecque serait restaurée par le biais d'une dévaluation de la drachme mais l'inflation serait importante, voire galopante. Dans ce cas, sauf relance (inespérée) des exportations, la situation grecque serait probablement pire qu'aujourd'hui. L'austérité serait de toute façon maintenue, la diminution des dépenses publiques étant nécessaire, et la dégradation du climat politique défavorable au maintien de la démocratie...




Tarifs de l'eau

jeudi 22 mars 2012
C'est la journée mondiale de l'eau qui fait suite à un forum de l'eau associant collectivités, société civile et entreprises privées. Il faut rappeler quelques principes sur l'eau: l'accès à l'eau doit être universel et à un prix raisonnable; l'eau est rare mais elle ne l'est pas partout; enfin, le bon tarif de l'eau doit respecter les principes d'équité et de responsabilité environnementale. Je vais m'intéresser à ce dernier point en particulier.

Le débat sur les prix de l'eau en France est depuis plusieurs années centré sur les différences de tarification entre régies et délégations de service public. La différence est de 25% si l'on prend en compte le prix pour une facture de 120 m3, ce qui correspond à la consommation-type d'un ménage de deux adultes et un enfant selon l'INSEE. En revanche, trop peu d'études prennent en compte la structure tarifaire des services d'eau en France.

En France, la facture d'eau est divisée en deux parties: une partie fixe, l'abonnement, et une partie variable, qui dépend de la consommation du ménage. L'abonnement doit couvrir les frais de gestion du service et du compteur d'eau, ainsi que les charges fixes liées aux investissements. La partie variable doit couvrir la charge volumétrique de la production et de la distribution de l'eau. Ce mode de tarification est franchement régressif: les ménages les plus pauvres payent le même abonnement que les ménages les plus riches et par la suite, payent leur consommation de façon proportionnelle (la progressivité des tarifs est assez rare). Le prix moyen de l'eau pour un gros consommateur est donc plus faible que pour un petit consommateur...drôle de paradoxe.  

Ensuite, les stratégies tarifaires des régies comme des délégations vont changer d'un service à un autre: quand la densité du réseau est élevée, une partie des investissements sera probablement remboursée par la charge volumétrique; à l'inverse, quand la consommation est faible ou en diminution, les opérateurs - privés comme publics - vont augmenter le prix de l'abonnement pour sécuriser leurs revenus; enfin, certains services appliquent des prix qui sont totalement déconnectés des coûts de production et de distribution (soit pour dégager une marge, soit pour maintenir un prix trop bas de l'eau).

Les prix de l'eau doivent refléter le coût du service et ne pas résulter du manque de concurrence ou de la volonté de dégager des excédents pour financer d'autres services publics, ce qui est malheureusement parfois le cas. C'est le principe d'équité. Le principe de préservation de la ressource doit quant à lui être assuré par les redevances reversées aux agences de l'eau: ces redevances ne doivent pas être proportionnelles mais progressives pour taxer les plus gros consommateurs.

Il y a par ailleurs un débat théorique sur les modes de financement de la facture d'eau. Nous disposons de trois instruments: le tarif, la taxe et le transfert. Le tarif est évident: les consommateurs qui doivent payer ce qu'ils consomment mais il doit être en phase avec les coûts des opérateurs. La taxe pour financer les services est un sujet qui est évoqué dès la fin du XIXème siècle: une étude réalisée pour la ville de Lyon à l'époque évoque ainsi la possibilité de lier la partie fixe à la valeur locative de la surface habitée alors même que la ville de Montauban liait à cette époque abonnement et biens d'équipements (nombre de chevaux et de bovins notamment). Il n'est pas exclu qu'une taxe - avec une assiette large et un taux bas - soit efficace pour financer une partie des investissements mais l'existence de budgets annexes (mettant le service d'eau hors du budget général de la collectivité locale) rend le recours à de telles taxes en principe interdit.

Enfin, le dernier instrument est le transfert: les services reçoivent un certain nombre de subventions des agences de l'eau et des collectivités locales (ces subventions sont d'ailleurs modulées selon le mode de gestion). Les transferts pourraient en fait être directement assurés par les opérateurs et les régies. Afin de ne pas nuire à la transparence de la tarification, il est possible d'utiliser des transferts d'un montant faible - de 10 à 40 euros par an - pour alléger la facture des ménages les plus pauvres. Ces transferts peuvent être directement prélevés sur la facture des ménages les plus riches ou des plus gros consommateurs de manière forfaitaire. A supposer que seulement 5% des abonnés bénéficient d'un transfert de 40 euros, cela ne coûterait que 2 euros par an aux autres abonnés...Un "pour boire" pour restaurer l'équité de la tarification!


Prime pour l'emploi: mensonges et vérités

jeudi 23 février 2012



Invité sur France 2 hier soir, Nicolas Sarkozy a annoncé une mesure phare de sa candidature à l'élection présidentielle: la suppression de la prime pour l'emploi (PPE). La prime pour l'emploi est un impôt négatif instauré en 2001 par le gouvernement Jospin. Le dispositif s'inspire du système américain de revalorisation du travail: en échange de la reprise d'activité d'une personne dont le foyer fiscal est à bas revenus, une prime d'incitation au travail est versé annuellement. Le dispositif permet de distribuer environ 450 euros par mois par crédit d'impôts annuel à 7 millions de bénéficiaires pour un coût de 2 à 3 milliards d'euros selon les années.

Le dispositif est très critiqué et mérite de disparaître. D'abord parce qu'il coexiste depuis quelques années avec un le revenu de solidarité active (RSA) qui suit une logique de dotation universelle autant que d'incitation à l'insertion dans l'emploi. Ainsi, la reprise d'un emploi permet de cumuler un salaire et le RSA sous la condition d'une amputation de 38% par tranche de 100 euros du socle du RSA. Le RSA représente donc une subvention à l'emploi jusqu'au SMIC. La complexité du système est qu'un foyer peut à la fois bénéficier du RSA "complément d'activité" et de la PPE, celle-ci étant diminué des gains du RSA. Le système manquait de lisibilité.

