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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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Des périodes historiques de mauvaise et de bonne humeur

mardi 17 septembre 2013
Une étude de Alberto Acerbi et al. (2013) étudie la fréquence des mots d'humeur - qui traduisent certaines émotions - à partir des bouquins écrits en anglais accessibles en ligne sur Google. Le graphique ci-dessous montre la différence entre la fréquence des mots joyeux et tristes, par année. Lorsque la courbe est en dessous de la ligne horizontale passant par 0, la période est plutôt triste; lorsque la courbe est au-dessus, la période est en moyenne plus heureuse. L'exercice est intéressant même si la généralisation du graphique à l'ensemble des cultures, et même à l'ensemble de la population des États-Unis et du Royaume-Uni, est critiquable. 


Figure 1 Historical periods of positive and negative moods.

Regardons maintenant l'évolution de la part des très hauts revenus dans la richesse nationale. La courbe rouge représente la part des 0,1% les plus riches dans la richesse nationale. Si les courbes ont à peu près la même forme - a priori les riches s'enrichissent plus que la population moyenne en période de croissance et ont des revenus qui fondent plus que la population moyenne en période de crise - l'humeur des années 2000 n'aura jamais égalé celle des années 1920 alors que les très hauts revenus ont retrouvé la place qu'ils avaient au début du XXème siècle.



Une taxe internationale sur les ultra-riches

mardi 11 septembre 2012
Il ne s'agit pas de piétiner les riches mais de redonner à la fiscalité toute sa justice. Puisqu'un ultra-riche peut s'expatrier, il faut imposer les personnes selon leur nationalité et non leur lieu de résidence. C'est le cas des expatriés américains qui sont par convention, par exemple lorsqu'ils s'installent en France, taxés aux taux américains.

Un phénomène plus nouveau est apparu ces dernières années: les ultra-riches qui renoncent à leur nationalité. Il y a alors deux solutions: une taxe internationale pourrait être mise en oeuvre comme le recommande Patrick Weil, ou la mise en place d'un impôt de sortie, comme c'est le cas aux Etats-Unis, qui serait calculé en fonction de l'espérance de vie par exemple. Ainsi, un jeune ultra-riche devrait s'acquitter d'un droit de départ équivalent à 20% de sa fortune; un vieux ultra-riche de 10% de l'ensemble de son patrimoine. Pour Bernard Arnault, cela représenterait par exemple 4 à 5 milliards d'euros. Un beau renflouement des caisses de l'Etat.



Il existe un pays où les super-riches ne veulent pas payer plus d'impôts

mardi 6 septembre 2011
L'appel de Warren Buffet pour un sacrifice partagé du fardeau de la crise actuelle a donné une idée à nos super-riches français: "taxez-nous" disaient-ils.  En Italie, le dirigeant de Ferrari a également déclaré vouloir payer plus d'impôts tandis que les riches allemands voulaient eux aussi payer un impôt sur la fortune temporaire.

Au Royaume-Uni en revanche, les méga-riches ont préféré garder le silence. L'île est à la dérive entre l'Europe sociale et la philanthropie américaine: le libre-marché instauré par Thatcher a la vie longue. Les méga-riches du Royaume-Uni sont bien souvents des milliardaires étrangers qui ont posé pied à Londres plutôt qu'à Paris ou à Milan - alors qu'ils souhaitaient s'installer en Europe - justement pour une raison fiscale. Comme le dit Bagehot, les super-riches du Royaume-Uni sont semblables à des joueurs de football, les tatouages en moins.

