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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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La conférence citoyenne: une innovation démocratique ?

mardi 17 décembre 2013


La conférence citoyenne vient de se prononcer favorable au suicide assisté et à un strict encadrement des possibilités d'euthanasie à titre exceptionnel. Au delà, de ce positionnement, cette conférence citoyenne constitue une réelle innovation démocratique. L'an dernier sur le blog nous rendions compte des difficultés que rencontrent la démocratie française. Celle-ci connaît une vrai crise de représentation, contribuant à une délégitimation de l'action  politique.

La conférence citoyenne, est un dispositif de démocratie délibérative qui vient compléter le fonctionnement traditionnel de la démocratie représentative. Vingt citoyens représentatifs de la diversité de la société française ont été tirés au sort et ont été invités à réfléchir à la question de l'accompagnement des personnes en fin de vie. Les citoyens ont ainsi auditionné une douzaine d'experts issus des milieux scientifiques, associatifs ou politiques afin d'alimenter leur réflexion et d'effectuer des propositions.

Etre élu à la majorité des voix ne suffit pas pour assurer la légitimité démocratique d'une décision.  De nouvelles formes de démocratie doivent donc se développer pour combler les lacunes de la représentation. Pour le politologue Loïc Blondiaux, il convient de "démocratiser la démocratie".

Le dictionnaire de sciences humaines définit la démocratie délibérative comme  "toute forme de démocratie dans laquelle la délibération publique de citoyens libres et égaux constitue le noyau de l'autonomie et de la prise de décision politiques légitimes". Ce type de dispositifs en France reste encore pour le moment une curiosité, alors qu'ils se développent dans les pays nordiques. En Islande, par exemple, une assembléede citoyens tirés au sort a été mise en place suite à la faillite bancaire du pays avec pour objectif de réécrire une constitution. Et si l'avenir de la politique se situait dans la délibération citoyenne?

PISA : l'école française dégradée ?

mardi 3 décembre 2013

Créée en 2000, l'enquête PISA menée tous les trois ans par l'OCDE consiste à évaluer les systèmes éducatifs de 65 pays. Nos élèves de 15 ans étaient alors classés 21ème en compréhension de l'écrit, 22ème en mathématiques et 27ème en sciences, loin derrière la Corée du Sud ou la Finlande. La France devrait perdre cette année quelques places, notamment en mathématiques. 

De mon point de vue, il y a deux effets qui doivent être soulignés. D'abord, la France se situe dans la moyenne de l'enquête avec des scores similaires à l'Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni par exemple. Notre système éducatif est à la hauteur de l'importance que nous accordons à l'éducation. Le classement est moins gênant que le fait de perdre des places à chaque évaluation, ce qui montre l'incapacité des gouvernements successifs - qui ont tous tenté de faire remonter la France dans ce classement - à changer rapidement la photographie du paysage éducatif. 

Ce qui m'embête énormément dans le système français, c'est la dynamique d'inégalités qu'il perpétue. Dans le système éducatif français, les inégalités de la maternelle sont entretenues jusqu'à la sortie du système universitaire et se retrouvent sur le marché du travail. Le quatrième de couverture du livre Les héritiers de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron résumé à elle-seule la situation: "si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels". Cette situation est insupportable : si l'école ne permet pas de corriger les inégalités de départ, elle n'a aucune autre fonction que de légitimer la supériorité des classes économiquement dominantes. Peut-on imaginer un système de santé qui aurait pour objectif d'accroître les inégalités entre malades et bien portants? De la même manière, l'école doit être la première voie pour assurer une certaine mobilité sociale. Or, nous avons en France beaucoup de mal à retenir les élèves - un élève sur huit quitte l'école sans diplômes et un autre élève sur huit obtient un diplôme inférieur au BAC - et encore plus de mal à encadrer les décrocheurs (qui sont majoritairement des enfants de familles à faibles revenus). 

Pourtant, on connaît bien les solutions et elles sont largement faisables, bien qu'encadrées par des rigidités administratives et conservatrices. Il faut séparer les élèves selon le niveau pour mieux soutenir les décrocheurs et mieux impliquer les parents et communiquer avec eux (y compris quand ils ne viennent pas aux réunions) car une grande part de la défiance envers le système vient des parents eux-mêmes. Il y a d'autres questions qui doivent être expérimentées: la séparation des genres à certains âges, le recrutement favorisé de maîtres d'écoles au regard de la proportion énorme de maîtresses, le travail en commun avec des associations d'aides aux plus défavorisés...Il y a tellement à faire et l'environnement éducatif est si différent d'une région à l'autre qu'il faut veiller à ce que les solutions soient différentes d'une région ou d'un établissement à l'autre.

Mois de l'économie sociale et solidaire

mardi 26 novembre 2013

L'emploi dans les secteurs marchands continue de reculer au troisième trimestre. Globalement, l'INSEE note un recul de 0,7% de l'emploi surl'année en France.De grandes entreprises annoncent en chaîne des suppressions d'emploi à venir: EADS pourrait supprimer 8000 postes en Europe, Alstom en évoque 1200 dans les prochains mois, La Redoute prévoit la suppression d'au moins 700 postes... pas un jour ne passe sans que nous ayons vent d'un nouveau plan de licenciement.

Face aux difficultés de l'économie française, « l'économie sociale et solidaire » se développe et se structure. En mai 2012, pour la première fois, un ministre délégué à l'économie sociale et solidaire (ESS), Benoît Hamon, a été nommé, avec pour objectif de développer une économie qui bénéficie à tous. Ce mois de Novembre est le mois de l'ESS, c'est ainsi l'occasion de mettre un coup de projecteur sur une économie dynamique qui place la coopération et le partage au coeur de son fonctionnement. L'ESS propose une autre manière d'entreprendre basée sur une gouvernance collective.

« Un arbre qui tombe fait moins de bruit qu'une forêt qui pousse » (proverbe indien)

«L'ESS rassemble les organisations ou entreprises sous statuts d'associations (78,2%), coopératives (13,2%), mutuelles (5,6%), et fondations (3,1%) : elles se définissent comme des groupements de personnes et non de capitaux, porteuses d’un projet collectif. Elles mettent en œuvre des projets innovants qui concilient intérêt collectif et activités économiques, et qui répondent aux besoins des populations et des territoires. » C'est ainsi que l'Observatoire nationale de l'ESS définit l'économie sociale et solidaire dans sa lettre d'octobre 2013.

Selon une enquête du CNCRES, en 2012, l'ESS représente 10% des emplois en France, et 14% des emplois privés pour un total de 2,34 millions de salariés. L'ESS n'est plus à la marge mais fait pleinement partie du paysage économique français. Le nombre d'emplois dans l'économie sociale et solidaire a connu une croissance régulière de 2% par an depuis 2008. L'ESS crée des emplois là où le reste de l'économie peine à conserver ses emplois prouvant une réelle capacité de résistance à la crise.

L'ESS laisse entrevoir des perspectives de développement intéressantes, notamment pour les jeunes. En effet, avec  les départs massifs à la retraite de salariés, c'est plus de 600 000 postes qui seront libérés d’ici 2020. 43% des employeurs de l’ESS vont recruter des jeunes dans les 5 ans à venir. L'avenir est peut être de ce côté là. 