Ensuite parce que contrairement au RSA, la PPE est versée une fois par an, perdant donc, de son capital incitation. Pour une personne au RSA, cela implique de travailler un an souvent à mi-temps sans gains immédiats (puisque les revenus supplémentaires du travail sont contrebalancés par la perte des allocations) avant de recevoir la PPE l'année suivante suite à la déclaration fiscale.  

Enfin, parce que l'incitation à reprendre un travail est restée faible en gain absolu. Un célibataire sans enfant qui passe du RSA à un emploi à mi-temps rémunéré au SMIC horaire reçoit 32 euros par mois au titre de la PPE. Autant dire que ça ne permet pas de boucler les fins de mois et que l'utilité est moindre car les bas revenus préfèrent probablement 32 euros immédiatement que 384 euros d'un coup.

Qui gagnerait à la suppression de la PPE?

La PPE coûte 2,5 milliards d'euros, l'alignement de la fiscalité des dividendes sur celles des revenus du travail rapportera 1,5 milliard. L'enveloppe de 4 milliards devrait profiter aux personnes travaillant et gagnant moins de 1400 euros nets par mois, soit 30% des salariés français donc 7,2 millions de personnes. Cela représente un chèque annuel moyen de 555 euros à chacun des salariés en dessous de 1400 euros nets par mois. La mesure toucherait un public plus large que la PPE et avantagerait les travailleurs à temps plein à bas salaires au lieu des personnes dont l'entrée dans l'activité devait être encouragée.

Toutefois, le périmètre des personnes concernées n'est pas le même. Un couple dont chaque conjoint gagne le SMIC bénéficie pleinement de la mesure Sarkozy alors qu'il ne bénéficiait pas de la PPE ni du RSA. A l'inverse, des bénéficiaires de la PPE verront leur pouvoir d'achat diminuer et préféreront l'inactivité à un tiers de SMIC...On perd l'objectif du retour sur le marché de l'emploi.

Un problème de calcul

Le problème est que l'annonce du Président concerne les charges sociales sur les bas salaires. Or une partie de celles-ci est déjà nulle pour une grande partie des salaires de 1 à 1,6 SMIC! Une subvention aux travailleurs à bas salaires qui coûtent chaque année 30 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB. Une mesure par ailleurs complexe et donc les impacts sur l'emploi sont difficiles à évaluer... On estime généralement qu'un million d'emplois a été créé ou sauvegardé.

Le Président évoque la suppression des cotisations payées par les salariés, moins de 100 euros prélevés sur leurs salaires, soit "1000 euros par an" annoncés par le Président. Comme nous avons vu plus haut, la suppression de la PPE et l'alignement de la fiscalité des dividendes rapporteraient 4 milliards, soit un potentiel de financement de 555 euros par salariés. Garantir 1000 euros par an en plus à chaque salarié coûterait donc 8 milliards d'euros par an.

Bouclage de la mesure et coût à long terme

A supposer que les 1000 euros soient intégralement dépensés, il rapporterait - selon leur soumission à une tranche d'impôt variable et en incluant la TVA - environ 200 euros par an à l'Etat, soit 1,4 milliard d'euros, soit une dépense de 6,6 milliards (8 moins 1,4 milliard d'euros).

Le coût à long terme est en revanche dangereux pour deux raisons. D'abord, toute la distribution des salaires va être écrasée autour de 1 à 1,2 SMIC puisque salariés et employeurs seront incités par des doubles allègements de charges et d'impôts à payer et à gagner peu. Ensuite, le coût à long terme pour les finances publiques risque d'être massif et incontrôlable. Alors que la PPE est liée à l'activité économique du pays (en période de croissance et de réduction du chômage, le dispositif coûte moins cher), le dispositif "Sarkozy" d'exonération d'impôts des plus bas salaires risque de mettre à feu et à sang les finances publiques du pays en privant Bercy d'une partie de la CSG, son meilleur instrument fiscal. En période de reprise économique et de baisse du chômage, le coût sera le même, environ 8 milliards par an que la croissance soit au rendez-vous ou non!


La prospérite du vice: le cas de l'industrie pétrolière

samedi 11 février 2012
Depuis deux jours, un petit opus cartonne en librairie. Ce livre écrit par Thomas Porcher - le frère de l'éditeur du blog - dénonce au travers de huit controverses les pratiques indécentes des industries pétrolières. La critique pourrait affirmer à juste titre que l'industrie des énergies extractives est un enjeu diplomatique ou une rente que l'on doit maintenir au prix d'une corruption assumée par ailleurs combattue par une candidate à l'élection présidentielle de 2012. 

Les compagnies pétrolières font du profit. C'est un fait et on ne pourrait que s'en féliciter si les profits étaient liés à des gains de productivité ou à des investissements productifs. Les profits des compagnies pétrolières résultent tout simplement de la montée des cours du pétrole. Conséquence: les "majors" réalisent des profits dont les montants dépassent toutes leurs espérances. Une aubaine? Non, une honte. Ces profits n'ont pas été réinvestis dans le capital productif, ou dans la modernisation des raffineries, ni même entraîné des recettes fiscales supplémentaires dans le cas de Total. Au nom du principe de consolidation fiscale, notre fleuron industriel n'acquitte aucun impôt sur les sociétés en France. Profits par aubaine et consolidation fiscale ne sont pas des délits. Pour certains, ce sont même des éléments de stratégie d'entreprises.