Il faut aller toutefois plus loin dans le cas du Royaume-Uni qui se distingue par deux effets: une tranche supérieure de l'impôt sur les personnes physiques qui est de 50% contre 41% en France; un système de reproduction des élites qui ne se cache pas derrière une pseudo égalité des chances. Le premier effet est important pour comprendre la profonde opposition des classes aisées à être taxées: le taux nominal d'imposition envoie un signal psychologique qui fait croire à un niveau de taxation élevée quand le taux d'imposition moyen est légèrement inférieur à la moyenne de l'OCDE. Le deuxième effet renvoie à la reproduction des élites anglaises via la Chambre des Lords et le système des public schools. Les méga-riches anglais étant une classe internationalisée, leur connexion avec le politique est beaucoup moins importante que celle des super-riches de l'Europe continentale ou des Etats-Unis, soucieux de maintenir le bon ordre sécuritaire du pays. De ce point de vue, les émeutes anglaises pourraient bien reprendre, renforçant encore une fois le pouvoir des conservateurs au pouvoir qui représentent l'avènement des méga-riches déconnectés de la société: taxer les plus riches nuierait à la compétitivité du système fiscal britannique entend-on. Mais reproduire la situation actuelle ne nuira-t-il pas à la société dans son ensemble?

Procrastination : nous avons l’antidote

mercredi 6 juillet 2011







 "Si j'ai vu si loin, c'est que j'étais monté sur des épaules de géants" Newton.


Le géant sadique

Il s'agit de Dan Ariely, économiste comportementaliste aux expériences aussi ingénieuses que controversées. Dans l’une de celles auxquelles ses élèves ont été soumis, il a donné à trois classes trois devoirs identiques à rendre avant la fin du semestre. Rien de bien original me direz-vous...sauf que les trois classes n'avaient pas les mêmes règles du jeu. La classe 1 avait une liberté totale quant à la date de rendu des trois devoirs; la classe 2 n’en avait pas du tout : les élèves devaient rendre chacun des trois devoirs à trois dates précises; et la classe 3 avait une semi-liberté : les élèves devaient rendre chacun des trois devoirs à une date précise aussi mais qu'ils pré-déterminent au préalable.

Au bout du semestre, la classe ayant le mieux performé était la classe 1. Celle qui a le moins bien performé est la classe 2. La classe 3 a performé largement mieux que la classe 2. Munis d’un outil pour s’autocontrôler, les élèves, même sans suivi quelconque réussissent à surmonter leur désir de procrastiner et se fixent des délais de rendu plus stratégiques.

Le géant venu du Nord

Une expérience menée à l’université de Copenhague au Danemark se penche sur la distraction des employés au travail. L'expérience consiste à demander à un nombre de participants de compter le nombre de passes de ballon que se font des personnes. La moitié des participants est soumis à une distraction : ils doivent regarder une vidéo comique avant de compter le nombre de passes. L’autre moitié des participants peut ou non regarder la vidéo comique ou se contenter d'entendre le reste du groupe jubiler devant les sketchs sans regarder. Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que le groupe distrait ait sous-performé, c'est l'opposé qui se passe. Le groupe interdit de vidéo comique commet systématiquement plus d’erreurs que l’autre groupe.

A ce stade, vous pourriez conclure que les gens heureux (ou qui sont libres de faire ce qu'ils veulent du moins) sont plus performants. Cela s'applique à la lutte contre la procrastination: comprendre l'importance de la distraction et de la jouissance immédiate qu'elle apporte, c'est comprendre la lutte contre l'art de remettre tout à demain.

Le géant gourmand

Souvent pour décrire ce qu’est la procrastination, on a recours à cette expérience hilarante. L’attitude des enfants face aux friandises est révélatrice de la réaction d’un adulte face à une source de distraction mais elle fournit surtout une définition plus fine de la procrastination: c’est le fait d’opter pour une rémunération de court-terme potentiellement plus faible mais immédiate aux dépens d’une rémunération de long-terme potentiellement plus importante mais lointaine. Notons par ailleurs que ces enfants sont très représentatifs de la population américaine, incapable d’épargner et en proie à un symptôme dépensier.

Dans une expérience menée par Baumeister, Bratslavsky, Muraven, et Tice en 1998, les participants, encore à jeun, sont mis en face de cookies au chocolat et de radis. On demande à la moitié du panel de manger les radis et à l'autre moitié de manger les cookies. Ensuite, les deux groupes doivent résoudre un puzzle insolvable, détail dont on ne les informe évidemment pas. Ceux qui ont mangé des radis tiennent 9 minutes, deux fois moins que ceux qui ont mangé des cookies.

