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Un typhon, des négociations et des actes?

lundi 18 novembre 2013



Alors qu'en France des « bretons aux bonnets rouges » font pression sur le gouvernement pour empêcher la mise en place de l'écotaxe, les négociations sur le climat ont repris à Varsovie la semaine dernière. Les délégués d'environ 200 pays s'y rassemblent pour la 19ème conférence de l'ONU sur le climat (COP19). L'enjeu est de préparer un accord sur la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre pour la COP21 qui aura lieu à Paris en 2015.

Dans le même temps, l'actualité est secouée par le typhon qui a renversé lesPhilippines. Bien qu'aucun lien ne soit scientifiquement avéré, il est difficile de ne pas relier la multiplication des catastrophes naturelles extrêmes au dérèglement climatique en cours. C'est bien ce lien qui incite Maximes Combes, l'un des auteurs du livre La nature n'a pas de prix publié l'an dernier, à se demander si la France, qui peine à organiser sa transition écologique, ne devrait pas abandonner l'organisation de la conférence sur le climat de 2015 au profit des Philippines. 

La démonstration scientifique de la responsabilité humaine et industrielle du changement climatique n’est plus à faire. La recherche perpétuelle d’une croissance économique élevée oblige nos sociétés à produire toujours plus. Plus de vingt ans après le rapport Brundtland, l’état de santé de l’environnement mondial présente un bilan alarmant. D'après le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, dans son rapport sur l’avenir de l’environnement mondial, publié à l’occasion du sommet de la Terre Rio + 20 (2012), tous les indicateurs environnementaux sont dans le rouge: autant au niveau de l’atmosphère avec le réchauffement climatique, de l’eau avec les problèmes de pollution des nappes phréatiques et d’approvisionnement, ou encore de la biodiversité avec une extinction importante d’espèces. Ces dégradations s’expliquent en grande partie par le volume des activités économiques.

Les activités de production et celles de consommation s’accompagnent d’un certains nombres d’effets externes négatifs sur l’environnement. Si la population mondiale a augmenté, les modes de vie ont évolué et apparaissent de moins en moins adaptés à notre environnement. Le parc automobile par exemple a doublé ces vingt dernières années, on compte désormais 800 millions de voitures sur Terre en 2005. D’après le géographe canadien Jules Dufour, le nombre de kilomètres parcouru par l’aviation civile a augmenté de 76% entre 1990 et 2000, lorsque le tonnage maritime a doublé sur cette période. Ces modes de transport sont particulièrement consommateurs d’énergies fossiles et émetteurs de gaz à effet de serre (GES). L'augmentation du PIB reste le principal vecteur d’augmentation des émissions de GES. Ainsi depuis 1970, le PIB mondial a été multiplié par 3 et les émissions de GES ont doublé sur cette période.


L’empreinte écologique, indicateur de soutenabilité écologique, mis au point par William Rees et Mathis Wackernagel, montre bien le lien entre PIB et dégradation de l’environnement. On observe une corrélation positive entre le PIB/habitant et le niveau de l’empreinte écologique. Ainsi les Etats-Unis ont une empreinte écologique de 4,6 contre 0,3 pour le Congo, lorsque l’empreinte écologique moyenne mondiale est de 1,5. Cela signifie que si tous les habitants de la Terre vivaient comme un américain moyen, il faudrait 4,6 planètes pour satisfaire tous nos besoins.

Un changement de modèle est nécessaire. Si comme le souligne l’intellectuel allemand Harald Welzer, issu de la mouvance écologiste, le capitalisme et la quête de croissance des sociétés occidentales ont favorisé l’émergence de normes très élevées, liberté, droit, démocratie, ce développement s’est fait au détriment de l’environnement. Au delà de la question de la croissance et du modèle économique, il convient de s’interroger sur les manières d’inventer une société qui puisse conserver l’ambition du progrès social, tout en réduisant l’impact de l’humanité sur l’environnement.

