Souhaiteriez-vous un voisin d'une autre ethnie?
mercredi 22 mai 2013
La légende indique la part de personnes qui répond "des gens d'un autre groupe ethnique" à la question "quel type de personne souhaiteriez-vous ne pas avoir comme voisin?". En bleu royal, nous sommes à moins de 5%, en rouge à plus de 40%.
Votre profil facebook n'est a priori pas un lieu public
vendredi 12 avril 2013

Votre nouveau statut Facebook ou votre dernier tweet
pourrait-il constituer un délit d’injure ou de diffamation et par
conséquent engager votre responsabilité ?
A cette question, la première chambre civile de la
Cour de cassation vient d’apporter une réponse éclairante dans son arrêt du 10
avril 2013 (n°11.19-530).
En l’occurrence, une société et sa gérante avaient
assigné leur ancienne salariée principalement en paiement de dommages et
intérêts à la suite de propos que cette dernière avait tenus sur divers réseaux
sociaux. La salariée avait notamment pu déclarer sur son profil
Facebook : « éliminons nos patrons et surtout nos patronnes (mal
baisées) qui nous pourissent la vie » ce que la société et sa gérante
estimaient être de l’injure.
Par définition, un des éléments constitutifs du délit
d’injure (comme celui de la diffamation) est son caractère public d’où la
question de savoir si les propos tenus par la salariée sur les réseaux sociaux
présentaient ou non ce caractère.
Les demanderesses faisaient notamment valoir que les
informations publiées par la salariée étaient accessibles à ses « amis »,
or ceux-ci ne formaient pas légalement une « communauté d’intérêts »
(définie comme étant un groupe de personnes liées par une appartenance commune,
des aspirations et des objectifs partagés). Les propos devaient par conséquent
être qualifiés de publics.
La Cour de cassation confirme opportunément l’arrêt de
la Cour d’appel de Paris et juge que les comptes Facebook et MSN en cause
n’étaient accessibles « qu’aux seules personnes agréées par
l’intéressée, en nombre très restreint », et que par conséquent
celles-ci formaient une communauté d’intérêts confinant ainsi les propos
litigieux à la sphère privée.
On constatera avec attention que le « nombre
très restreint » d’amis a été un élément pris en compte par la Haute
juridiction pour qualifier les propos de la salariée de privés…
Adam Smith, la main invisible et l'Etat
lundi 8 avril 2013
Les
idées passées ne sont pas pour autant des idées dépassées. C'est ce que pensent
C. Chavagneux et I. Martinache qui publient un petit ouvrage intitulé
« Vive l'Etat!» à partir d'extraits de textes d'Adam Smith éditées par
Alternatives économiques dans la collection « les petits matins »,
dont la vocation est de rééditer des textes « classiques » de la
pensée originale.
Adam
Smith, auteur écossais du XVIIIème siècle, a sa statue non loin de celle de
David Hume dans le Old Edinburg et apparaît sur les billets de 20 livres de la
Banque d'Angleterre. Si son œuvre n'est pas particulièrement connue des barmen
et des touristes des pubs de Rose Street, elle l'est en revanche des étudiants en
économie notamment pour sa théorie de la « main invisible ».
Selon
cette dernière, c'est en recherchant leurs intérêts particuliers que les
individus contribuent à l'intérêt général. Il s'agit là de l'un des principes
fondateurs des sociétés contemporaines particulièrement marquées par
l'individualisme. Pour illustrer ce concept les enseignants d'économie
utilisent souvent cette citation tirée de l'ouvrage « Enquête sur la
nature et les causes de la richesse des nations » publié en 1776:
« It is not from the
benevolence of the butcher, the brewer, or the baker, that we expect our
dinner, but from regard to their own interest. We address ourselves, not to
their humanity but to their self-love. »
Adam
Smith est ainsi souvent présenté comme le père fondateur de l'économie
classique et de la pensée libérale en économie. Son œuvre est le plus souvent
utilisé comme argumentaire contre l'intervention de l'Etat dans l'économie. En
effet, Adam Smith explique que l'Etat est à l'origine de nombreuses distorsions
en réduisant la concurrence et la libre circulation des facteurs de production.
« But the policy of Europe, by
not leaving things at perfect liberty, occasions other inequalities of much
greater importance. It does this chiefly in the three following ways. First,
by restraining the competition in some employments to a smaller number than
would otherwise be disposed to enter into them; secondly, by increasing it in
others beyond what it naturally would be; and, thirdly, by obstructing the free
circulation of labour and stock, both from employment to employment and from
place to place. »
Ces
passages de l'œuvre de Smith sont en effet les plus connus. Cependant,
Chavagneux et Martinache nous proposent à travers des passages choisis de la
Richesse des nations de découvrir une autre facette moins connue de cet
auteur. Smith ne serait pas aussi libéral qu'on veut le faire croire.