Cette expérience fait écho à l’étude de Copenhague, les cookies étant l’équivalent de la vidéo drôle. Privés d’une distraction apparente, les participants sont moins productifs laissant penser qu’un employé dont l’accès à Facebook ou autre serait interdit pendant les heures de travail sera également moins productif.

Sur les épaules des géants

Interdire ou s’interdire toute forme de distraction est donc contre-productif. Baumeister et Bratslavsky appellent cela l’épuisement de l’égo. Les deux psychologues considèrent que la concentration est un muscle qu’on ne peut étirer indéfiniment. Voilà l’antidote à notre poison quotidien de remettre tout au lendemain.

Si on en revient à l'expérience d'Ariely, la solution idéale se trouve dans la classe 3: une semi-liberté. Dans la vie de bureau de tous les jours, cela signifierait l’avènement d’un nouveau genre de pause café. La pause Facebook au bureau s'avère donc positive pour l'organisation du travail. Elle doit cependant être de durée limitée (deux fois quinze minutes par jour). La pause doit être une récompense - et non une opportunité manquée qui nous obsède - et elle peut être productive. De l'impact positif de la machine à café où les collègues échangent - on parlera de liens faibles - à la nécessité pour chacun de développer ses projets personnels, la pause est le meilleur remède à la procrastination.

La fin de la propriété privée

vendredi 29 avril 2011
Le taux d’équipement des ménages français est impressionnant. Quasiment la totalité des ménages a un réfrigérateur, 98% ont un téléviseur, 80% ont un four à micro-ondes sans compter les congélateurs, les ordinateurs, les téléphones mobiles, etc.

Pendant des milliers d’années pourtant, l’être humain a vécu dans un mobilier vide ou dans la pénurie rêvant probablement de posséder des équipements qui amélioreraient ses conditions de vie. Bush, Sarkozy et tant d’autres hommes politiques ont rêvé de faire de leurs administrés des petits propriétaires. Dans un billet récent, j’évoquais à quel point la possession privée pouvait être économiquement non-viable si elle amenait au développement du crédit et in fine à une création monétaire irréaliste. Sans retour au communisme ou à la propriété collective, la décennie à venir sera celle du partage dicté par de nouvelles formes de consommation.

Le partage de l’information sur des réseaux sociaux comme twitter ou facebook a changé la donne. Dans un monde où l’information est de plus en plus dense et de plus en plus grande, son partage et sa remontée par des connecteurs permettent de noter des points importants. De la même manière, avec l’urbanisation croissante, le partage des biens durables comme celui de l’information devient nécessaire car nous sommes de plus en plus nombreux dans un espace de plus en plus restreint.

Le modèle de la propriété privée a perdu de son sens avec la dématérialisation d’une grande partie de l’économie. La propriété devient de plus en plus immatérielle et donc plus facilement partagée, du moment qu’elle est gratuite. Un récent journal américain a décidé de faire payer son contenu mais laissera libre les liens qui sont partagés sur les réseaux sociaux. La gratuité et le partage sont le modèle économique de demain et quelque part le marché rêvé des plus libéraux : moins de barrières à l’entrée, une ouverture des marchés, moins de coûts de production, un libre-échange garanti. Demain nous regarderons le XXème siècle comme celui de la possession ostentatoire et de l’accumulation sans fin.

Psychologie des prix

vendredi 8 avril 2011


Celui qui vit à Paris depuis un certain temps a pu intégrer que les prix ne reflètent pas forcément la « valeur » des biens en général, mais même la valeur qu’on peut leur attribuer. Je suis surpris (et heureux) de payer un café 1 euro à Lisbonne ou à Séville. J’ai l’impression de faire une bonne affaire si je paye 1,80 euros un café dans un bar parisien. Je ne me sens pas pour autant arnaqué si ce même café vaut 2,30 euros à quelques centaines de mètres de différence. J’ai intégré l’idée qu’une boisson chaude pouvait être taxée un euro de plus quand elle est servie le soir (car le prix de l’occupation de la place est plus élevée le soir dans certaines brasseries qui reçoivent pour dîner). En bon parisien, j’ai l’habitude de supporter des distorsions de prix. En bon parisien, je peux trouver raisonnable un plat à 18 euros mais m’indigner pour un café au comptoir qui coûterait plus de 1,20 euros. Le « prix » est un signal qui crée des barrières psychologiques importantes.