Cela n'est pas aussi simple, comme  nous l'analysions l'an dernier sur le blog dans un article intitulé: "Les négociations climatiques: un sujet chaud !", le jeu géopolitique est particulièrement complexe, le dilemme des négociations climatiques à travers le principe de « responsabilité commune mais différenciée » est qu'il faut tenir compte du passé sans négliger pour autant l’avenir. Si les gros émetteurs du passé (et du présent) sont bien l’Europe et les Etats-Unis, le poids de plus en plus important de la Chine et l’Inde (les gros émetteurs de GES  du futur) dans le bilan carbone mondiale doit être intégré dans les négociations climatiques.

C'est cette complexité qui est mise en scène dans le documentaire « Climat: pas d'alternative, il faut rejouer Copenhague ». A travers un jeu de rôle grandeur nature organisé avec les étudiants de Sciences Po et piloté notamment par Sebastien Treyer et Grégory Quenet, on y comprend les difficultés que comporte la négociation d'un bien commun mondial en l'absence d'une véritable gouvernance mondiale. Il apparaît urgent de réformer «ces grandes messes Onusiennes ». Alors, à quand une Organisation Mondiale de l'Environnement?

Négociations climatiques: un sujet chaud! (2/2)

mardi 20 novembre 2012



La réussite du sommet de Doha sera évaluer au regard de sa capacité à apporter des réponses à ces quatre sujets chauds:
            - renforcer les objectifs de réduction des émissions;
            - rendre opérationnel les engagements passés par la mise en place d'un fonds pour le climat;
            - organiser la deuxième phase du protocole de Kyoto;
            - préparer l’accord climatique international de 2020.
           
Au-delà des déclarations de principe, la conférence de Doha devra permettre de résoudre des « détails techniques » afin de rendre opérationnel des engagements passés. Il en va ainsi de la crédibilité de ces sommets internationaux sur l'environnement.

Ainsi, le fonds vert pour le climat prévu à Durban en 2011 doit permettre d’accompagner les pays en développement vers des économies moins polluantes. Cependant, à l’heure actuelle, les sources de financement de ce fonds restent encore à déterminer. Un groupe d’expert lancé par Ban Ki-Moon travaille sur la question afin de lever 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, un effort financier énorme au regard de l’effort actuel de la communauté internationale - environ 16 milliards selon le World Resources Institute.

Les dispositifs d’aide à destination des pays les plus vulnérables au risque climatique, en particulier les petits Etats insulaires, doivent se développer et trouver un cadre institutionnel mieux défini. Le système des mécanismes de développement propre, permettant aux industriels de compenser leurs émissions de carbone en développant des projets jugés propres dans des pays en développement ayant ratifié Kyoto, s’est pérennisé mais ne concerne à l’heure actuelle que quelques pays africains. Permettre à ces pays d’avoir accès à des énergies sobre en carbone est l’un des enjeux de Doha.

Dans la même lignée, afin de favoriser les transferts internationaux de technologie, un centre international des technologies du climat devrait voir le jour. La conférence de Doha devra permettre de régler ces éléments « techniques » afin de créer un cadre clair au prochain régime climatique mondial. 

Le protocole de Kyoto prend fin le 31 décembre 2012, la 18ème conférence sur le climat organisée à Doha doit déboucher sur l’ouverture de la 2ème phase du protocole de Kyoto. Le protocole de Kyoto ratifié en 1997 est le premier accord international officiellement contraignant visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les pays industriels ayant ratifiés Kyoto s’engageaient alors à réduire de 5,2% leurs émissions entre 2008 et 2012 par rapport à leur niveau de 1990. Le protocole de Kyoto est très largement remis en cause par un certains nombres de pays industriels tels que l’Australie, le Canada ou encore les Etats-Unis qui contestent le principe de la responsabilité historique différenciée. Ainsi, la deuxième phase d’engagement du protocole de Kyoto se fera sans le Canada, le Japon et la Russie, sans parler de l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui hésitent encore. L’Union Européenne s’apprête donc à être le seul émetteur majeur à se soumettre au protocole. L’Union Européenne souhaite rapprocher Kyoto II du paquet climat-énergie, fixant des objectifs climatiques européens pour la période 2013-2020, et souhaite également élargir les activités polluantes concernées par les négociations climatiques telles que l’agriculture et les transports.

