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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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La conférence citoyenne: une innovation démocratique ?

mardi 17 décembre 2013


La conférence citoyenne vient de se prononcer favorable au suicide assisté et à un strict encadrement des possibilités d'euthanasie à titre exceptionnel. Au delà, de ce positionnement, cette conférence citoyenne constitue une réelle innovation démocratique. L'an dernier sur le blog nous rendions compte des difficultés que rencontrent la démocratie française. Celle-ci connaît une vrai crise de représentation, contribuant à une délégitimation de l'action  politique.

La conférence citoyenne, est un dispositif de démocratie délibérative qui vient compléter le fonctionnement traditionnel de la démocratie représentative. Vingt citoyens représentatifs de la diversité de la société française ont été tirés au sort et ont été invités à réfléchir à la question de l'accompagnement des personnes en fin de vie. Les citoyens ont ainsi auditionné une douzaine d'experts issus des milieux scientifiques, associatifs ou politiques afin d'alimenter leur réflexion et d'effectuer des propositions.

Etre élu à la majorité des voix ne suffit pas pour assurer la légitimité démocratique d'une décision.  De nouvelles formes de démocratie doivent donc se développer pour combler les lacunes de la représentation. Pour le politologue Loïc Blondiaux, il convient de "démocratiser la démocratie".

Le dictionnaire de sciences humaines définit la démocratie délibérative comme  "toute forme de démocratie dans laquelle la délibération publique de citoyens libres et égaux constitue le noyau de l'autonomie et de la prise de décision politiques légitimes". Ce type de dispositifs en France reste encore pour le moment une curiosité, alors qu'ils se développent dans les pays nordiques. En Islande, par exemple, une assembléede citoyens tirés au sort a été mise en place suite à la faillite bancaire du pays avec pour objectif de réécrire une constitution. Et si l'avenir de la politique se situait dans la délibération citoyenne?

PISA : l'école française dégradée ?

mardi 3 décembre 2013

Créée en 2000, l'enquête PISA menée tous les trois ans par l'OCDE consiste à évaluer les systèmes éducatifs de 65 pays. Nos élèves de 15 ans étaient alors classés 21ème en compréhension de l'écrit, 22ème en mathématiques et 27ème en sciences, loin derrière la Corée du Sud ou la Finlande. La France devrait perdre cette année quelques places, notamment en mathématiques. 

De mon point de vue, il y a deux effets qui doivent être soulignés. D'abord, la France se situe dans la moyenne de l'enquête avec des scores similaires à l'Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni par exemple. Notre système éducatif est à la hauteur de l'importance que nous accordons à l'éducation. Le classement est moins gênant que le fait de perdre des places à chaque évaluation, ce qui montre l'incapacité des gouvernements successifs - qui ont tous tenté de faire remonter la France dans ce classement - à changer rapidement la photographie du paysage éducatif. 

Ce qui m'embête énormément dans le système français, c'est la dynamique d'inégalités qu'il perpétue. Dans le système éducatif français, les inégalités de la maternelle sont entretenues jusqu'à la sortie du système universitaire et se retrouvent sur le marché du travail. Le quatrième de couverture du livre Les héritiers de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron résumé à elle-seule la situation: "si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels". Cette situation est insupportable : si l'école ne permet pas de corriger les inégalités de départ, elle n'a aucune autre fonction que de légitimer la supériorité des classes économiquement dominantes. Peut-on imaginer un système de santé qui aurait pour objectif d'accroître les inégalités entre malades et bien portants? De la même manière, l'école doit être la première voie pour assurer une certaine mobilité sociale. Or, nous avons en France beaucoup de mal à retenir les élèves - un élève sur huit quitte l'école sans diplômes et un autre élève sur huit obtient un diplôme inférieur au BAC - et encore plus de mal à encadrer les décrocheurs (qui sont majoritairement des enfants de familles à faibles revenus). 