Droite-gauche, quel clivage de valeurs?

mardi 19 novembre 2013






Voilà un tweet qui relance le SES bashing. Essayons de dépasser la polémique et de comprendre les enjeux de l'enseignement des sciences sociales. Ce que l'on voit dans le tweet c'est un manuel scolaire de terminale ES qui utilise un extrait de l'ouvrage de Jamine Massuz-Lavau, L'argent et nous, publié en 2007. Le programme de sciences sociales et politiques (cours de spécialité) invite les élèves à s'interrogersur le clivage gauche-droite et son influence sur les comportements etattitudes politiques. 

La culture politique des individus est le fruit d'expériences socialisatrices et renvoie à l'orientation psycho-sociologique vis-à-vis de la vie politique. La formation d'un « habitus politique » trouve ainsi son origine dans la socialisation primaire et la famille y joue un rôle important dès lors que les deux parents ont la même orientation politique. Le contexte historique, économique et sociale joue également un grand rôle dans la construction d'une culture politique. 

Ainsi, les individus qui se déclarent « être de gauche » ou « de droite », le font au regard d'un système de valeurs.L'extrait choisi par ce manuel vise donc à comprendre si le rapport à l'argent est un élément de clivage de la culture politique des individus. On peut reprocher au manuel de ne pas présenter la méthode utilisée pour l'enquête. Mobilisés ainsi, les témoignages d'individus font très « café du commerce ».

Janine Mossuz-Lavau, politologue au Cevipof, a effectué une enquête sur deux ans auprès de 105 personnes. Ces histoires de vie sont le fruit d'entretiens compréhensifs qui visent à comprendre les actions sociales des individus. Janine Mossuz-Lavau s'inscrit ainsi dans la tradition wéberienne de la sociologie compréhensive, et cherche à travers ces entretiens à construire des idéaux-types. L'idéal-type est un concept défini par Max Weber qui consiste à repérer les principales caractéristiques d'un phénomène sociale. L'enjeu n'est pas de rendre compte de manière exhaustive du réel mais plutôt d'établir un« tableau » permettant de penser le réel, de le confronter au modèle. 
  
Les témoignages présents dans ce manuel sont donc le résultat d'un travail de recherche en sciences politiques. Même si les clivages gauche-droite sont moins présents que par le passé, les personnes interrogées ont accepté de se positionner. Cet ouvrage nous apprend ainsi que l'identité politique de droite se construit autour du goût pour l'argent, du mérite individuel, du refus de l'assistanat et de la remise en cause de l'Etat-providence. A l'inverse, l'identité politique de gauche se développe sur le refus du culte de l'argent et sur l'adhésion aux valeurs solidaires.

Le Cevipof propose un test en ligne quipermet de se positionner politiquement. L'intérêt de ce site est de comprendre où se situent les principaux éléments de clivage à travers des questions portant sur l'économie et le social, sur les manières de vivre, sur l'identité et la sécurité. Testez-vous mais n'oubliez pas que ce classement n'est que le reflet de positionnement moyen chez des gens classés à gauche, ou classés à droite!


Un typhon, des négociations et des actes?

lundi 18 novembre 2013



Alors qu'en France des « bretons aux bonnets rouges » font pression sur le gouvernement pour empêcher la mise en place de l'écotaxe, les négociations sur le climat ont repris à Varsovie la semaine dernière. Les délégués d'environ 200 pays s'y rassemblent pour la 19ème conférence de l'ONU sur le climat (COP19). L'enjeu est de préparer un accord sur la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre pour la COP21 qui aura lieu à Paris en 2015.

Dans le même temps, l'actualité est secouée par le typhon qui a renversé lesPhilippines. Bien qu'aucun lien ne soit scientifiquement avéré, il est difficile de ne pas relier la multiplication des catastrophes naturelles extrêmes au dérèglement climatique en cours. C'est bien ce lien qui incite Maximes Combes, l'un des auteurs du livre La nature n'a pas de prix publié l'an dernier, à se demander si la France, qui peine à organiser sa transition écologique, ne devrait pas abandonner l'organisation de la conférence sur le climat de 2015 au profit des Philippines. 

La démonstration scientifique de la responsabilité humaine et industrielle du changement climatique n’est plus à faire. La recherche perpétuelle d’une croissance économique élevée oblige nos sociétés à produire toujours plus. Plus de vingt ans après le rapport Brundtland, l’état de santé de l’environnement mondial présente un bilan alarmant. D'après le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, dans son rapport sur l’avenir de l’environnement mondial, publié à l’occasion du sommet de la Terre Rio + 20 (2012), tous les indicateurs environnementaux sont dans le rouge: autant au niveau de l’atmosphère avec le réchauffement climatique, de l’eau avec les problèmes de pollution des nappes phréatiques et d’approvisionnement, ou encore de la biodiversité avec une extinction importante d’espèces. Ces dégradations s’expliquent en grande partie par le volume des activités économiques.

Les activités de production et celles de consommation s’accompagnent d’un certains nombres d’effets externes négatifs sur l’environnement. Si la population mondiale a augmenté, les modes de vie ont évolué et apparaissent de moins en moins adaptés à notre environnement. Le parc automobile par exemple a doublé ces vingt dernières années, on compte désormais 800 millions de voitures sur Terre en 2005. D’après le géographe canadien Jules Dufour, le nombre de kilomètres parcouru par l’aviation civile a augmenté de 76% entre 1990 et 2000, lorsque le tonnage maritime a doublé sur cette période. Ces modes de transport sont particulièrement consommateurs d’énergies fossiles et émetteurs de gaz à effet de serre (GES). L'augmentation du PIB reste le principal vecteur d’augmentation des émissions de GES. Ainsi depuis 1970, le PIB mondial a été multiplié par 3 et les émissions de GES ont doublé sur cette période.


L’empreinte écologique, indicateur de soutenabilité écologique, mis au point par William Rees et Mathis Wackernagel, montre bien le lien entre PIB et dégradation de l’environnement. On observe une corrélation positive entre le PIB/habitant et le niveau de l’empreinte écologique. Ainsi les Etats-Unis ont une empreinte écologique de 4,6 contre 0,3 pour le Congo, lorsque l’empreinte écologique moyenne mondiale est de 1,5. Cela signifie que si tous les habitants de la Terre vivaient comme un américain moyen, il faudrait 4,6 planètes pour satisfaire tous nos besoins.

Un changement de modèle est nécessaire. Si comme le souligne l’intellectuel allemand Harald Welzer, issu de la mouvance écologiste, le capitalisme et la quête de croissance des sociétés occidentales ont favorisé l’émergence de normes très élevées, liberté, droit, démocratie, ce développement s’est fait au détriment de l’environnement. Au delà de la question de la croissance et du modèle économique, il convient de s’interroger sur les manières d’inventer une société qui puisse conserver l’ambition du progrès social, tout en réduisant l’impact de l’humanité sur l’environnement.

Cela n'est pas aussi simple, comme  nous l'analysions l'an dernier sur le blog dans un article intitulé: "Les négociations climatiques: un sujet chaud !", le jeu géopolitique est particulièrement complexe, le dilemme des négociations climatiques à travers le principe de « responsabilité commune mais différenciée » est qu'il faut tenir compte du passé sans négliger pour autant l’avenir. Si les gros émetteurs du passé (et du présent) sont bien l’Europe et les Etats-Unis, le poids de plus en plus important de la Chine et l’Inde (les gros émetteurs de GES  du futur) dans le bilan carbone mondiale doit être intégré dans les négociations climatiques.