Eduardo Porter analyse dans son livre l’effet psychologique des prix. L’exemple le plus connu est celui de la comparaison entre Starbucks et un bistrot normal. Comment expliquer le prix du Latte chez Starbucks (environ 4 euros) et le café crème d’un bistrot classique (environ 2,80 euros). Comment expliquer une telle différence de prix ?

Certains diront que l’écart de prix vient du surplus de café (mon café Latte est six fois plus grand que mon café crème). Faux : cela coûte à peine deux centimes d’euros au cafetier. Il y a plus de lait ? A peine deux centimes en plus encore. L’espace est moins optimisé dans un Starbucks (le prix du loyer au mètre carré justifie alors l’écart de prix)? Oui mais Starbucks pratique le même prix que le café soit à emporter ou sur place. Que paye-t-on en plus alors ? La marque ? Le produit (puisqu’après tout un Latte, ça n’est pas un crème) ? Le plaisir de vous prendre pour un new-yorkais ? Le prix des produits Starbucks vient essentiellement d’une stratégie de discrimination des consommateurs. Quand McDonald pratique des prix bas pour à la demande de sa clientèle, plus populaire, Starbucks vise les centres-villes, les quartiers d’affaires et in fine les cadres. Starbucks discrimine en fait les consommateurs sur le marché, comme le Flore ou le Fouquets le font à Saint-Germain des Prés et sur les Champs Elysées.

Une autre question posée par Porter est celle du pourboire. Pourquoi sommes-nous plus enclin à donner un pourboire dans un bistrot que dans une grande chaîne comme Starbucks? Préparer un café Latte est pourtant plus embêtant que de préparer un expresso. Alors même que les serveurs de Starbucks sont souvent plus sympas (ils sont généralement étudiants et à mi-temps) et aussi mal payés que le serveur du café d’en face, la tendance est au pourboire au garçon de café.

Nous sommes donc irrationnels sur des prix qui guident nos modes de vie et sur la manière dont nous allouons telle dépense à telle consommation. Les prix guident nos décisions mais également celles des entreprises : la marge qu’elles feront entre le coût de production et le prix de vente est déterminante pour leur survie, leur image et leur pouvoir de marché.

Comment faciliter l'accès à l'eau potable dans les pays en développement?

mardi 22 mars 2011



C'est aujourd'hui la journée mondiale de l'eau et pour fêter cela Arte diffusera ce soir à 20h30 un reportage intitulé "Les marchands de l'eau" sur la gestion de l'eau en France. Il semble que le film diffusé ce soir soit mieux connu sous le nom de "Water makes money", reportage déjà diffusé en salles de cinéma et qui a entraîné une vive polémique chez les spécialistes. Un résumé intéressant de différentes études sur le prix de l'eau peut être trouvé sur le site d'Arte.

Au-delà du cas français, il convient de rappeler qu'un milliard de personnes n'a pas accès à l'eau potable et que trois milliards ont des difficultés d'accès à l'eau potable. Depuis le début de l'année, plus de 400 000 enfants sont morts faute d'accès à l'eau potable. Les estimations des Nations Unies sont frappantes: il faut 14 à 30 milliards d'euros par an pour fournir de l'eau potable à ceux qui n'en ont pas. Le marché des changes représente 4000 milliards d'échanges journaliers. Une taxe sur ce type de transactions d'un niveau "neutre" de 0,01% permettrait de lever 146 milliards d'euros par an et donc de fournir non seulement l'eau potable quasi-immédiatement mais également de construire les réseaux nécessaires à l'acheminement futur de l'eau, système qui pourrait par la suite être exploité par des entreprises privées dès que la demande sera solvable. Le régime transitoire pourrait confier le produit de la taxe aux Nations Unies. Pour être incitatif, un tel système pourrait reposer sur une réduction (voire la suppression compte tenu des montants en jeu) de la contribution aux Nations Unies des pays qui l'appliqueraient (je m'inspire d'une suggestion de Patrick Weil sur un sujet connexe).