Les pratiques pétrolières sont plus graves sur deux autres points. D'abord, parce que les variations des cours du pétrole ne sont pas toujours répercutés sur les prix à pompe. Quand le prix du baril augmente, les prix à la pompe augmentent immédiatement. Quand le prix du baril diminue, les prix à la pompe diminuent avec un décalage. En quelques jours, les entreprises pétrolières engrangent des dizaines de millions d'euros par ce petit jeu. Ensuite, parce que la moitié des pauvres du monde au sens de l'ONU - les individus qui vivent avec moins de 1 dollar par jour en parité de pouvoir d'achat - vivent dans un pays pétrolier. Les gouvernements sont sur ce point bien plus responsables que les compagnies pétrolières. Mais celles-ci profitent largement de leur faiblesse pour entretenir leurs marges. Le pétrole, c'est la prospérité du vice.

L'indécence précède l'essence - Enquête sur un Total scandale

Sarkozy se trompe de TVA sociale

lundi 30 janvier 2012
Le Président de la République s'est exprimé hier sur plusieurs points de sa politique économique. Je n'ai pas les capacités pour analyser la gestuelle et le ton de son discours mais il m'a semblé qu'il jouait parfois le vieux Président, calme et posé, responsable et donneur de leçons. Pour ceux qui ne l'ont pas vu, vous pourrez regarder la vidéo au bas de ce post. Je ne veux pas lister ses erreurs comme d'autres l'ont très bien fait. Malgré les critiques, l'exercice auquel s'est donné le Président est toutefois louable: je me réjouis que les politiques, à l'image de Pierre Moscovici et Xavier Bertrand ce matin sur BFM TV, jouent le jeu de la transparence et de la pédagogie.

De mon côté, je veux revenir sur un point: le lien entre TVA sociale et coût du travail en France. Il faut d'abord rappeler le mécanisme de la TVA sociale. Il s'agit d'augmenter de quelques points - le gouvernement a choisi 1,6 point - la TVA afin de financer une partie des cotisations patronnales qui entrent dans le coût du travail. Le financement de la protection sociale par la TVA aurait pour effet de réduire le coût du travail en France, plus élevé que la moyenne de l’OCDE surtout pour les plus bas salaires, et d’accroître ainsi la compétitivité des produits français. Elle aurait également l’avantage de faire financer la protection sociale par les produits importés et les achats des 90 millions de touristes qui viennent chaque année en France alors qu’assise uniquement sur les cotisations sociales, la protection sociale n’est aujourd’hui financée que par les biens et services produits en France.

La TVA sociale comporte essentiellement deux problèmes. Elle pèse sur le pouvoir d'achat des moins aisés si les entreprises ne répercutent pas à la baisse les prix. Certains économistes proposent donc une CSG sociale qui viserait à financer directement la protection sociale et qui serait proportionnelle au revenu et non à la consommation. L'utilité de la TVA sociale est constestée dans la mesure où les salaires au niveau du SMIC sont quasiment exonérés de cotisations de sécurité sociale (4,38 % a lieu de 30,38 % soit une réduction de 26 points) et que l'exonération est ensuite dégressive jusqu'à 1,6 SMIC. Il ne faudrait donc tout simplement pas la mettre en oeuvre.

Je pense néanmoins que la TVA est un instrument de politique économique fort. Une véritable TVA sociale pourrait être mise en oeuvre mais elle devrait reposer sur deux principes: l'équité et l'efficacité économiques. L'équité doit amener nos dirigeants à revoir en profondeur les taux réduits de TVA car ceux-ci concernent en bon nombre les ménages ayant des revenus supérieurs à la moyenne. Il faut comme le dit Michel Aujean dans "80 propositions qui ne coûtent pas 80 milliards" concentrer le taux réduit de TVA sur les besoins de première nécessité, à l'origine son "coeur de métier", aujourd'hui ronger par des cadeaux fiscaux. Le réaménagement des taux de la TVA serait alors l'occasion de dégager des marges pour financer en partie l'assurance maladie et les prestations familiales qui relèvent de la solidarité nationale et non du travail.





La question la plus bête du monde

mardi 24 janvier 2012
Alors que je lisais un dossier sur l'ISF dans le journal Le Monde je suis tombé sur une jolie carte de la répartition des contribuables de l'ISF en région parisienne.

















On constate une concentration des plus gros redevables de l'ISF dans certains arrondissements de Paris et dans certaines communes de la banlieue parisienne. L'article précise le constat mais tente aussi de répondre à la question la plus bête du monde: pourquoi retrouve-t-on une telle répartition géographique des riches?

La réponse à la question la plus bête du monde est simple et s'explique en deux points.

  • Alors que chaque individu riche peut être content de vivre dans un quartier moins riche, l'accumulation de décisions individuelles peut entraîner une ségrégation spatiale. C'est le théorème de Schelling: une préférence pour ne pas avoir trop de personnes différentes de vous dans votre quartier ou une préférence pour avoir quelques personnes identiques à vous dans votre quartier peut renverser l'équilibre spatial d'un quartier. Ainsi, les riches ou les pauvres (et les super-riches et les super-pauvres) tendent à se regrouper dans des quartiers suite à une série de décisions individuelles.

  • Les gros redevables de l'ISF vivent dans des quartiers dont la couronne est composée de quartiers qui tout en étant moins riches sont tout de même relativement aisés. Le bonheur est relatif: je ne suis bien que si je suis mieux que mon voisin. Pour des raisons de sécurité physique mais aussi de compréhension mutuelle, il est cependant mieux que mon voisin me soit tout de même relativement semblable.

Crise de la dette: la faute à Sarkozy mais pas seulement!

mardi 17 janvier 2012
Alors que le livre "Un quinquennat à 500 milliards" critique la gestion des comptes publics par le président actuel Nicolas Sarkozy et que la droite accuse de manière récurrente la gauche d'avoir été irresponsable en matière de gestion des affaires publiques, il semble nécessaire de faire le point sur la gestion de la dette publique par les divers gouvernements français.

Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à Berlin, le 09/01/2012. (JOHANNES EISELE / AFP)
Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à Berlin, le 09/01/2012. (JOHANNES EISELE / AFP)

La dette a explosé entre 2002 et 2011

De 1981 à 2011, la dette publique est passée de moins de 25% du PIB à plus de 80%. Contrairement à l'idée reçue selon laquelle la droite gèrerait plus sérieusement les deniers publics, l'analyse des données montre qu'aucun des deux partis ne s'est avéré plus rigoureux que l'autre. Ainsi, nous n'avons jamais eu d'excédents budgétaires sur les trente dernières années. A titre d'exemple, l'Allemagne a elle eu des excédents budgétaires à deux reprises ces quinze dernières années...

Pire encore, les déficits publics n'ont été maintenus en-dessous du seuil de 3% des critères fixés par le Traité de Maastricht que lors de la période 1998-2001 et 2005-2007. Peut-on se féliciter de ne respecter les règles que l'on s'impose qu'une fois sur trois ? Et l'instauration d'une règle d'or n'y aurait rien changé.

Si l'on regarde dans le détail des gouvernements de droite et de gauche, on constate que la gauche a même été bien meilleure gestionnaire de la dette publique. Lorsque le Premier ministre est socialiste - de 1981 à 1986, de 1988 à 1993 et de 1997 à 2002 -, la dette publique augmente respectivement de 12 points et de 8 points et diminue de 0,5 points de PIB. A l'inverse, lorsque le Premier ministre est de droite - de 1986 à 1988, de 1993 à 1997 et de 2002 à 2011 -, la dette augmente respectivement de 5 points, 14 points et enfin de 24 points de PIB.

Le président Nicolas Sarkozy a dit à plusieurs reprises qu'il avait hérité essentiellement de l'endettement des gouvernements passés. Il devrait préciser qu'il hérite en grande partie de la dette des gouvernements de droite, qui même en dehors des périodes de crise (1993-1994 et 2008-2011) ont eu fortement recours à l'endettement public.

Il convient cependant de relativiser la responsabilité réelle de Nicolas Sarkozy dans l'explosion de la dette. Le chiffre de 500 milliards d'euros retenu par les auteurs du livre "Un quinquennat à 500 milliards" fait référence à la dégradation de la dette publique nette des mesures anti-crise et de la dégradation des recettes publiques.

Si l'on s'en tient au solde public structurel, le déficit corrigé de la conjoncture, à supposer que Nicolas Sarkozy aurait maintenu un déficit structurel nul, la présidence actuelle aurait coûté plus sûrement 320 milliards d'euros d'augmentation de la dette publique et non 500 milliards. Si l'on regarde l'écart du déficit public constaté entre 2008 et 2011 et la cible de 3%, on trouve exactement le même chiffre, soit un surcoût de 320 milliards d'euros.

Un chiffre proche de celui donné par la Cour des comptes qui estime toutefois que l'augmentation de la dette publique aurait pu être de 33% moins élevée avec une meilleure gestion des deniers publics...

Une autre année pour Observatoire des idées

dimanche 18 décembre 2011
Observatoire des idées connaît sa deuxième fin d'année. Un bilan rapide de l'année 2011 s'impose. Les pages du blog ont été visionnées 55 000 fois, ce qui correspond à environ 38 000 visites. La page Observatoire des idées sur facebook a réuni plus de 1700 fans. Le compte twitter de l'éditeur du blog réunit 240 abonnés.

Les articles édités en 2011 les plus vus sont les suivants:

  1. Un indice pour prédire la prochaine révolution dans le monde arabe.
  2. Quelques propos "solidaires": réponse à Wauquiez, Copé et Daubresse.
  3. Combattre les contre-vérités en matière de dette publique.
  4. Comment faciliter l'accès à l'eau potable dans les pays en développement?
  5. La règle d'or des finances publiques: une idée trop simple pour être efficace.

Certains articles édités en 2010 ont connu un regain de succès:

  1. Discrimination positive pour les riches?
  2. Réforme des retraites: avantages et inconvénients.
  3. Être blonde, un avantage économique?

Si on regarde maintenant l'origine démographique de nos visiteurs, la France est massivement représentée mais suivent derrière les Etats-Unis, le Canada, la Belgique et le Royaume-Uni. La principale source directe de visites est essentiellement facebook mais twitter ramène de plus en plus de visiteurs. Google est à l'origine du quart des visites, ce qui prouve que nous sommes de mieux en mieux référencés.

Merci à nos lecteurs réguliers ou occasionnels et nous espérons convaincre de nombreux nouveaux lecteurs de nous suivre.

Protéger l'éducation des groupes de pression

vendredi 2 décembre 2011





L'enseignement de sciences économiques et sociales subit des attaques régulières de la part des milieux patronaux. Deux articles récents mettent en question cette discipline scolaire, et accusent plus particulièrement ceux qui l'enseignent de colporter une mauvaise image de l'entreprise auprès de la jeunesse.

Frédéric Lemaître,président d'une "société de gestion de base de données sensibles", dans une tribune publiée le 28 novembre 2011 sur le site d'actualité Atlantico, dénonce le fait que l'enseignement de l'économie au lycée ait une orientation dite "social" plutôt que "commercial" donnant ainsi une fausse image du monde de l'entreprise. Il propose ensuite rapidement d'initier les élèves et leurs professeurs à la Bourse.

Le deuxième article est encore plus problématique, car il montre la méconnaissance de certains députés des programmes scolaires. Cette note publiée sur une page internet des Echos, rédigée par Jean-Michel Fourgous (député des Yvelines) et Olivier Dassault (député de l'Oise) et co-signée par une dizaine de députés UMP (notamment les réacs Hervé Novelli, Lionnel Luca, Christian Vanneste...) développe l'idée que si les français ont un faible niveau en économie, c'est en partie à cause de l'école où l'économie serait abordée seulement en sciences économiques et sociales sous l'angle des problèmes de société (chômage, exclusion, mobilité sociale, etc.) donnant aux jeunes une vision pessimiste de l'entreprise et plus généralement du travail.