C'est cette complexité qui est mise en scène dans le documentaire « Climat: pas d'alternative, il faut rejouer Copenhague ». A travers un jeu de rôle grandeur nature organisé avec les étudiants de Sciences Po et piloté notamment par Sebastien Treyer et Grégory Quenet, on y comprend les difficultés que comporte la négociation d'un bien commun mondial en l'absence d'une véritable gouvernance mondiale. Il apparaît urgent de réformer «ces grandes messes Onusiennes ». Alors, à quand une Organisation Mondiale de l'Environnement?

L'impact des catastrophes naturelles sur la croissance et les inégalités locales

mardi 12 novembre 2013


Alors que le cyclone Haiyan vient de tristement frapper les Philippines, je me suis rappelé de deux articles très intéressants de Yanos Zylberberg sur l'impact des catastrophes naturelles sur la croissance et les inégalités. Le premier article - "Natural Disasters and Economic Disruption" - estime à partir d'une base de données mondiale allant de 1960 à 2006 que les catastrophes naturelles coûtent en moyenne 1% du PIB national et ralentissent la croissance d'environ 0,5 points, ce qui est plus lourd que les estimations généralement données. Dans un autre article, Yanos analyse l'impact des catastrophes naturelles sur les inégalités et la destruction du lien social qui peut en résulter. A partir de données sur le Vietnam, il montre que la compensation versée aux ménages affectés par le désastre est négativement corrélée i) à la taille de la population affectée et ii) au fait d'appartenir à une minorité ethnique au niveau local. Une catastrophe naturelle peut donc entraîner une destruction forte des liens communautaires. Les populations les plus touchées par les typhons sont néanmoins celles qui ont les mécanismes de redistribution les plus performants.

France Bashing

lundi 11 novembre 2013


Suite à la dégradation de la signature française, les titres de dette français sont désormais noté AA+ et non AAA par Standard & Poor's et Fitch, le Nobel d'économie Paul Krugman a vivement réagi sur son blog. Pour l'économiste, les agences de notation ont sanctionné la France uniquement pour l'incapacité du gouvernement à démanteler l'Etat-Providence

Dans son post de blog, Krugman regarde les fondamentaux de l'économie française ces dernières années, notamment au regard de l'Allemagne et il apparaît que l'inflation est basse, que le déficit commercial est malgré tout relativement bas (actuellement -2% du PIB en France mais +6% en Allemagne) et surtout que l'écart (le "spread") entre les taux d'intérêt des obligations à 10 ans françaises et allemandes est de 0,7 points en faveur de la France. Traduction: les titres de dette français sont mieux rémunérés que les titres de dette allemands pour un niveau de risque qui n'est pas très différent. Dans un précédent post, Krugman comparait le niveau de la dette publique et l'évolution du revenu par tête en France et au Royaume-Uni, un pays plus libéral et qui n'est pas dans la zone euro. Le Royaume-Uni avait une dette représentant 40% du PIB en 2007 contre 60% en France, les deux pays sont aujourd'hui au même niveau, autour de 90%. Le PIB par tête de la France a chuté de 3 points entre 2007 et aujourd'hui mais il a chuté de 6 points au Royaume-Uni. La France ne s'en tire donc pas si mal. 

Nous avions déjà dénoncé sur le blog les méthodes des agences de notations, notamment au regard de la dégradation de la note américaine en 2011. La notation ne se base sur rien de plus que des statistiques publiques et éventuellement sur quelques échanges avec les experts des institutions internationales : aucun expert des agences de notation n'audite réellement les comptes de l'Etat français. Leur note n'est qu'un jugement biaisé et idéologique sur la politique menée par un gouvernement et non un regard objectif sur la gestion des finances publiques. Disons-le simplement : couper les allocations chômage et privatiser le système de santé permettraient à la France de regagner un cran ; idem pour la diminution des impôts (en particulier sur les plus riches ?). Pour beaucoup de commentateurs, c'est d'ailleurs le ras-le-bol fiscal relayé par la presse et pointé du doigt par la Commission européenne qui justifie cette dégradation. 

Qu'il y ait ras-le-bol est naturel, personne n'aime payer des impôts et personne ne supporte payer plus d'impôts que l'année d'avant en ayant exactement les mêmes revenus. Pourtant, ni les agences de notation, ni aucune autre institution directement élue et non responsable devant les citoyens, ne peut déterminer ce que doit être le bon niveau d'impôts ou la taille idéale de la dépense publique. En période de crise, l'augmentation des impôts et le maintien de la dépense publique semble même être le meilleur moyen de résorber les déficits sans trop pénaliser la croissance, comme le souligne une note récente du FMI. Lors de la terrible crise des années 1930, le Président américain Roosevelt avait d'ailleurs imposé à ses citoyens une sévère augmentation des impôts et un programme d'investissements publics. Le gouvernement français a choisi cette alternative en finançant une grande partie de la diminution du déficit par des hausses d'impôts.

Ce qui est moins clair, c'est la stratégie du gouvernement qui consiste à diminuer le déficit public au plus vite car ce qui compte n'est pas seulement l'amplitude de l'ajustement mais sa vitesse. Politiquement, cela consiste à augmenter les impôts dans un premier temps et à supprimer certaines dépenses un peu arbitrairement dans les deux cas (mais c'est pratique car on sait combien on obtient), ce qui pénalise le revenu par tête sur deux ou trois années, avant une éventuelle reprise de l'activité. De mon point de vue, le poids de la dépense publique ou le niveau des impôts ne sont pas de véritables freins à l'activité économique, tout comme le coût du travail n'est pas un frein à l'emploi. Ce qui nuit à la compétitivité française, c'est le manque de personnes dans l'emploi et le niveau de richesses que chaque individu produit et cela devrait entraîner à mon sens une réforme vers une plus grande flexibilité du marché du travail et la déréglementation de certains secteurs. 

Comportement sexuel stratégique

jeudi 31 octobre 2013


La revue de gestion The Academy of Management Perspectives a consacré son numéro du mois d'août dernier aux "nouvelles questions à la mode en management des ressources humaines" et la sexualité est identifiée comme la question bouillante des recherches à venir en ressources humaines.

J'avais écrit il y a quelques temps un article sur les discriminations envers les femmes issues des minorités ethniques, notamment le harcèlement sexuel dont elles sont victimes au travail. Sans grande surprise la littérature sur les ressources humaines y a déjà consacré plusieurs articles. Ce qui est plus surprenant, c'est le manque d'articles sur les comportements sexuels stratégiques au travail. Ceux-ci peuvent être définis comme une forme d'influence sociale exercée sur les autres avec des conséquences positives ou négatives. Pourtant ces stratégies individuelles sont constantes dans le monde du travail et dans la vie courante. Elles peuvent reposer sur une stratégie directe de l'acteur ("faire du charme") ou sur la perception de l'autre, du fait de la beauté de l'individu. Nous avions déjà évoqué l'impact de la beauté sur le salaire ou sur la performance perçue, sans être capable de séparer ce qui relève de la pure discrimination ("le prof est beau donc le cours est bien") ou de la productivité ("quelqu'un de beau fait attention à son image et prépare donc mieux ses cours"). La collecte de données pour tester les choix stratégiques sexuels des salariés devra prendre en compte cette différence entre la stratégie et la perception. 

Un deuxième sujet à la mode est l'histoire d'amour (qui peut virer au harcèlement) au travail. Déjà étudié en profondeur par les chercheurs en ressources humaines, le sujet revient en force avec le développement des nouvelles technologies. Face à la diminution de la productivité qui peut résulter de contacts trop fréquents entre amoureux au sein de l'entreprise (pause cigarettes coordonnées et rallongées, échanges de mails, textos, messages sur les réseaux sociaux, etc.), les nouvelles recherches devront se concentrer sur les moyens de réguler les échanges amoureux au sein même du lieu de travail. 