Pourtant, on connaît bien les solutions et elles sont largement faisables, bien qu'encadrées par des rigidités administratives et conservatrices. Il faut séparer les élèves selon le niveau pour mieux soutenir les décrocheurs et mieux impliquer les parents et communiquer avec eux (y compris quand ils ne viennent pas aux réunions) car une grande part de la défiance envers le système vient des parents eux-mêmes. Il y a d'autres questions qui doivent être expérimentées: la séparation des genres à certains âges, le recrutement favorisé de maîtres d'écoles au regard de la proportion énorme de maîtresses, le travail en commun avec des associations d'aides aux plus défavorisés...Il y a tellement à faire et l'environnement éducatif est si différent d'une région à l'autre qu'il faut veiller à ce que les solutions soient différentes d'une région ou d'un établissement à l'autre.

Mois de l'économie sociale et solidaire

mardi 26 novembre 2013

L'emploi dans les secteurs marchands continue de reculer au troisième trimestre. Globalement, l'INSEE note un recul de 0,7% de l'emploi surl'année en France.De grandes entreprises annoncent en chaîne des suppressions d'emploi à venir: EADS pourrait supprimer 8000 postes en Europe, Alstom en évoque 1200 dans les prochains mois, La Redoute prévoit la suppression d'au moins 700 postes... pas un jour ne passe sans que nous ayons vent d'un nouveau plan de licenciement.

Face aux difficultés de l'économie française, « l'économie sociale et solidaire » se développe et se structure. En mai 2012, pour la première fois, un ministre délégué à l'économie sociale et solidaire (ESS), Benoît Hamon, a été nommé, avec pour objectif de développer une économie qui bénéficie à tous. Ce mois de Novembre est le mois de l'ESS, c'est ainsi l'occasion de mettre un coup de projecteur sur une économie dynamique qui place la coopération et le partage au coeur de son fonctionnement. L'ESS propose une autre manière d'entreprendre basée sur une gouvernance collective.

« Un arbre qui tombe fait moins de bruit qu'une forêt qui pousse » (proverbe indien)

«L'ESS rassemble les organisations ou entreprises sous statuts d'associations (78,2%), coopératives (13,2%), mutuelles (5,6%), et fondations (3,1%) : elles se définissent comme des groupements de personnes et non de capitaux, porteuses d’un projet collectif. Elles mettent en œuvre des projets innovants qui concilient intérêt collectif et activités économiques, et qui répondent aux besoins des populations et des territoires. » C'est ainsi que l'Observatoire nationale de l'ESS définit l'économie sociale et solidaire dans sa lettre d'octobre 2013.

Selon une enquête du CNCRES, en 2012, l'ESS représente 10% des emplois en France, et 14% des emplois privés pour un total de 2,34 millions de salariés. L'ESS n'est plus à la marge mais fait pleinement partie du paysage économique français. Le nombre d'emplois dans l'économie sociale et solidaire a connu une croissance régulière de 2% par an depuis 2008. L'ESS crée des emplois là où le reste de l'économie peine à conserver ses emplois prouvant une réelle capacité de résistance à la crise.

L'ESS laisse entrevoir des perspectives de développement intéressantes, notamment pour les jeunes. En effet, avec  les départs massifs à la retraite de salariés, c'est plus de 600 000 postes qui seront libérés d’ici 2020. 43% des employeurs de l’ESS vont recruter des jeunes dans les 5 ans à venir. L'avenir est peut être de ce côté là. 

Droite-gauche, quel clivage de valeurs?

mardi 19 novembre 2013






Voilà un tweet qui relance le SES bashing. Essayons de dépasser la polémique et de comprendre les enjeux de l'enseignement des sciences sociales. Ce que l'on voit dans le tweet c'est un manuel scolaire de terminale ES qui utilise un extrait de l'ouvrage de Jamine Massuz-Lavau, L'argent et nous, publié en 2007. Le programme de sciences sociales et politiques (cours de spécialité) invite les élèves à s'interrogersur le clivage gauche-droite et son influence sur les comportements etattitudes politiques. 