Les deux articles ont comme point commun d'être caricaturaux et reprennent un certain nombre de poncifs habituels contre l'enseignement de SES. Il s'agit clairement d'une attaque idéologique, du même niveau que les attaquent des organisations religieuses contre l'enseignement de la théorie des genres dans les programmes de science en première. Les deux textes sont pleins de représentation sur ce qu'est l'enseignement de sciences économiques et sociales en développant une argumentation assez éloignée de la réalité de notre discipline.

Petit rappel rapide sur l'enseignement de l'économie au lycée

Les sciences économiques et sociales correspondent à la discipline scolaire qui enseigne l'économie et la sociologie au lycée. Nous enseignons donc les savoirs produits par ces deux disciplines savantes.

Ainsi l'objectif de l'enseignement de SES dans une filière générale et surtout dans une école républicaine et laïque est de diffuser des savoirs dont la légitimité est assurée par leur validité dans leurs champs de référence.

Ces deux articles posent cependant différentes questions auxquelles je ne m'attarderai pas à répondre ici tant elles apparaissent absurdes:

- les contenus enseignés en économie doivent-ils chercher à donner une bonne image de telle ou telle organisation ou doivent-ils s'appuyer sur des faits avérés et des théories valides?
- les programmes scolaires doivent-ils être dictés par des organisations patronales, syndicales, ou religieuses ou bien doivent-ils être le fruit d'une transposition didactique, s'appuyant sur les savoirs issus des différentes disciplines de référence ?
- Est-il nécessaire d'avoir travailler en entreprise ou d'être détenteur d'actions pour enseigner l'économie au lycée? On pourrait alors se demander si le professeur d'histoire devrait avoir passé un mois dans les tranchées pour enseigner la Première Guerre mondiale?

Le niveau de ces deux articles ne méritent pas que l'on s'y attarde plus, ainsi pour ceux qui souhaiteraient avoir un point de vue plus objectif sur les contenus enseignés, je les invite à lire directement les programmes officiels ainsi qu'une note que nous avions rédigée avec Simon Porcher pour Terra Nova qui insistait déjà bien sur l'idée que les contenus enseignés doivent être préservés des groupes de pression quels qu'ils soient.

Grèce dans la zone euro: son maintien exige un changement de mentalités des politiques

vendredi 11 novembre 2011
Sans changement d'idéologie politique de la part des gouvernements européens, la Grèce est inéluctablement condamnée à sortir de la zone euro. Plus la sortie sera retardée, plus elle sera douloureuse.

Nul ne doute que la situation grecque est problématique : la dégradation de la santé financière de la Grèce ne peut trouver de solutions que par une diminution des dépenses publiques et une augmentation des exportations. En effet, la diminution de l’activité et les plans d’austérité ont complètement déprimé la demande interne, réduisant également les recettes fiscales.

Il y a trois solutions possibles au problème grec:
  • soit on diminue les prix et les salaires brutalement de 30%,
  • soit on efface ou on crée un consortium de remboursement de la dette grecque, ce qui permet d’éviter l’austérité,
  • soit on fait sortir la Grèce de la zone euro pour que celle-ci puisse dévaluer sa monnaie et réduire son déficit commercial, la Grèce exportant essentiellement vers d’autres pays de la zone euro.
Les dévaluations internes ont rarement été des succès puisqu’elles consistent souvent à défendre l’indéfendable : il s'agit de réduire les salaires et les prix de façon brutale. Depuis son entrée dans la zone euro, la Grèce a bénéficié d’une croissance soutenue par les nouvelles capacités d’emprunts que lui offrait la monnaie unique et a connu une augmentation rapide de ses coûts et de ses prix qui ont convergé vers les pays du centre de la zone euro. Une dévaluation interne consisterait donc à réaligner les coûts et les prix de la Grèce vers leurs niveaux réels c'est-à-dire leur niveau si la Grèce n’avait pas été dans la zone euro.

Deux pays de la périphérie de la zone euro y ont pourtant eu recours. La Lettonie a mené dès 2009 une diminution des salaires et des prix, contractant ainsi son PIB de 20% et connaissant une envolée du taux de chômage à 20%. L’Irlande a contracté sa demande intérieure de 15% par des réductions de salaire tout en refusant d’augmenter ses taux extrêmement bas d’impositions sur les sociétés. Sa compétitivité a été rétablie par la chute des importations. Ces pays ont toutefois un sens politique qui les pousse à accepter la dévaluation interne plutôt que toute autre solution. Côté letton, la volonté d’entrer dans la zone euro réside dans la nécessité d’une protection contre l’ennemi russe. Côté irlandais, la méfiance envers une ingérence de l’Europe les incite à s’automutiler pour maintenir des taux d’imposition bas.

La Grèce est en revanche dans une situation différente. La défiance envers les politiques est plus forte. Les syndicats du secteur public ont un grand pouvoir de nuisance et de blocage et ont combattu la réforme par des grèves et des manifestations qui ont retardé la levée de l’impôt. La sortie retardée et impromptue de la Grèce pourrait avoir des conséquences plus dramatiques que sa sortie programmée après le vote du référendum du 4 décembre 2011. Le risque actuel est tout simplement de voir le pays basculer dans la guerre civile. Si l’objectif est de satisfaire les marchés financiers, on se demande alors quelle pourrait être la réaction des agences de notation et l’évolution de l’euro…

La situation idéale, qui est laissée de côté par l'Europe, est d'effacer la totalité de la dette grecque. Il faut que les mesures d'austérité puissent être prises sans la contrainte du remboursement des intérêts de la dette et que la dépense publique soit assez forte pour financer la relance économique. L'autre solution est de monétiser les dettes de la Grèce : en finançant directement la dette par la Banque centrale européenne, on évite tout risque de défaut. Ces deux solutions sont, pour le moment, écartées : la lecture de la crise consiste toujours pour les pays européens à un conte moralisateur dans lequel les États non respectueux de règles budgétaires et de bon sens doivent payer... au risque de faire sombrer la zone euro dans son ensemble.