5 bonnes raisons de lire « 20 questions d'économie »

vendredi 25 octobre 2013




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  • 1: Ce livre peut t'aider à devenir un jour Ministre de l'économie !
    Tout comme Mosco et bien d'autres avant, tu veux passer par Sciences Po ? Ce livre est donc pour toi. Il aborde l'ensemble des questions d'économie au programme de l'épreuve de sciences économiques et sociales du concours d'entrée à Sciences Po. Il peut-être aussi utile à tous les étudiants préparant des concours (IEP, écoles de commerce, concours administratifs) et aux lycéens préparant le bac ES.

  • 2: Ce livre est pour toi si tu aimes l'Observatoire des idées!
    Les deux auteurs contribuent régulièrement à cet excellent blog d'actualité économique créé par Simon Porcher. Vincent Levrault et Simon Porcher enseignent tous les deux l'économie et ont à cœur de la rendre accessible.

  • 3: Tu peux réussir à entrer à Science Po tout en restant dans ton lit!
    Plus que de simples leçons, chaque question a été traitée sous forme d'une dissertation entièrement rédigée. Ce livre est un véritable outil méthodologique à la dissertation, chaque sujet montrant les aspects formels de l’épreuve, aidant ainsi les candidats.

  • 4: Ce livre peut t'aider si tu es Ministre de l'économie!
    L'ouvrage apporte un éclairage utile pour comprendre l'économie contemporaine, les auteurs expliquent clairement les mécanismes en jeu et évoquent des solutions potentielles pour éviter les crises financières, créer des emplois, ou encore réduire les inégalités économiques.

  • 5: Sinon tu peux aussi caler ta bibliothèque avec quand t'as fini de le lire!
    Ce livre fait 16,5 cm de largeur et 24 cm de hauteur. Il comporte 224 pages et pèse 248 g, et ça c'est un argument de poids !

Taxis contre VTC

mercredi 16 octobre 2013

Cela semble logique à tous: quand la population augmente, la demande de transports augmente et l'offre doit suivre. Le développement des lignes de bus, de métro, des trains, des vélos et autos en libre-service et la diminution des temps d'attente dans les transports vont dans ce sens. Pourtant, il existe un moyen de transport dont l'offre diminue à travers le temps : les taxis. De 25 000 taxis à Paris en 1925, nous sommes passés à 15 000 aujourd'hui ; cinq fois moins qu'à Londres qui comprend 10% d'habitants de plus et quatre fois moins qu'à New York qui comprend deux fois plus d'habitants. Cette insuffisance du nombre de taxis crée des temps d'attente démesurés, particulièrement le week-end. Quand un client n'a qu'à lever la main à Londres ou à New York pour attraper un taxi, il faut souvent attendre plusieurs dizaines de minutes à Paris pour en trouver un. 

Déjà très protecteur pour le statut du taxi, le gouvernement va créer un délit de racolage pour les voitures de tourisme avec chauffeur (VTC).

Depuis quelques années, une offre alternative à celle des taxis a été développée: les moto-taxis et les véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC). Ces derniers sont à l'origine d'une polémique: par une simple application téléphonique, il est possible d'en commander un. Le prix de la course est généralement un peu plus élevé que celle d'un taxi traditionnel mais leur disponibilité est plus grande. En principe, les VTC n'ont pas le droit de charger dans la rue ou à la sortie des aéroports. Suite à une décision du gouvernement, les VTC devront également attendre quinze minutes avant de pouvoir charger un client, ce qui casse un de leurs avantages concurrentiels, les VTC chargeant - comme les taxis traditionnels - généralement moins de dix minutes après la commande. La décision du gouvernement a été très critiquée par un de mes potes, Nicolas Colin, qui souligne le rôle négatif des lobbys du taxi et le manque de soutien à l'innovation de la France. 

J'adhère à la vision de Nicolas, notamment sur l'analyse du discours anti-innovation des taxis et des politiques, mais je me permets de rappeler quelques freins bien réels à l'ouverture du marché des taxis, et cela en dépit des mauvaises expériences que chacun peut avoir avec les taxis parisiens ("je rentre chez moi", "je vais pas en banlieue", "je vais pas là-bas car je rentre à vide", "c'est pas assez loin", etc.). Les taxis payent généralement leur "plaque", c'est-à-dire leur droit d'exercer, 150 000 à 400 000 euros selon les villes. La vente de la licence de taxi constitue la retraite du taxi, comme un commerçant revendrait son fonds de commerce. Si l'état des finances publiques n'était pas si catastrophique, la solution serait simple : on rachète les licences des 15 000 taxis parisiens (car le problème est essentiellement parisien à mon avis) en échange de l'ouverture du marché à la concurrence. Mieux encore, une idée avancée par Alain Trannoy est de donner gratuitement à chaque taxi une deuxième licence qu'il peut revendre: on augmente l'offre et on permet à chaque taxi de gagner - sans frais pour le contribuable - environ deux fois le prix de sa licence, en échange de quoi on ouvre le marché à la concurrence. 

La solution qui s'imposerait aujourd'hui serait d'augmenter l'offre de taxis au moment où la demande est la plus forte, les vendredis et samedis soir: les VTC devraient donc être soulagés du délai d'attente de quinze minutes au moins ces deux soirs de la semaine, voire le week-end complet. La règle en vigueur, qui permet aux taxis de banlieue de venir charger à Paris le week-end, ne suffit pas à satisfaire la demande. En échange, les taxis garderaient au moins temporairement le business juteux des courses conventionnées par la caisse primaire d'assurance maladie et des chargements à l'aéroport et aux gares. Enfin, la possibilité pour les VTC de contractualiser avec des entreprises comme elles le font avec certaines compagnies de taxis doit être sauvegardée. Ce qui est sûr c'est qu'on ne peut pas limiter continuellement l'offre de taxis pour leur bien car preuve en est, les consommateurs préfèrent payer un peu plus et attendre moins longtemps. 

Qui sont les Prix Nobel d'économie 2013 ?

lundi 14 octobre 2013
Les portraits des trois lauréats du prix de Nobel d'économie, les Américains Eugene Fama, Lars Peter Hansen et Robert Shiller, à Stockholm (Suède), le 14 octobre 2013.

Le Prix Nobel de la Banque de Suède est attribué cette année à Eugene Fama, Lars Peter Hansen et Rober Shiller pour leur "analyse empirique du prix des actifs".

Les trois chercheurs sont des favoris de la liste des Prix Nobel depuis longtemps. Fama est connu pour ses travaux sur la manière dont l'information est incorporée dans le prix des actifs. En montrant que les prix évoluent en fonction des informations disponibles, il valide une des hypothèses de la théorie économique selon laquelle l'information tant à être parfaite, du moins sur le long terme. En ce sens, si les marchés financiers se caractérisent par la réactivité des prix aux informations, ils tendent vers l'utopie économique d'efficience des marchés sur le long terme. Toutefois, il a montré dans plusieurs papiers que l'hypothèse d'efficience en elle-même n'est pas testable. Dès les années 1980, Fama et son co-auteur Ken French remettent ainsi en cause les modèles d'évaluation des prix des actifs en montrant que les actifs les plus rentables sur les marchés financiers sont également les plus risqués. 