Pour information, la carte de la FAO sur la pénurie d'eau (la pénurie est associée au jaune et l'abondance au bleu). A noter, le manque d'eau en Chine et en Inde associé à leur développement rapide pourrait accélérer la prise de conscience.


L'écart salarial entre hommes et femmes

mardi 8 mars 2011




J'avais déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce même blog le coût de naître femme, le rapport des femmes au bonheur, les discriminations éthiques et sexuelles dont elles pouvaient être victimes. La journée des femmes est le moment de relancer le débat: pourquoi les femmes sont-elles meilleures à l'école mais sous représentées dans les postes à fortes responsabilités et surtout moins bien payées (environ 20% en France) à poste égal?

J'évoquais dans un précédent billet l'importance de la génétique:

"Ichino et Moretti (2009) démontrent à partir d’une étude sur les salariés d’une entreprise que l’absentéisme résultant des désagréments liés aux cycles menstruels explique 14% des différences salariales entre hommes et femmes. L’absentéisme régulier lié aux règles (...) des femmes de moins de 45 ans constitue un « signal » négatif qui les pénaliserait dans l’ensemble de leur carrière. Elles ont effectivement un moindre accès aux promotions managériales internes du fait même de cet absentéisme régulier alors qu’il n’affecte pas pour autant leur productivité globale."

L'absentéisme des femmes, lié aux tâches ménagères qu'elles acceptent (car leur mari gagne plus) ou qu'on leur impose (car leur mari ne fait rien), n'affecte en rien leur productivité mais leur donne une mauvaise image, celle de ne pas être totalement disponible pour leur employeur. Le temps contraint des femmes lorsqu'elles ont des enfants est un frein à leur carrière et in fine à leur liberté dans la mesure où elles souhaitent mettre en avant cette carrière professionnelle. Les études récentes, si elles confirment le moindre appétit des femmes pour les matières techniques et souvent plus rémunératrices, renforcent en tout cas l'idée que le temps de la famille et le temps de la réussite personnelle doivent être mieux aménagés:

"Une partie des inégalités salariales est justifiée par les différences de durée de paie entre les genres - les femmes connaissent des ruptures de leur activité salariale plus régulières que les hommes, notamment du fait de la maternité – mais également par des choix de scolarité moins rémunérateurs. (...) il y a une réalité sociologique évidente : les femmes prennent plus de congés que les hommes pour assurer des tâches familiales quotidiennes (s’occuper des enfants malades par exemple) et les écarts de salaires sont persistants en contrôlant pour les diplômes et les spécialisations (Goldin et Katz, 2009)"

Bertrand a par la suite rejoint Goldin et Katz pour produire une étude plus détaillée sur les notes de MBA des femmes avec ou sans enfants et sur la suite de leur carrière. L'interruption de carrière pour une maternité peut sceller le sort des femmes en cassant leur valeur sur le marché du travail de près de 40% selon Bertrand et ses collègues. Une femme éduquée qui n'est pas dans le besoin peut donc être incitée à quitter le marché du travail.

Je pense que le sort des femmes sur le marché du travail est lié à deux choses: l'amélioration de l'adéquation entre temps contraint et temps du travail et la discrimination positive à l'égard des femmes dans les mécanismes de promotion interne dans les conseils d'administration ou dans les postes de cadre dirigeant. Mais pour que cela marche, il faut évidemment qu'il y ait consensus sociétal pour soutenir la démarche. A défaut d'une réglementation, les incitations financières peuvent être justifiées. Je reprenais dans mon post l'année dernière une des conclusions d'Ichino et Moretti (2009):

"Le débat sur l’égalité salariale devrait donc aborder les questions suivantes : doit-on subventionner les femmes de moins de 45 ans ou avantager les femmes de plus de 45 ans dans les nominations et les promotions professionnelles?"