La conférence de Doha devra se prononcer sur 3 points:
- la durée de la prochaine phase: 5 ans ou 8 ans;
- les objectifs contraignants de réduction des pays concernés: effort de réduction d’émissions de gaz à effet de serre de 20% et/ou cible conditionnelle d’une baisse de 30%;
- les pénalités qui détermineront la crédibilité du protocole à condition qu'elles soient mises en oeuvre, crédibles et respectées. 

Le prochain sommet de Doha qui devra préfigurer le futur accord international sur le climat. Cependant nous pouvons regretter qu'un certain nombre de questions sortent des négociations. Comme l’ouvrage publié par le collectif ATTAC, La nature n’a pas de prix (2012) l’évoque, les orientations de politiques climatiques prises au niveau international mène de plus en plus à coupler les processus écologiques et la finance de marché. Le protocole de Kyoto, par exemple, a abouti dans le cadre européen à la constitution d’un marché des droits à polluer (marché carbone européen: Emission Trading System). Ces orientations ont été prises dans les années 1990, une période que l’on peut qualifier d’euphorie financière, avant les grandes crises financières asiatiques, l’éclatement de la bulle internet, ou de la bulle immobilière, et bien avant aussi la crise financière de grande ampleur que nous connaissons aujourd'hui. Les instabilités financières contemporaines doivent nous inviter à réfléchir quant aux conditions de développement de la finance-carbone et à sa capacité à réduire les émissions globales de gaz à effet de serre. Nous ne devons pas négliger le risque de la spéculation environnementale permis par la financiarisation des politiques climatiques.

Les diplomaties des pays participants aux sommets environnementaux doivent également éviter le piège du « carbocentrisme ». Une problématique importante directement liée aux questions climatiques et énergétiques est celle également de l’épuisement des ressources minières. Le charbon, le fer, le gaz, le pétrole, l’uranium, sont des ressources épuisables. La question du nucléaire devra également être abordée. Il est également intéressant de constater à quel point la question des modes de vie et de la consommation est absente de la réflexion sur le climat. Pouvons-nous continuer à nous réunir au plus haut niveau de gouvernance sans jamais remettre en cause nos modes de vie?

La prospérite du vice: le cas de l'industrie pétrolière

samedi 11 février 2012
Depuis deux jours, un petit opus cartonne en librairie. Ce livre écrit par Thomas Porcher - le frère de l'éditeur du blog - dénonce au travers de huit controverses les pratiques indécentes des industries pétrolières. La critique pourrait affirmer à juste titre que l'industrie des énergies extractives est un enjeu diplomatique ou une rente que l'on doit maintenir au prix d'une corruption assumée par ailleurs combattue par une candidate à l'élection présidentielle de 2012. 

Les compagnies pétrolières font du profit. C'est un fait et on ne pourrait que s'en féliciter si les profits étaient liés à des gains de productivité ou à des investissements productifs. Les profits des compagnies pétrolières résultent tout simplement de la montée des cours du pétrole. Conséquence: les "majors" réalisent des profits dont les montants dépassent toutes leurs espérances. Une aubaine? Non, une honte. Ces profits n'ont pas été réinvestis dans le capital productif, ou dans la modernisation des raffineries, ni même entraîné des recettes fiscales supplémentaires dans le cas de Total. Au nom du principe de consolidation fiscale, notre fleuron industriel n'acquitte aucun impôt sur les sociétés en France. Profits par aubaine et consolidation fiscale ne sont pas des délits. Pour certains, ce sont même des éléments de stratégie d'entreprises.