Pour certains commentateurs, il est complètement absurde que Fama partage le prix avec Shiller qui a passé toute sa vie académique à remettre en question l'efficience des marchés et que l'on aurait imaginé lauréat avec Richard Thaler ou Douglas Diamond, ce que je défendais dans un précédent post. Avec la publication de "Irratonal Exuberance" et de "Animal Spirits", Shiller a dénoncé depuis plusieurs années l'inefficience du marché et la déconnexion entre le prix des actifs et leur valeur réelle. En développant l'étude de la finance comportementale, Shiller a montré que les traders et les investisseurs prennent des décisions en fonction de leurs émotions plutôt que de calculs rationnels. Il est à l'origine de nombreuses recherches mélangeant psychologie et économie et qui visent à montrer le manque de rationalité des décisions humaines. 

Hansen est surtout connu pour avoir développé une méthode d'estimation économétrique, la méthode des moments généralisés, et un test de qualité des modèles à variables instrumentalisées (seuls les geeks me comprendront), le "hansen J-test", que de nombreux chercheurs utilisent. Son apport a permis d'améliorer les prédictions statistiques, notamment celles des prix sur les marchés financiers. Ses recherches récentes, il est le plus actif des trois lauréats, portent sur la décomposition des déterminants, notamment macroéconomiques, du prix des actifs. Des trois chercheurs couronnés, Hansen est le plus jeune et le seul qui n'a pas une activité de conseil. 

Qui est Janet Yellen?

jeudi 10 octobre 2013
Janet Yellen est la première femme à accéder au poste de présidente de la Fed

Janet Yellen, la nouvelle patronne de la Fed, est depuis 2010 une des plus ferventes supportrices du programme d'assouplissement monétaire - le rachat de titres de dettes par la Banque centrale pour maintenir les taux d'intérêt à un niveau bas - mené par Ben Bernanke.  

Son héritage intellectuel est proche de John Maynard Keynes et de James Tobin, son directeur de thèse à Yale: Madame Yellen voit l'action du gouvernement et de la Banque centrale comme une nécessité pour réduire les coûts et les causes du chômage. Aux manettes, Madame Yellen a poursuivi les objectifs du mandat de la Fed: assurer la stabilité des prix et viser le plein emploi. Dans sa volonté de relance systématique, Yellen a souvent été critiquée par les gouverneurs de la Fed, certains voyant en elle un biais inflationniste. Dans les faits, Yellen a porté le projet de transposition de la règle de 2% d'inflation annuelle à la Fed qui applique cette cible, très critiquée en Europe, depuis 2011. Elle avait également milité pour un relèvement des taux lorsque l'inflation augmentait au début des années 2000 et avertissait constamment la Fed d'un risque de Krach immobilier au milieu des années 2000. 

Madame Yellen a une longue carrière de banquière centrale, ayant été vice chairwoman de la Fed, patronne de la Fed de San Francisco pendant dix ans et, avant tout cela, chercheuse à la Fed dans les années 1970 - où elle rencontre son futur mari, le Prix Nobel George Akerlof, alors chercheur invité, à la cafétéria. Ils écriront plusieurs articles ensemble, notamment sur les relations entre salaire et chômage mais également sur l'impact de la construction d'une communauté sur la lutte contre la criminalité. Contrairement à Akerlof, dont l'entreprise intellectuelle a été de démonter l'hypothèse de perfection des marchés, Yellen aurait tendance à croire au bon fonctionnement du marché sous des conditions que les institutions publiques doivent créer. Ce qu'elle s'efforce de faire depuis des années. 

A l'arrondi : donnez un pourboire à ceux qui en ont besoin

jeudi 19 septembre 2013
Mes étudiants le savent, la possibilité de laisser un "pourboire" pour les gens dans le besoin lors d'un paiement est une idée que je défends depuis longtemps dans mes cours. Lorsque j'évoque les innovations sociales à mettre en place pour lever de l'argent afin de financer des programmes de lutte contre la pauvreté, je parle généralement de la taxe Tobin, d'une surtaxe sur les biens de luxe ou de la possibilité de laisser quelques centimes ou quelques euros lors de vos achats. 

"L'arrondi", un programme soutenu par microDON, permet avec des supermarchés partenaires d'arrondir votre paiement à l'euro supplémentaire afin de récupérer quelques centimes pour financer des actions solidaires. La généralisation du système, y compris à d'autres commerces, notamment lors des paiements en carte bleue, permettrait à chacun d'entre nous, lorsque bon lui semble, de faire un don sans avoir à remplir de formulaire. 

Pénalisation des clients de la prostitution: qui y gagne vraiment?

mercredi 18 septembre 2013


Les lecteurs du blog, mes collègues et plusieurs autres personnes savent que la prostitution est un de mes sujets de recherche favoris, pour lequel j'ai d'ailleurs reçu avec mon collègue Alexandre Frondizi un honorable prix l'an passé à Boston

On parle depuis plusieurs mois de la pénalisation des clients de la prostitution. La loi prend forme: la députée PS Maud Olivier propose la création d'une contravention de 5ème classe, associant le recours à la prostitution à une amende de 1500 euros, dont la récidive constituerait un délit puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende. Le dispositif serait accompagné d'une peine complémentaire, un stage de sensibilisation aux conditions d'exercice de la prostitution, sous forme de désintoxication. 

Le problème du dispositif est qu'il ignore la différence entre prostituées de rue et prostituées d'intérieur comme les escortes. La pénalisation des clients est un moyen efficace de lutter contre la prostitution visible, celle qui se déroule dans la rue et qui gêne les riverains. Elle n'a en revanche aucune chance d'éradiquer la prostitution dans son ensemble. Le projet de loi repose sur l'idée que l'acte sexuel tarifé est une violence faite à la femme, ce qui est en partie vraie, les conditions de travail des prostituées de rue sont abominables, celles-ci étant souvent victimes de violence de la part des clients et des proxénètes, ces violences entraînant des arrêts de travail fréquents. Ce qui est contestable, c'est que le projet de loi annule le délit de racolage, qui n'est quasiment plus utilisé dans les faits, mais qui est pourtant le meilleur moyen d'aider toutes les prostituées à sortir de la prostitution et de les isoler des proxénètes. 

Au final, les prostituées de rue vont y perdre puisqu'elles devront opérer dans des endroits reculés, seront plus vulnérables aux violences et sortiront potentiellement de tout dispositif d'accompagnement vers la sortie de la prostitution. La prostitution invisible, via les réseaux sociaux ou les sites de rencontre et d'escortes, est sauvegardée par la mesure. J'écrivais il y a plus de trois ans que les prostituées d'intérieur n'ont pas intérêt à ce que la prostitution soit légalisée, bien au contraire. La réduction de la prostitution de rue va leur permettre d'augmenter les prix, de sélectionner des clients plus aisés (mais pas forcément moins violents) et de continuer à racoler indirectement sur des sites de rencontre.    

Des périodes historiques de mauvaise et de bonne humeur

mardi 17 septembre 2013
Une étude de Alberto Acerbi et al. (2013) étudie la fréquence des mots d'humeur - qui traduisent certaines émotions - à partir des bouquins écrits en anglais accessibles en ligne sur Google. Le graphique ci-dessous montre la différence entre la fréquence des mots joyeux et tristes, par année. Lorsque la courbe est en dessous de la ligne horizontale passant par 0, la période est plutôt triste; lorsque la courbe est au-dessus, la période est en moyenne plus heureuse. L'exercice est intéressant même si la généralisation du graphique à l'ensemble des cultures, et même à l'ensemble de la population des États-Unis et du Royaume-Uni, est critiquable. 


Figure 1 Historical periods of positive and negative moods.