Un indice pour prédire la prochaine révolution dans le monde arabe

mardi 22 février 2011
Peut-on prédire la prochaine révolution de printemps? L'indicateur du "lancer de chaussures" de The Economist peut nous éclairer en tout cas.


Boit-on pour oublier?

mercredi 16 février 2011
La consommation d'alcool est souvent associée à une attitude festive ou au contraire à une tendance dépressive. Les deux graphiques suivants ne tranchent pas le débat mais confirment plutôt que la consommation d'alcool contient dans les deux cas des caractéristiques sociales.

La carte du monde de la consommation d'alcool, tiré de The Economist (plus la couleur est foncée, plus on boit d'alcool):


La carte du monde du bonheur, tiré du Wolrd Happiness survey (plus la couleur est foncée, plus on est heureux):



La redistribution de l'espoir au niveau mondial

mercredi 5 janvier 2011






L'enquête récente menée par BVA/Gallup sur le moral des individus au niveau mondial montre que les Français - mais plus généralement les pays développés - ont la sinistrose quand les habitants des pays émergents se déclarent confiants dans l'avenir.

A première vue, ce résultat peut paraître surprenant. Nous bénéficions d'un niveau de vie évidemment beaucoup plus élevé que les populations du Nigéria et nous sommes pourtant moins optimistes. Mais contrairement aux pays en plein développement, nous n'appercevons plus les notions d'espoir et de changement qui sont les moteurs de l'optimisme.

L'Occident a peut-être pourtant été le segment le plus optimiste du monde. De la découverte du Nouveau monde par Colomb et Vespucci au traité utopique de Thomas More en 1516, du siècle des Lumières aux écrits sur le progrès d'Auguste Comte, de la révolution industrielle à l'avènement de la démocratie, le monde occidental a semblé être le plus proche du bonheur et le grand porteur d'espoir quand l'Inde et la Russie pérennisaient un système de castes ou de servitude. Mais l'histoire récente n'est pas non plus teintée de pessimisme. Aux Etats-Unis, les mouvements des Civil Rights ont permis d'assurer à des générations entières de vivre mieux que leurs parents. En Europe, les nationalismes ont été en grande partie étouffés et l'Etat-Providence a permis de sécuriser bon nombre de citoyens.

Ce qui a peut-être changé depuis la crise économique de 2007, c'est que pour la première fois depuis 400 ans, l'Occident est bousculé sur plusieurs secteurs économiques et politiques par les pays émergents. L'Europe en particulier devra devenir une économie beaucoup plus agile et innovante pour maintenir son rang dans le grand jeu économique mondial. A l'inverse, certains pays émergents vont devoir faire face à une crise démographique, aux limites environnementales de leur développement et peut-être au début du chômage s'ils n'arrivent pas à équilibrer leur croissance et à assurer un accès au savoir pour tous. En dépit des remous actuels, le monde vit probablement sa plus grande période de gloire: jamais le bien-être physique, le niveau de vie, l'accès à l'information et la protection des libertés n'ont été aussi élevés. Et peut-être pour la première fois, l'espoir est-il enfin redistribué plus également entre les "possédants" et la "masse" d'individus.

L'humeur des américains au fil de la journée: une contagion d'Est en Ouest? par Halim Madi

lundi 30 août 2010
Une étude récente analyse l'humeur des américains au fil de la journée à partir de leurs tweets. Le pic de bonne humeur est à 6 heures du matin et l'humeur va grandissante après la sortie du travail comme le montre ce graphique.



La côté Est est plus souvent de mauvaise humeur que la côte Ouest et la mauvaise humeur est contagieuse de l'Est à l'Ouest au fil de la journée. La vidéo suivante en atteste.


L'Europe n'a plus recours aux services religieux

vendredi 13 août 2010
Le tableau suivant montre la proportion de la population qui n'a pas eu recours aux services religieux en 2008.


Conclusion: notre demande de services religieux n'apparaît que pour des occasions particulières - marriages, communions, décès, etc.