La culture politique des individus est le fruit d'expériences socialisatrices et renvoie à l'orientation psycho-sociologique vis-à-vis de la vie politique. La formation d'un « habitus politique » trouve ainsi son origine dans la socialisation primaire et la famille y joue un rôle important dès lors que les deux parents ont la même orientation politique. Le contexte historique, économique et sociale joue également un grand rôle dans la construction d'une culture politique. 

Ainsi, les individus qui se déclarent « être de gauche » ou « de droite », le font au regard d'un système de valeurs.L'extrait choisi par ce manuel vise donc à comprendre si le rapport à l'argent est un élément de clivage de la culture politique des individus. On peut reprocher au manuel de ne pas présenter la méthode utilisée pour l'enquête. Mobilisés ainsi, les témoignages d'individus font très « café du commerce ».

Janine Mossuz-Lavau, politologue au Cevipof, a effectué une enquête sur deux ans auprès de 105 personnes. Ces histoires de vie sont le fruit d'entretiens compréhensifs qui visent à comprendre les actions sociales des individus. Janine Mossuz-Lavau s'inscrit ainsi dans la tradition wéberienne de la sociologie compréhensive, et cherche à travers ces entretiens à construire des idéaux-types. L'idéal-type est un concept défini par Max Weber qui consiste à repérer les principales caractéristiques d'un phénomène sociale. L'enjeu n'est pas de rendre compte de manière exhaustive du réel mais plutôt d'établir un« tableau » permettant de penser le réel, de le confronter au modèle. 
  
Les témoignages présents dans ce manuel sont donc le résultat d'un travail de recherche en sciences politiques. Même si les clivages gauche-droite sont moins présents que par le passé, les personnes interrogées ont accepté de se positionner. Cet ouvrage nous apprend ainsi que l'identité politique de droite se construit autour du goût pour l'argent, du mérite individuel, du refus de l'assistanat et de la remise en cause de l'Etat-providence. A l'inverse, l'identité politique de gauche se développe sur le refus du culte de l'argent et sur l'adhésion aux valeurs solidaires.

Le Cevipof propose un test en ligne quipermet de se positionner politiquement. L'intérêt de ce site est de comprendre où se situent les principaux éléments de clivage à travers des questions portant sur l'économie et le social, sur les manières de vivre, sur l'identité et la sécurité. Testez-vous mais n'oubliez pas que ce classement n'est que le reflet de positionnement moyen chez des gens classés à gauche, ou classés à droite!


Un typhon, des négociations et des actes?

lundi 18 novembre 2013



Alors qu'en France des « bretons aux bonnets rouges » font pression sur le gouvernement pour empêcher la mise en place de l'écotaxe, les négociations sur le climat ont repris à Varsovie la semaine dernière. Les délégués d'environ 200 pays s'y rassemblent pour la 19ème conférence de l'ONU sur le climat (COP19). L'enjeu est de préparer un accord sur la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre pour la COP21 qui aura lieu à Paris en 2015.

Dans le même temps, l'actualité est secouée par le typhon qui a renversé lesPhilippines. Bien qu'aucun lien ne soit scientifiquement avéré, il est difficile de ne pas relier la multiplication des catastrophes naturelles extrêmes au dérèglement climatique en cours. C'est bien ce lien qui incite Maximes Combes, l'un des auteurs du livre La nature n'a pas de prix publié l'an dernier, à se demander si la France, qui peine à organiser sa transition écologique, ne devrait pas abandonner l'organisation de la conférence sur le climat de 2015 au profit des Philippines. 