Crise de la zone euro: le suicide économique européen est reporté à plus tard

jeudi 27 octobre 2011
Cette semaine, les dirigeants européens auront encore une fois tout fait pour gagner du temps. A ce jeu, les pays européens ne sont pas les plus mauvais. En maintenant la Grèce artificiellement en vie, les dirigeants européens se sont protégés de la récession violente qui toucherait le continent et le monde en cas de faillite de l’Espagne ou de l’Italie. Les sommets européens et du G20 reposent essentiellement sur deux questions : quelles mesures nous permettront de repousser au plus loin le risque de désintégration ou de récession européenne ? Combien de temps peut-on gagner selon chaque mesure?
 
 
La priorité européenne : gagner du temps

Pour l’instant, les trois priorités du sommet européen sont les suivantes : la recapitalisation des banques nationales privées, l’élargissement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et la restructuration de la dette grecque.
 
 
La recapitalisation des banques est acquise : les réserves des banques seront relevées à 9% de leurs fonds propres, ce qui les obligent soit à augmenter leur capital, soit à réduire les prêts accordés ou leur masse salariale. La première solution est évidemment la privilégiée. Toutefois, c’est la solution nationale qui est privilégiée : en clair, chaque Etat négocie directement avec ses banques pour trouver les moyens d’une recapitalisation publique ou privée. Il faudrait probablement recapitaliser les banques les plus importantes à l’échelle européenne et celles de pays qui risquent l’insolvabilité par une aide directe du FESF : toute extension du FESF serait alors mieux acceptée par les parlements nationaux qui pensent ne pas profiter directement de sa manne financière. L'augmentation de la puissance de feu du FESF a bien été garantie hier mais son financement n'est toujours pas garanti la Banque centrale européenne (BCE), aurait alors toute sa logique mais les pays européens sont soucieux de garder l’indépendance de la BCE.

Le dernier dossier est la restructuration d’une partie de la dette grecque: environ 50% de la dette détenue par le secteur privé (on laisse de côté la dette détenue par le FMI, le FESF ou la BCE) sera effacée. La coupe concernerait environ 100 milliards d’euros qui seraient partagés avec le secteur privé. Les modalités ont été négociées cette nuit: les banques effaceront 50% de la dette grecque de leurs actifs en échange de garanties de financement.

Combien de temps peut-on espérer gagner ?
Dans les couloirs européens, on estime que l’on gagnera avec ces mesures tout au plus douze mois. Il n’est donc pas impossible que la Grèce abandonne volontairement ou sous la contrainte la zone euro au premier semestre de l’année 2012.

L’effet pour la Grèce ne serait pas forcément négatif....Lire la suite sur le nouvelobs.com

911+10

vendredi 9 septembre 2011
En recherche, on appelle le 11 septembre 2001 un choc exogène qui nous permet de mener des expériences naturelles. Il y a un avant et un après 9/11: pour les victimes et les familles des victimes d'abord, pour le monde arabe, pour nos modes de vie.



L'association américaine de psychologie sort un numéro spécial qui revient sur des études réalisées sur des membres des familles des victimes: les études permettent de comprendre les traumatismes qui suivent un choc violent et particulièrement ceux qui font suite à une attaque terroriste. D'autres études montrent que les femmes enceintes pendant le 11 septembre 2001 ont pu transmettre des troubles post-trauma liés au stress. Ces recherches nous permettront de comprendre également les modes de transmission du stress de la mère à l'enfant sans changement de la séquence ADN mais par une simple interaction des gênes avec l'environnement extérieur.  

En économie, Nicholas Bloom a montré que le 9/11 a entraîné des "bulles d'incertitude" provoquant de brusques reports d'investissements équivalents à 3% du PIB américain et supprimant 1 million d'emplois dans les quatre mois suivants le 11 septembre 2001. La crise de 2008 le confirme: les crises économiques peuvent avoir des effets plus négatifs sur la vie des gens normaux que les attaques terroristes.

Enfin, les troubles post-9/11 ont eu des impacts dans la politique étrangère et intérieure des démocraties occidentales. Alors que la lutte contre le terrorisme international est devenu le cheval de bataille de la politique étrangère des dix dernières années - entraînant une guerre coûteuse et inutile en Irak - les démocraties ont également dû faire face à leurs propres limites: les privations de liberté, la stigmatisation des musulmans ou le respect des droits de l'homme - Guantanamo en est le triste exemple - ont pu être bafoués.

C'est là le succès des attentats terroristes du 9/11: une attaque qui n'aura coûté que quelques centaines de milliers de dollars et 19 vies a plongé l'Amérique dans la crise économique avec le financement d'une guerre qui a créé un déficit public abyssal - au détriment de la construction du système de santé - et la réduction des libertés au nom de la sécurité. Doit-on pour autant refuser tout interventionnisme? Les révolutions de printemps nous montrent que nous ne pouvons pas refuser d'assumer nos rôles de puissances mondiales.

Il existe un pays où les super-riches ne veulent pas payer plus d'impôts

mardi 6 septembre 2011
L'appel de Warren Buffet pour un sacrifice partagé du fardeau de la crise actuelle a donné une idée à nos super-riches français: "taxez-nous" disaient-ils.  En Italie, le dirigeant de Ferrari a également déclaré vouloir payer plus d'impôts tandis que les riches allemands voulaient eux aussi payer un impôt sur la fortune temporaire.

Au Royaume-Uni en revanche, les méga-riches ont préféré garder le silence. L'île est à la dérive entre l'Europe sociale et la philanthropie américaine: le libre-marché instauré par Thatcher a la vie longue. Les méga-riches du Royaume-Uni sont bien souvents des milliardaires étrangers qui ont posé pied à Londres plutôt qu'à Paris ou à Milan - alors qu'ils souhaitaient s'installer en Europe - justement pour une raison fiscale. Comme le dit Bagehot, les super-riches du Royaume-Uni sont semblables à des joueurs de football, les tatouages en moins.