Regardons maintenant l'évolution de la part des très hauts revenus dans la richesse nationale. La courbe rouge représente la part des 0,1% les plus riches dans la richesse nationale. Si les courbes ont à peu près la même forme - a priori les riches s'enrichissent plus que la population moyenne en période de croissance et ont des revenus qui fondent plus que la population moyenne en période de crise - l'humeur des années 2000 n'aura jamais égalé celle des années 1920 alors que les très hauts revenus ont retrouvé la place qu'ils avaient au début du XXème siècle.



Réforme des retraites 2013: ce qui change

lundi 16 septembre 2013





Nécessité de la réforme

Trois ans après la réforme de la Présidence Sarkozy, le Président Hollande s'offre sa propre réforme des retraites. La réforme de 2010 devait permettre l’équilibre du système jusqu’en 2020, au prix du pillage du Fonds de réserve des retraites qui assurait le financement des pensions après 2020. La réforme portée par Woerth n'aura été qu’un toilettage peu utile car sa durée de vie supposée de dix ans n'aura duré que trois ans. Sans réforme, le régime des retraites serait largement déficitaire en 2020. Il n’y avait donc pas d’autres solutions de court terme que le rabotage du système par une augmentation des durées de cotisations ou des cotisations elles-mêmes, ce qui passe par un alignement des règles des différents régimes de retraites, sauf à repenser de manière globale notre système de retraites. La réforme du PS est habile politiquement car elle aborde toutes les questions essentielles, sans toutefois s'avérer durable. 

Evolution du PS sur la question des retraites

Le contre-projet du PS en 2010 considérait la question des retraites comme relevant de la solidarité nationale et proposait donc des taxes supplémentaires sur les plus hauts revenus et le capital, ainsi qu’une augmentation des cotisations supportées par les entreprises pour financer la réforme des retraites. 

Le think tank Terra Nova, proche du PS, proposait de casser les avantages fiscaux des retraités pour lever 11 milliards d’euros par an. Cette proposition, qui est depuis systématiquement remise sur le tapis, se base sur l'idée que les générations précédentes ont travaillé moins longtemps et qu'il n'est donc pas nécessaire qu'elles bénéficient en plus d'avantages fiscaux trop importants. Le gouvernement a écarté une potentielle augmentation de la CSG d'une manière générale ainsi que sur les retraités, tout en revenant sur certains avantages fiscaux, notamment la défiscalisation de la majoration de 10% de la retraite pour les parents de trois enfants; cette mesure entraînera une augmentation du montant d'imposition d'environ 10% pour les intéressés. 

En revanche, le PS n'a pas évolué sur quatre sujets: la réforme des régimes spéciaux, l'augmentation de l'âge minimum du départ à la retraite, la désindexation des retraites sur l'inflation et la lutte contre les inégalités dans l'accès à la retraite. Il a cependant abordé indirectement chacun des quatre arguments.

  • Ne pas avoir avancé frontalement sur l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général est évidemment une erreur économique, d'autant plus que le gouvernement a créé un compte pénibilité qui pourrait se substituer aux régimes spéciaux.  La mise en place du compte unique de retraite va dans le sens de l'alignement des règles des régimes mais il faut assurer la convergence des régimes entre eux. Le système actuel offre de droits différents à des personnes qui ont des revenus et des carrières similaires, ce qui est intolérable. 
  • L'augmentation de l'âge plancher du départ à la retraite, mesure pratique pour renflouer les caisses car elle augmente la durée de cotisations et la probabilité d'avoir des retraités dont la retraite n'est pas complète. La durée de cotisations est en revanche relevée à 43 ans en 2035. 
  • Par ailleurs, la désindexation des retraites sur l'inflation n'aura pas lieu mais le gouvernement l'a remplacé par le report de la valorisation des pensions de retraites en novembre plutôt qu'en avril. Sur une année pleine, un retraité perd donc six mois de revalorisation des retraites. 
  • Enfin, la lutte contre les inégalités par la meilleure prise en compte du temps partiel, de l'apprentissage et des périodes de chômage dans le calcul des annuités de retraites, va dans le bon sens de la lutte contre les inégalités dans l'obtention des retraites. Elle ne résout cependant pas de manière définitive l'inégalité fondamentale de notre système par répartition. 


La réforme idéale des retraites


Le système actuel des 25 meilleures années est injuste : un ouvrier commence à travailler plus tôt qu’un cadre et va donc cotiser plus longtemps ; en dépit d’une durée de cotisation plus longue, il n’aura pas ou peu avec le mécanisme de surcote un meilleur niveau de vie à la retraite ; il mourra par ailleurs plus jeune. Par ailleurs, du fait des qualifications requises pour certains métiers, un ouvrier a plus de chances d’entrer sur le marché de l’emploi avant 20 ans et a donc une grande probabilité de cotiser plus longtemps qu’un cadre lorsque l'âge de départ minimum de la retraite est relevé. 

La réforme idéale serait de déconstruire le système de répartition. Les économistes Antoine Bozio et Thomas Piketty ont proposé un système des retraites qui repose sur un âge plancher de 60 ans pour prendre sa retraite, et la suppression de l’âge auquel on peut bénéficier d’une retraite à taux plein sans avoir pleinement cotisé. Chacun cotiserait pour lui-même : pour se faire, les cotisations retraites devraient être relevées à 25% du salaire brut. En quelques sortes, chacun cotiserait plus en échange de la garantie de toucher l’argent de ses cotisations. Il n’y a plus de retraites complètes ou non, le système est lisible : si je commence à travailler à 20 ans et que je cotise 46 ans, j’ai le droit à une pension égale à l’ensemble de mes cotisations divisé par la durée de ma retraite (calculée en fonction de l'espérance de vie, par exemple par Catégories socio-professionnelles). Chacun a ainsi le droit de définir selon ses propres goûts son temps de travail et le niveau de pensions qu’il considère justes pour vivre.

Corrigé de l'épreuve SES, BAC 2013: la mondialisation, les inégalités et les conflits

vendredi 21 juin 2013


Les nouvelles épreuves de baccalauréat en SES ont permis de tester les candidats de l'état de leurs connaissances sur une large partie du programme. En proposant, quelques rapides éléments de correction sur les deux sujets proposés cette année, nous pouvons nous rendre compte que les savoirs issus de la sociologie et des sciences économiques permettent aux élèves suivant l'enseignement de SES de mieux comprendre les grands enjeux économiques et sociaux du monde contemporain.

Deux sujets étaient proposés aux élèves. L'épreuve composée teste la capacité des élèves à restituer des connaissances, à analyser un document et à rédiger un texte argumenté. La deuxième partie (analyse) met en avant les profondes inégalités de patrimoine en France. A partir d'un tableau de l'INSEE  publié en 2011, on constate que les 10% les plus riches en France possèdent 48% du patrimoine total, lorsque les 10% les plus pauvres possèdent moins de 0,5% du patrimoine totale. Lorsqu'on s'intéresse à la moitié de la population la plus riche, on constate que les 50% plus riches des français possèdent en 2010, 93% du patrimoine total.