Si
réhabiliter le rôle de l'Etat dans la pensée smithienne semble tout à fait
louable, en revanche le choix du titre de cet ouvrage « Vive
l'Etat! » galvaude très largement la pensée d'Adam Smith. En effet, Smith
accorde une place à l'Etat, mais nous sommes pour autant très loin d'un
Etat-providence ou d'un Etat soucieux
des intérêts de tous. La place qu'accorde Smith à l'Etat se retrouve
principalement dans les fonctions régaliennes (armée, police, justice). L'Etat
dit le droit, reconnaît les droits de propriété, essentiels à l'émergence d'un
marché, il surveille le respect des règles de concurrence, il protège les
propriétaires, il sécurise leurs biens et garantit ainsi les droits de
propriété. L'Etat dans la pensée d'Adam Smith reste une administration au
service des propriétaires du capital. C'est d'ailleurs parce qu'ils y ont
intérêt que Smith les appelle à payer des impôts pour financer l'éducation de
la population par exemple. Vive l'Etat smithien!
Chypre: improvisation et risque de récession
lundi 25 mars 2013
Une semaine après la première tentative ratée, un accord a été trouvé entre Chypre et ses bailleurs de fonds pour l'obtention d'une aide de 10 milliards d'euros permettant à l'île de contenir l'évolution de sa dette publique.
L'accord trouvé cette nuit se caractérise par trois mesures phares: la réduction de la taille du secteur bancaire, la taxation des dépôts et le contrôle des capitaux.
En premier lieu, la réduction de la taille du secteur bancaire chypriote est organisée en scindant la deuxième banque du pays, la Laiki Bank, en deux entités, une mauvaise et une bonne banque. La "mauvaise banque", regroupant les actionnaires et détenteurs d'obligations, sera mise en faillite, entraînant de lourdes pertes pour les investisseurs concernés. La "bonne banque" regroupera tous les dépôts inférieurs à 100 000 euros et bénéficiant donc de la garantie de l'Union européenne. En revanche la Bank of Cyprus sera recapitalisée en échange de la reprise des dépôts de la "bonne banque" et des dettes de la Laiki Bank envers la Banque centrale européenne. Cette première mesure mérite d'être soulignée car elle est rarement appliquée dans les cas de faillites bancaires. En raison des pressions des lobbies bancaires et du risque d'effondrement du système bancaire, le sauvetage des banques est généralement assuré par les contribuables et faiblement répercuté sur les investisseurs.

L'accord prévoit ensuite une taxe de 30% sur tous les dépôts supérieurs à 100 000 euros, épargnant ainsi les contribuables et les épargnants ayant des dépôts peu élevés. Là encore, la mesure était peu envisageable dans la zone euro mais elle a une logique économique importante. Les dépôts des épargnants sont des prêts au système bancaire. Si une banque fait faillite, il est logique qu'elle ne rembourse pas ses prêts et donc que les créanciers y perdent. Il n'est toutefois pas possible de savoir précisément si la taxation des dépôts supérieurs à 30% permettra de lever les 5,8 milliards d'euros demandés par les bailleurs de fonds internationaux.
Enfin, un contrôle des capitaux, visant à éviter la fuite des capitaux, est mis en place. Ces contrôles de capitaux sont nécessaires pour ne pas provoquer une panique généralisée dans la zone euro et un effet domino. Cela n'empêchera pas la récession assurée de l'économie chypriote. Le prêt de 10 milliards d'euros accordés à Chypre - qui va fortement augmenter la dette du pays - se fait en échange de politiques d'austérité qui rendront difficile la réduction de la dette publique d'ici 2020, et n'épargnera donc pas les contribuables chypriotes, y compris les plus modestes.
Il est nécessaire de mettre en place des règles automatiques de recapitalisation des banques permettant une plus grande lisibilité en cas de faillite bancaire d'un autre pays de la zone euro. Le blocage chypriote a duré dix jours mais si une situation similaire se déroulait en Espagne, en France ou en Italie, la paralysie durerait probablement plusieurs mois et les conséquences seraient catastrophiques. Les excentriques ayant gardé de l'argent liquide sous leur matelas auraient alors été extrêmement lucides.