Il faut aller toutefois plus loin dans le cas du Royaume-Uni qui se distingue par deux effets: une tranche supérieure de l'impôt sur les personnes physiques qui est de 50% contre 41% en France; un système de reproduction des élites qui ne se cache pas derrière une pseudo égalité des chances. Le premier effet est important pour comprendre la profonde opposition des classes aisées à être taxées: le taux nominal d'imposition envoie un signal psychologique qui fait croire à un niveau de taxation élevée quand le taux d'imposition moyen est légèrement inférieur à la moyenne de l'OCDE. Le deuxième effet renvoie à la reproduction des élites anglaises via la Chambre des Lords et le système des public schools. Les méga-riches anglais étant une classe internationalisée, leur connexion avec le politique est beaucoup moins importante que celle des super-riches de l'Europe continentale ou des Etats-Unis, soucieux de maintenir le bon ordre sécuritaire du pays. De ce point de vue, les émeutes anglaises pourraient bien reprendre, renforçant encore une fois le pouvoir des conservateurs au pouvoir qui représentent l'avènement des méga-riches déconnectés de la société: taxer les plus riches nuierait à la compétitivité du système fiscal britannique entend-on. Mais reproduire la situation actuelle ne nuira-t-il pas à la société dans son ensemble?

Le fabuleux mois d'août des agences de notation

mercredi 31 août 2011
 


Les agences de notation ont leur part de responsabilité dans le déclenchement et l’entretien des crises financières. La crédibilité des notes qu’elles attribuent est souvent remise en cause puisqu’elles sont payées par les entreprises ou les Etats qu’elles doivent évaluer. La dégradation d’une note peut ensuite entraîner une faillite financière ou un défaut, déclenchant ainsi de brusques mouvements de capitaux, précipitant la chute de la valeur des actifs. Les notes qu’elles attribuent ont souvent manqué d’une bonne évaluation des risques macroéconomiques : ainsi, les agences de notation avaient maintenu des notes élevées à des organismes multipliant les risques financiers en détenant des actifs pourris comme les subprimes. En attribuant une bonne note à des détenteurs ou à des émetteurs d’actifs pourris, les agences de notation entretiennent finalement les crises financières en laissant l’essence des crises se répandre dans l’économie avant qu’une étincelle ne vienne allumer l’incendie.

La décision récente de Standard et Poor de dégrader la note américaine vient redonner du crédit aux agences de notation. L’agence ne sanctionne pas ici la capacité de paiement des Etats-Unis mais sa volonté d’honorer les dettes contractées. Elle incite surtout les Etats-Unis à trouver des remèdes aux déséquilibres économiques qu’ils entretiennent.

Les Etats-Unis ont bénéficié de la crise européenne

En 2008 et 2009, lorsque les pays industrialisés mettent en place de gigantesques plans de relance, les Etats-Unis se savaient relativement protégés de toute remise en cause de leur capacité de paiement. A Washington et dans la presse économique américaine, on considère que les attaques sur les marchés ne concerneraient d’abord que les Etats européens car la politique économique européenne n’est pas crédible sui generis et l’euro est une monnaie jugée moins crédible que le dollar qui constitue la « monnaie monde ».

Les difficultés de l’Europe à organiser son propre sauvetage lors de la crise grecque de 2010 confirment leur intuition. Si un ou plusieurs Etats des Etats-Unis fait faillite, le budget fédéral et la centralisation de la décision à Washington leur permettraient de trouver des moyens de refinancement rapides, évitant tout soupçon de risque de défaut. Aux Etats-Unis, on considère alors que l’Europe servira de bouclier le temps de la crise : personne n’attaquera le dollar tant que l’Europe n’aura pas éclaté ou n’aura pas fait évoluer sa construction politique vers des Etats-Unis d’Europe. C’était sans compter sur la dégradation du climat politique américain.

Le blocage politique à l’origine de la dégradation

La décision récente de Standard & Poor d’abaisser la notation de la dette américaine marquera l’histoire économique plus pour la sanction apportée à la vie politique américaine qu’à la santé économique du pays. Et pour cause, la décision, annoncée volontairement après la clôture des marchés financiers, n’a pas eu d’impact sur les ratios prudentiels des banques, ni sur les capacités de refinancement de la dette américaine. Cassons immédiatement l’interprétation faite par certains commentateurs: la dette américaine n’est pas un actif pourri et les Etats-Unis sont loin du défaut. L’agence de notation a sanctionné deux dimensions de l’accord américain sur le plafond de dette : d’une part, le montant du plafond, jugé irréaliste au regard de l’évolution de la dette américaine et d’autre part, la manière dont l’accord a été trouvé au prix d’un blocage politique parfois qualifié de « guerre civile » par la presse anglo-saxonne.

L’opposition farouche entre républicains et démocrates concernait par ailleurs moins le plafond de la dette à proprement parler qu’une opposition idéologique sur la fiscalité. D’un côté, les républicains ne veulent ni augmenter les impôts, ni les dépenses publiques et mettent en avant l’idée d’un état minimal. De l’autre côté, les démocrates veulent faire contribuer les super-riches et sont en faveur d’un état social pouvant soutenir la croissance économique. Standard & Poor le dit clairement dans son rapport : la vie politique américaine est devenue plus instable qu’auparavant et la politique économique qui en découle devient donc moins prévisible et moins sure.

La dégradation américaine marque la différence entre la capacité et la volonté de financement de la dette. La capacité des Etats-Unis à rembourser la dette n’a actuellement aucune raison d’être mise en cause: les Etats-Unis s’endettent dans leur monnaie, ils trouvent toujours preneurs de leurs bons du trésor et le cas échéant la Fed n’hésite pas à émettre de la monnaie pour racheter les bons du trésor américain. Ce qui est aujourd’hui en cause, c’est plutôt la volonté des Etats-Unis de rembourser leur dette publique. De plus en plus de républicains, notamment ceux issus du Tea Party, n’auraient aucuns scrupules à faire défaut. La dette américaine impose des coûts de refinancement importants pour des dépenses publiques passées et présentes auxquelles le Tea Party est idéologiquement opposé. Alors que les Etats-Unis ont bâti sur des siècles une diplomatie du « dollar » par des accords commerciaux et militaires, le climat politique actuel laisse présager un nouveau blocage politique lors du prochain accord sur le plafond de la dette publique. Quand la vie politique met les intérêts particuliers devant l’intérêt général, les investisseurs perdent confiance dans le système.