La troisième partie (argumentation) demandait aux élèves d'expliquer que les conflits sociaux peuvent être un facteur de cohésion sociale. De nombreux exemples d'actualités peuvent être mobilisés par les élèves sur cette question, on pense tout récemment aux manifestions au Brésil, celles en Turquie visant à dénoncer le tournant autoritaire du pouvoir, les révolutions du printemps Arabe ou encore le mouvement des indignés. Alors que le conflit est souvent perçu comme source de désordre social, on a tous en tête les images d'émeutes ou de débordements à la suite de manifestations « houleuses » il apparaît que les conflits peuvent participer à intensifier les liens sociaux entre les individus membres de la société, et à renforcer les solidarités entre eux. Pour Karl Marx, les conflits sont le moteur de l'histoire. On peut mettre en avant l'efficacité des conflits pour améliorer le partage des richesses issus des activités de production, obtenir des protections pour les travailleurs. Les accords de Grenelle suite aux grèves de mai 68 ont abouti par exemple sur une augmentation de 35% du salaire minimal. Les conflits sont souvent à l'origine des acquis sociaux et des différents dispositifs de solidarité. De la même manière, le conflit permet de créer l'unité d'un groupe, il participe à la socialisation politique des individus s'engageant dans le conflit et contribue à diffusion de valeurs communes, parfois nouvelles, entraînant parfois des changements sociaux et culturels importants.

Le sujet de dissertation interrogeait les élèves sur les déterminants des stratégies d'internationalisation de la production des firmes multinationales. Les FMN disposent d'unité de production dans plusieurs pays, le sujet invite ainsi à s'interroger sur les motivations des entreprises à s'implanter dans différents pays. Les FMN à travers les investissements directs à l'étranger jouent un rôle central dans la mondialisation dont l'une des caractéristiques est la fragmentationinternationale des processus productifs.

On peut mettre en avant deux objectifs principaux des entreprises qui orientent leurs stratégies de localisation: la recherche des coûts minimum et la volonté d'innover. Dans le premier cas, on peut évoquer plusieurs critères permettant de comprendre pourquoi une entreprise s'installe dans un pays et pas dans un autre:

- l'approvisionnement en matière première à moindre coût. L'entreprise Michelin par exemple pour produire des pneus possèdent 6 exploitations d'Hévéa au Brésil et au Nigéria dans le but de se fournir en ressources primaires;
- la fiscalité d'entreprise avantageuse. L'entreprise Amazon a installé son siège social européen au Luxembourg où elle bénéficie d'une fiscalité défiant toute concurrence;
- la  distance entre les lieux de production et les marchés de consommateurs. La baisse des coûts de transport passant de 7,7% du prix des importations CAF en 1970 à 6.3% en 2000 a permis aux entreprises de s'installer plus loin des grands marchés de consommateur (USA, Europe) au profit des régions au faible coût de main d'œuvre;
- le faible coût du travail pour les secteurs d'activité dont la production est intensif en main d'œuvre. Dans le secteur textile par exemple, nécessitant un grand nombre de travailleurs (comparé aux besoins technologiques), on comprend qu'une entreprise préfère s'installait en Inde, au Vietnam ou au Pakistan où le coût horaire du travail est inférieur à 1$ qu'en Europe où le coût horaire est de 28,17$ en Allemagne, ou de  21,61$ en France dans le textile. Cependant, d'après le Baromètre Ernst&Young de l'attractivité en Europe publié en 2009, les motivations liées au coût de production ne sont pas les premiers critères cités par les entreprises comme élément central dans leurs choix d'implantation. En effet, Pour près de 50% des 809 décideurs internationaux interrogés la qualité des infrastructures logistiques mais également la qualité de la main d'œuvre sont les critères importants alors que 45% des entrepreneurs considèrent important le coût de la main d'œuvre et seulement 35% d'entre eux jugent important le niveau de flexibilité du marché du travail comme critère d'implantation.

Ainsi, dans un deuxième temps il apparaît que d'autres éléments motivent les choix d'internationalisation de la production des FMN. Les entreprises sont en concurrence sur un marché et le meilleur moyen d'affronter la concurrence et donc de pérenniser son activité dans le temps, reste la capacité à innover et à se différencier des concurrents. C’est ce que les économistes nomment la compétitivité hors-prix. En effet, Pour Joseph Schumpeter, l'entrepreneur est marqué par sa soif d'innovation, il est un aventurier doté d'un fort esprit d'initiative et d'un goût pour le risque. C'est d'ailleurs l'un des éléments qui justifiera dans certains cas la forte rémunération des dirigeants des entreprises innovantes. Certains éléments vont donc influencer les choix d'implantation des entreprises comme le niveau de qualification de la main d'œuvre ou encore les technologies disponibles. Ainsi, par exemple, l'entreprise Michelin a installé un centre de technologie aux USA, en France et aux Japon, trois pays dont le niveau de capital humain est particulièrement élevé. 

Un pays qui souhaite attirer les entreprises doit en effet mettre en place des mesures en direction de la compétitivité-prix de son territoire, comme le rapport Gallois le préconise, mais ne doit pas négliger sa compétitivité hors-prix. On peut s'interroger cependant si la division international des processus productifs ne met pas les modèles sociaux des pays en concurrence de manière excessive, mettant en péril un certains nombres d'acquis sociaux.

La gestion du risque au XVIIIème siècle

mardi 18 juin 2013
Contrairement à EconomicLogic, j'aurais eu tendance à croire que la gestion du risque était une question de bon sens plus qu'une question d'existence d'outils financiers performants ou à une formation en finance. J'avais a priori tort.

Ann Carlos, Erin Fletcher et Larry Neal montrent dans une étude sur la composition financière des entreprises anglaises au début du XVIIIème siècle, peu avant et peu après l'éclatement de la bulle de la South Sea en 1720. 80% des investisseurs de l'époque ne détenaient des actions que d'une seule entreprise alors même que les opportunités d'investissement ne manquaient pas. Une des raisons évoquées par les auteurs est l'existence de règles limitant les droits de vote des détenteurs d'actions, ce qui incitait ces derniers à concentrer leurs investissements dans une seule entreprise. Une telle règle ne peut exister que si les détenteurs d'actions, qui auraient dû justement bénéficier de la diversification, n'avaient pas compris eux-mêmes les avantages de la diversification et de la déconcentration du capital. 

Révise ton bac ES avec l'observatoire des idées

mardi 11 juin 2013


Les sciences économiques et sociales sont à l'honneur dans la série ES, cette discipline a le plus gros coefficient au baccalauréat de la filière avec un coefficient 7 pouvant s'élever jusqu'à 9 si le futur bachelier a choisi l'une des spécialité qui y est rattachée (sciences sociales et politiques ou économie approfondie) . Les SES permettent aux élèves de mieux comprendre les problématiques essentielles dans différentes sciences sociales telles que les sciences économiques, la sociologie ou la science politique.

Les élèves ont la possibilité de trouver en ligne de très bon cours pour réviser le baccalauréat tel que le site Melchior, ou encore ce dictionnaire en ligne proposé par l'académie de Versailles. Au delà des sites dédiés aux SES, les blogs peuvent être une ressource pertinente dans l'optique des révisions du baccalauréat. Nous avons abordé de nombreux thèmes en lien avec le programme de SES à travers différents articles qu'il peut être intéressant de parcourir pour briller au cours de l'épreuve de dissertation.

Bonne lecture !

Sciences économiques

Thème 1 : Croissance, fluctuations et crises


Thème 2 : Mondialisation, finance internationale et intégration européenne


Thème 3 : Economie du développement durable


Sociologie

Thème 1 : Classes, stratification et mobilité sociale


Thème 2 : Intégration, conflit, changement social

Intégration et immigration

Les crimes de haine: exception francaise?

jeudi 6 juin 2013
Bien qu''il soit difficile de définir les crimes de haine - généralement entendus comme un crime envers une personne en raison de son ethnie, de sa religion, de son appartenance à un groupe politique ou de ses préférences sexuelles - et que la tendance de long terme est à la baisse - même s'il y a des sursauts liés à la situation économique ou à l'actualité politique - il demeure une exception française relative à ces crimes. Un rapport de recherche financé par la Commission européenne, désuet car il date de 2005, mais qui s'appuyait sur une large enquête sur le rapport de la population à la sécurité, à la qualité de la police et aux crimes, révélait que la France se caractérisait par une prévalence anormale - la plus élevée de loin en Europe - de crimes de haine. 