Les femmes, les inégalités et le bonheur

lundi 5 juillet 2010
Dans un article récent, j’évoquais le rapport des femmes au bonheur: en dépit de la réduction des inégalités salariales, les femmes sont moins heureuses aujourd’hui qu’il y a trente ans. Une des raisons est que l’écart salarial de 30% entre hommes et femmes est plus difficile à supporter compte tenu de l’égalisation des diplômes et des positions. Une explication avancée pour cet écart salarial est que les hommes ont un côté machiavélique qui leur permet de négocier un salaire plus élevé. L’écart salarial ne reflète pas un écart de productivité mais une différence de personnalité, de préférences et de principes. Si certains prônent une subvention pour les femmes, c’est plutôt une pénalisation plus grande des tricheries (essentiellement masculines) qui devrait être mise en place.

Une autre raison invoquée pour expliquer cet écart salarial est le nombre d’absences liées aux périodes menstruelles. J’évoquais dans l’article précédent l’impact de l’absentéisme liée aux périodes menstruelles sur la carrière professionnelle des femmes. Dans les pays en développement, le cumul d’absences scolaires liées aux règles entraîne de moindres qualifications et des discriminations salariales et sociales envers les femmes qui seraient évitables. Selon la Banque Mondiale, les jeunes filles peuvent manquer jusqu’à 20% des cours d'une année scolaire à cause de leurs périodes menstruelles.

Une étude menée sur des adolescentes au Népal tente de quantifier l’impact des périodes menstruelles sur la présence à l’école des jeunes filles. Environ la moitié de l’échantillon étudié a manqué l’école au moins une fois à cause de la menstruation. Mais en réalité, l’impact de la période menstruelle sur l’absentéisme scolaire est beaucoup plus faible qu’il n’y parait. Lorsqu’elles n’ont pas leurs règles, les filles sont à l’école dans 86% des cas ; lorsqu’elles ont leurs règles, elles sont à l’école dans 83% des cas. Elles ne manqueraient donc qu’un tiers de journée d’école par an à cause de leurs règles.

Les économistes qui ont mené l’étude ont expérimenté la fourniture de produits sanitaires (tampons, serviettes, etc.) à la moitié de l’échantillon pour voir s’il y avait une différence d’absentéisme entre les jeunes filles ayant accès à ces produits et celles qui n’y avaient pas accès. Aucune différence notable n’a été obtenue pour combler l’écart, déjà très petit, entre absentéisme avec ou sans règles. On ne peut toutefois pas conclure que l’absentéisme scolaire des femmes ne soit pas lié à des problèmes « purement féminins » car aucun contrôle sur le taux de fécondité de ces jeunes filles n’est réalisé. Dans ce cas, la contraception serait également un problème important à traiter.

Mais l'argent ne fait pas tout. D'ailleurs les femmes sont-elles moins heureuses que les hommes dans leur vie professionnelle et privée? Une étude de 2008 sur les occupations des américains et sur la manière dont ils perçoivent le temps passé (agréable ou non) montre les résultats suivants.


Deux résultats sont frappants. D’abord l’écart selon le genre pour le temps « désagréable » passé avec son supérieur hiérarchique. Les hommes auraient a priori des relations plus tendues avec leur patron, ce qui contredit l’aspect discriminatoire du travail pour les femmes, en tout cas une fois qu’elles sont effectivement dans l’emploi.

Ensuite, les femmes ont généralement moins de plaisir à passer du temps i) avec leurs enfants et ii) avec leurs parents. Pour les enfants, la raison est simple : les femmes passent beaucoup plus de temps que les hommes à s’occuper des enfants, ce qui contraint leur temps libre. Par ailleurs, les femmes ont généralement les activités les plus «domestiques» quand elles passent du temps avec leurs enfants tandis que les hommes ont des activités plus centrées sur les loisirs lorsqu’ils s’occupent de leurs enfants. En ce qui concerne les parents, la raison est en fait similaire : les femmes ont tendance à plus s’occuper de leurs parents lorsque ceux-ci vieillissent. Pourtant, même en contrôlant pour le secteur d’activité, la position hiérarchique et l’âge des parents, les femmes ont toujours un moindre plaisir à voir leurs parents. L'aspect sociologique et psychologique de la chose ouvre de nouvelles pistes de recherche pour les économistes...