La démonstration scientifique de la responsabilité humaine et industrielle du changement climatique n’est plus à faire. La recherche perpétuelle d’une croissance économique élevée oblige nos sociétés à produire toujours plus. Plus de vingt ans après le rapport Brundtland, l’état de santé de l’environnement mondial présente un bilan alarmant. D'après le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, dans son rapport sur l’avenir de l’environnement mondial, publié à l’occasion du sommet de la Terre Rio + 20 (2012), tous les indicateurs environnementaux sont dans le rouge: autant au niveau de l’atmosphère avec le réchauffement climatique, de l’eau avec les problèmes de pollution des nappes phréatiques et d’approvisionnement, ou encore de la biodiversité avec une extinction importante d’espèces. Ces dégradations s’expliquent en grande partie par le volume des activités économiques.

Les activités de production et celles de consommation s’accompagnent d’un certains nombres d’effets externes négatifs sur l’environnement. Si la population mondiale a augmenté, les modes de vie ont évolué et apparaissent de moins en moins adaptés à notre environnement. Le parc automobile par exemple a doublé ces vingt dernières années, on compte désormais 800 millions de voitures sur Terre en 2005. D’après le géographe canadien Jules Dufour, le nombre de kilomètres parcouru par l’aviation civile a augmenté de 76% entre 1990 et 2000, lorsque le tonnage maritime a doublé sur cette période. Ces modes de transport sont particulièrement consommateurs d’énergies fossiles et émetteurs de gaz à effet de serre (GES). L'augmentation du PIB reste le principal vecteur d’augmentation des émissions de GES. Ainsi depuis 1970, le PIB mondial a été multiplié par 3 et les émissions de GES ont doublé sur cette période.


L’empreinte écologique, indicateur de soutenabilité écologique, mis au point par William Rees et Mathis Wackernagel, montre bien le lien entre PIB et dégradation de l’environnement. On observe une corrélation positive entre le PIB/habitant et le niveau de l’empreinte écologique. Ainsi les Etats-Unis ont une empreinte écologique de 4,6 contre 0,3 pour le Congo, lorsque l’empreinte écologique moyenne mondiale est de 1,5. Cela signifie que si tous les habitants de la Terre vivaient comme un américain moyen, il faudrait 4,6 planètes pour satisfaire tous nos besoins.

Un changement de modèle est nécessaire. Si comme le souligne l’intellectuel allemand Harald Welzer, issu de la mouvance écologiste, le capitalisme et la quête de croissance des sociétés occidentales ont favorisé l’émergence de normes très élevées, liberté, droit, démocratie, ce développement s’est fait au détriment de l’environnement. Au delà de la question de la croissance et du modèle économique, il convient de s’interroger sur les manières d’inventer une société qui puisse conserver l’ambition du progrès social, tout en réduisant l’impact de l’humanité sur l’environnement.

Cela n'est pas aussi simple, comme  nous l'analysions l'an dernier sur le blog dans un article intitulé: "Les négociations climatiques: un sujet chaud !", le jeu géopolitique est particulièrement complexe, le dilemme des négociations climatiques à travers le principe de « responsabilité commune mais différenciée » est qu'il faut tenir compte du passé sans négliger pour autant l’avenir. Si les gros émetteurs du passé (et du présent) sont bien l’Europe et les Etats-Unis, le poids de plus en plus important de la Chine et l’Inde (les gros émetteurs de GES  du futur) dans le bilan carbone mondiale doit être intégré dans les négociations climatiques.

C'est cette complexité qui est mise en scène dans le documentaire « Climat: pas d'alternative, il faut rejouer Copenhague ». A travers un jeu de rôle grandeur nature organisé avec les étudiants de Sciences Po et piloté notamment par Sebastien Treyer et Grégory Quenet, on y comprend les difficultés que comporte la négociation d'un bien commun mondial en l'absence d'une véritable gouvernance mondiale. Il apparaît urgent de réformer «ces grandes messes Onusiennes ». Alors, à quand une Organisation Mondiale de l'Environnement?