Le radar se compose de huit indicateurs (les crimes de haine sont en bas). La première zone du radar représente la moyenne européenne. La France se distingue par une moindre criminalité ressentie que la moyenne européenne sur les vols ("robbery") ou sur les crimes de vengeance ou de punition ("punitivity"). Pour cette raison la partie foncée du radar est plus petite que la première zone sur ces axes. En revanche, la France dépasse largement la moyenne européenne sur les crimes de haine. 
On pourrait pense que la diversité de la population française serait à l'origine d'un tel phénomène. On peut donc comparer avec le Royaume-Uni ou les Pays-Bas qui ont également une population diverse et où des problèmes d'intégration ont été constatés. Le résultat sur les crimes de haine est bien moins important mais il est intriguant de voir que les crimes de punition sont bien plus élevés qu'en France. Il n'y a peut-être pas plus de crimes de haine en France mais, en tout cas, les personnes qui en sont victimes ou qui pourraient l'être se définissent comme telles. C'est peut-être ça l'exception française. 




Une fracture mondiale sur l'acceptation de l'homosexualité

mardi 4 juin 2013
Le Pew Research Center vient de publier un rapport sur la manière dont l'homosexualité est acceptée à travers le monde. Les résultats d'un sondage réalisé sur les préférences des individus montrent sans surprise un lien positif entre laïcité et acceptation de l'homosexualité. L'étude révèle également que les pays les plus influents sont ceux qui acceptent le mieux l'homosexualité. Une ligne défendue également par le géographe Richard Florida au niveau national dans son essai The Rise of the Creative Class: les villes qui intègrent le mieux la diversité (homosexuels, minorités ethniques et femmes) sont celles qui innovent le plus. La raison est que les personnes talentueuses ont souvent plus de mal à s'intégrer dans des villes où la mixité est faible et choisissent donc de partir vers des villes à forte mixité. 

Voici quelques résultats de l'enquête du Pew:


  • Une corrélation entre tolérance vis-à-vis de l'homosexualité et un indice de religiosité




  • Une carte de la légalisation du mariage pour tous dans le monde:




  • Une carte du pourcentage de personnes pensant que la société doit accepter l'homosexualité:




Discriminations envers les femmes artistes: un tableau bien sombre

vendredi 31 mai 2013
La Biennale de Venise qui ouvre ses portes le 1er juin va récompenser deux femmes artistes - Maria Lassnig et Marisa Merz pour l'ensemble de leur carrière. La nouvelle pourrait laisser indifférent car les écoles d'art grouillent de jeunes filles et pourtant les femmes ne représentent qu'une petite fraction des artistes contemporains exposés au grand public et dans les galeries commerciales comme l'indique cette enquête.

Si l'on jette un œil aux cinquante artistes vivants ayant la plus grosse valeur monétaire, on se rend compte de la présence de seulement trois femmes dont la première - Marlene Dumas - est classée 39ème. La parité des prix est cependant loin d'être atteinte comme le montre le classement ci-dessous publié l'an passé dans The Economist des dix œuvres les plus chères vendues par des femmes et des hommes. Un écart de prix qui s'explique en partie par des choix de spécialisation différents des femmes (moins tournées vers le pop-art), par des attentes différentes des collectionneurs de la part des femmes artistes ou par la reproduction des discriminations, les collectionneurs étant essentiellement des hommes.



Industrie de la prostitution en récession

jeudi 30 mai 2013
 The Economist a consacré cette semaine un article à l'économie de la prostitution en Grande-Bretagne. Basé sur plusieurs témoignages de prostituées et d'acteurs de la prostitution, l'article identifie les principaux facteurs de la dégradation économique de l'industrie. La crise économique a entraîné une diminution de la demande alors même que l'offre de services sexuels a augmenté: de nombreuses ex-prostituées ayant perdu leur emploi retournent sur le marché de la prostitution alors que de nouvelles entrantes - également dans la précarité - font leur apparition sur le marché. En conséquence, les prix sont à la baisse car les clients sont plus rares et négocient plus et la prostitution low-cost se développe. Peut-être plus intéressant, l'offre de services sexuels s'adapte à cette chute de moyens en (re)passant de plus en plus par des services de masturbation online comme la webcam ou le téléphone rose.

Ce qui est plus désolant pour les prostituées, c'est que la chute des recettes s'accompagne d'une augmentation des risques du métier selon l'association Ugly Mugs. Pour les prostituées qui travaillent dans la rue, moins de clients c'est plus de temps passés dehors et donc potentiellement plus de rencontres hasardeuses. Pour celles qui travaillent via le net, la diminution de la demande rend nécessaire la diminution de l'asymétrie d'information en mettant une photo de leur visage apparente, une ligne téléphonique directe et un mail plutôt qu'un formulaire de contact. Au final, la prostitution rapporte de moins en moins mais devient de plus en plus risquée.

Souhaiteriez-vous un voisin d'une autre ethnie?

mercredi 22 mai 2013

La légende indique la part de personnes qui répond "des gens d'un autre groupe ethnique" à la question "quel type de personne souhaiteriez-vous ne pas avoir comme voisin?". En bleu royal, nous sommes à moins de 5%, en rouge à plus de 40%.

Votre profil facebook n'est a priori pas un lieu public

vendredi 12 avril 2013


Votre nouveau statut Facebook ou votre dernier tweet pourrait-il constituer un délit d’injure ou de diffamation et par conséquent engager votre responsabilité ?

A cette question, la première chambre civile de la Cour de cassation vient d’apporter une réponse éclairante dans son arrêt du 10 avril 2013 (n°11.19-530).

En l’occurrence, une société et sa gérante avaient assigné leur ancienne salariée principalement en paiement de dommages et intérêts à la suite de propos que cette dernière avait tenus sur divers réseaux sociaux. La salariée avait notamment pu déclarer sur son profil Facebook : « éliminons nos patrons et surtout nos patronnes (mal baisées) qui nous pourissent la vie » ce que la société et sa gérante estimaient être de l’injure.

Par définition, un des éléments constitutifs du délit d’injure (comme celui de la diffamation) est son caractère public d’où la question de savoir si les propos tenus par la salariée sur les réseaux sociaux présentaient ou non ce caractère.

Les demanderesses faisaient notamment valoir que les informations publiées par la salariée étaient accessibles à ses « amis », or ceux-ci ne formaient pas légalement une « communauté d’intérêts » (définie comme étant un groupe de personnes liées par une appartenance commune, des aspirations et des objectifs partagés). Les propos devaient par conséquent être qualifiés de publics.

La Cour de cassation confirme opportunément l’arrêt de la Cour d’appel de Paris et juge que les comptes Facebook et MSN en cause n’étaient accessibles « qu’aux seules personnes agréées par l’intéressée, en nombre très restreint », et que par conséquent celles-ci formaient une communauté d’intérêts confinant ainsi les propos litigieux à la sphère privée.

On constatera avec attention que le « nombre très restreint » d’amis a été un élément pris en compte par la Haute juridiction pour qualifier les propos de la salariée de privés…