Rétablir la confiance

Le principe d’une agence privée attribuant une note à la politique économique d’un Etat est aberrant du point de vue du respect de la souveraineté nationale et du respect de la démocratie. Il est stupide du point de vue économique puisqu’un Etat peut rembourser sa dette immédiatement en augmentant les impôts ou en émettant de la monnaie. Il convient cependant de saluer l’alerte envoyée par Standard & Poor à l’Etat américain qui nous rappelle que le problème et le remède de toutes les crises économiques est la confiance dans la stabilité du système économique. Si la crise des subprimes n’a pas eu encore la dramatique tournure politico-économique de la crise des années 1930, c’est justement parce que les gouvernements ont tout fait pour soutenir la confiance des investisseurs et des consommateurs à court terme. Si les gouvernements ont pu gagner du temps, et alors que la crise entre dans sa cinquième année, nous entrons désormais dans le temps des solutions politiques qui rétabliront la confiance de long terme: aux Etats-Unis, une politique fiscale crédible et une refonte profonde du système de sécurité sociale ; en Europe, un éclatement de la zone euro ou une intégration budgétaire suffisamment importante pour stabiliser les économies les plus fragiles.

Réforme du lycée: comment enseigner les SES?

mardi 5 juillet 2011
Vincent Levrault et Simon Porcher, deux observateurs des idées, ont écrit une note sur la place des Sciences Economiques et Sociales au lycée pour le think-tank Terra Nova.

Cliquez ici pour lire la note.

Boîte à arguments contre Marine Le Pen

vendredi 24 juin 2011


Première idée reçue du FN: l'immigration crée des tensions à la baisse sur les salaires et entraîne une augmentation du chômage

Théoriquement, si l'on considère que les immigrants viennent de pays dans lesquels les niveaux de rémunération sont moins élevés ou n'ont pas de qualification, cela pourrait être vrai. Il faut donc s'intéresser à la structure de l'immigration en France. Dans les années 2000, la France accueille chaque année 200 000 immigrés, environ 40% vient des pays européens ou d'Amérique du Nord, 60% d'Afrique et d'Asie. L'impact de l'immigration sur le niveau du chômage ou sur les salaires est faible, voire nul, et de toute façon transitoire. Une vague massive d'immigration comme le rapatriement des français d'Afrique du Nord au début des années 1960 a eu un effet négatif faible et seulement transitoire sur le marché du travail des régions les plus touchées par la vague d'immigration (Jennifer Hunt, Industrial and Labor Relations Review, 1992). Contre l'argument de Marine Le Pen, l'immigration au Royaume-Uni qui a augmenté de 60% entre 1998-2003 et 2004-2006, a entraîné +0,4 points de croissance par an.

Toutefois, Marine Le Pen n'est pas clair dans ses propos. Parle-t-elle des immigrés (les français et les étrangers nés à l'étranger et qui vivent sur notre territoire) ou des étrangers (les non-français qui vivent sur notre territoire et qui peuvent être nés en France)?



Deuxième idée reçue: les droits de douane permettent de protéger les producteurs français et de renflouer les caisses de l'Etat

Là encore, l'argument n'est vrai qu'en théorie (voir un excellent billet pour plus de détails). Depuis 1945, les pays qui ont mené des stratégies de réduction des droits de douane et d'ouverture commerciale ont un taux de croissance économique 1,5 à 4 fois plus élevé que ceux qui ont mené la stratégie inverse.



Dans notre pays, la montée des droits de douanes ne ferait que casser le pouvoir d'achat des français en augmentant durablement le prix des biens importés. Dans la majorité des cas, nous importons des biens que nous ne produisons plus en France, parce que nos industries n'étaient plus compétitives et la relocalisation de leur production aurait le même effet qu'un droit de douane: les prix augmenteraient.

Quand au gain pour les caisses publiques, il serait compensé par la perte de compétitivité des producteurs français et par les détournements de trafic liés à la diminution des exportations. Quand on impose des tarifs douaniers à des partenaires commerciaux, on sort de la clause de la nation la plus favorisée et on subit à notre tour une augmentation des droits de douanes sur nos exports. On y perd plus que l'on y gagne comme lors de la mise en place des tarifs Méline ou Hawley-Smoot.


Troisième idée reçue: la sortie de l'euro protégera la France d'un défaut sur sa dette souveraine

L'argument est évidemment faux. D'abord, la sortie de l'euro ne se fait que par la sortie de l'Union européenne. Sortir de l'Union, c'est accepter que nos agriculteurs ne reçoivent plus de subventions et sortent de la PAC mais c'est surtout sortir de la plus belle (et la plus efficace) construction politique du dernier siècle. Là aussi l'argument tombe en désuétude: le retour au franc de façon unilatérale pourrait entraîner une dégradation immédiate de la note française, une augmentation des taux d'intérêt sur la dette publique (et dont des impôts) et nous sucrerait la protection contre le risque de change. Ce dernier argument est le plus important: la France commerce essentiellement avec l'Europe; pour se prémunir d'une augmentation rapide du prix des produits libellés en euros, la France devrait ancrer sa monnaie sur une valeur fixe avec l'euro, ce qui revient à être membre de la zone euro. En cas de dépréciation immédiate du franc (sa détention en tant que monnaie de réserve n'intéresserait personne), les exportations seraient stimulés mais le prix des importations flamberait et contre-balancerait l'effet-prix des exportations (nos produits n'étant pas assez compétitifs de toute façon).