L’argent fait-il le bonheur?

mercredi 12 mai 2010
«Le bonheur est un état trop constant, et l’homme est un être trop muable pour que l’un convienne à l’autre» Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire (1776-1778)

Pour les économistes, la recherche sur le bonheur a longtemps été problématique pour une simple raison : le bonheur ne se quantifie pas. On peut trouver des proxys comme la qualité de vie, mais on ne peut mesurer la sensation de bonheur ni en intensité, ni en durée comme s’y emploie la recherche médicale (à travers notamment la fréquence de troubles mentaux). La récente commission Fitoussi – Sen – Stiglitz (2009) pour la création de mesures alternatives à la "richesse économique" dépasse la mesure des richesses en prenant en compte l’idée de bonheur en quantifiant le stress au travail, le travail domestique, la dégradation du capital environnemental, etc. Le PIB ne fait pas le bonheur.

Au niveau microéconomique, les études de Wolfers et Stevenson, soutiennent l'idée que le revenu en valeur absolue compte plus que le revenu relatif. A partir de sondages réalisés aux Etats-Unis, ils montrent que les hauts revenus se déclarent deux fois plus « très contents » que les revenus les plus bas. Rien de surprenant. Mais en comparant ces résultats à ceux des enquêtes internationales, il apparaît que les plus pauvres ne seraient pas plus heureux s’ils vivaient dans une société moins inégalitaire, c'est-à-dire s’ils étaient relativement plus riches. L’argent pour ce qu’il est fait le bonheur.

Ce résultat contredit le paradoxe d’Easterlin, selon lequel bien que les riches soient toujours plus heureux que les pauvres, les riches des pays riches ne sont pas plus heureux que les riches des pays pauvres. Pour les tenants de la psychologie hédonique, comme le prix Nobel d’économie Kahneman, nous nous adaptons aux évènements heureux: plus d’argent ne rend pas plus heureux celui qui en a déjà beaucoup. L’argent fait moins le bonheur que la position que nous avons dans la société.

Qu’en est-il des évolutions dans l’espace et dans le temps ?

Géographiquement, on observe une forte corrélation entre bonheur, mesuré par les conditions de santé et le nombre de personnes à risques, et qualité de la vie, mesurée par 25 variables aussi bien météorologiques que sociales (Oswald and Wu, 2009). De son côté Clark (2009), s’intéresse aux phénomènes de ghettoïsation des riches et des pauvres. Si la plupart des gens se complaisent d’être plus riches que leurs voisins (Luttmer, 2005), pourquoi les plus riches et les plus pauvres habitent-ils dans des quartiers différents? La réponse est simple : un quartier aisé permet d’avoir accès à plus de « biens publics », en premier lieu la sécurité, tandis que le fait d’avoir une situation économique similaire à la majorité de ses voisins accroît la sensation de bonheur. Pour les plus aisés, le bonheur provient essentiellement de la quantité de biens publics à leur disposition; pour les moins aisés, le bonheur provient de l’appartenance à la même classe sociale que la majorité des habitants.

Dans le temps, Stevenson s’intéresse en particulier au cas des femmes. En dépit de l’obtention de droits identiques, de la possibilité de choisir librement leur choix de vie et de la convergence des salaires, les femmes sont moins heureuses aujourd’hui qu’il y a trente ans. Et cette tendance générale est vraie pour toutes les femmes, qu’elles soient éduquées ou non, au foyer ou sur le marché du travail, avec ou sans enfants. Peut-être cela s’explique-t-il par le fait que les femmes gagnent toujours 30% de moins que les hommes en dépit de toutes les avancées sociales et économiques des trente dernières années. Cet effet est d’autant plus plausible que selon les psychologues, les sociétés occidentales surévaluent l’impact de l’argent sur le bonheur.

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