Les pratiques pétrolières sont plus graves sur deux autres points. D'abord, parce que les variations des cours du pétrole ne sont pas toujours répercutés sur les prix à pompe. Quand le prix du baril augmente, les prix à la pompe augmentent immédiatement. Quand le prix du baril diminue, les prix à la pompe diminuent avec un décalage. En quelques jours, les entreprises pétrolières engrangent des dizaines de millions d'euros par ce petit jeu. Ensuite, parce que la moitié des pauvres du monde au sens de l'ONU - les individus qui vivent avec moins de 1 dollar par jour en parité de pouvoir d'achat - vivent dans un pays pétrolier. Les gouvernements sont sur ce point bien plus responsables que les compagnies pétrolières. Mais celles-ci profitent largement de leur faiblesse pour entretenir leurs marges. Le pétrole, c'est la prospérité du vice.

L'indécence précède l'essence - Enquête sur un Total scandale

Prix de l’essence: le grand cafouillage gouvernemental

mercredi 20 juillet 2011
Depuis l’annonce de Total d’une hausse de 4% des prix de l’essence, deux ministres s’opposent. D’un coté Xavier Bertrand crie haut et fort que les pétroliers répercutent plus à la hausse les cours du baril de pétrole sur l’essence qu’à la baisse ; de l’autre, Eric Besson affirme martèle, études à l’appui, que la répercussion à la baisse est aussi forte que la répercussion à la hausse.

Trois études sont régulièrement citées dans les médias français. La première, publiée en mai dernier par la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), relève que les pétroliers ne répercutent pas intégralement à la pompe la baisse des cours du pétrole brut. Alors que les prix auraient dû baisser de 6 centimes dans la première quinzaine de mai dernier, ils n’ont baissé que de 3,9 centimes dans les grandes surfaces et de 3 centimes dans les stations des grands groupes pétroliers. Elle ne concerne cependant qu’une période courte, à peine une quinzaine de jours.

Plus récemment, un article scientifique d’un groupe d’économistes de l’ESG - dont mon frère fait partie - a montré à partir de données de panel sur les vingt dernières années incluant des contrôles sur la parité euro-dollar et sur les changement de fiscalité subies par le secteur que les pétroliers répercutent plus à la hausse qu’à la baisse les prix du pétrole. Une hausse de 1% du prix du pétrole entraîne une hausse de 0,12% des prix du gazole tandis qu’une baisse de 1% des prix du pétrole ne se traduit que par une baisse de 0,07% des prix à la pompe. L’industrie pétrolière étant une industrie de « gros sous », chaque centime de marge supplémentaire rapporterait 1,4 million d'euros par jour aux pétroliers, d’où leur réticence à répercuter rapidement les baisses de prix.

Une dernière étude, commandée par Eric Besson, à la Direction générale de l’énergie et du climat, veut casser les arguments des deux études précédentes : les variations du cours du pétrole seraient répercutées sur les prix à la hausse comme à la baisse. Seulement l’étude ne concerne qu’une période de deux mois et les répercussions ne sont pas analysées au jour le jour : les pétroliers finissent donc toujours par répercuter les baisses de prix de carburants mais ils manquent de réactivité volontairement pour dégager un maximum de marge.

Comment faciliter l'accès à l'eau potable dans les pays en développement?

mardi 22 mars 2011



C'est aujourd'hui la journée mondiale de l'eau et pour fêter cela Arte diffusera ce soir à 20h30 un reportage intitulé "Les marchands de l'eau" sur la gestion de l'eau en France. Il semble que le film diffusé ce soir soit mieux connu sous le nom de "Water makes money", reportage déjà diffusé en salles de cinéma et qui a entraîné une vive polémique chez les spécialistes. Un résumé intéressant de différentes études sur le prix de l'eau peut être trouvé sur le site d'Arte.

Au-delà du cas français, il convient de rappeler qu'un milliard de personnes n'a pas accès à l'eau potable et que trois milliards ont des difficultés d'accès à l'eau potable. Depuis le début de l'année, plus de 400 000 enfants sont morts faute d'accès à l'eau potable. Les estimations des Nations Unies sont frappantes: il faut 14 à 30 milliards d'euros par an pour fournir de l'eau potable à ceux qui n'en ont pas. Le marché des changes représente 4000 milliards d'échanges journaliers. Une taxe sur ce type de transactions d'un niveau "neutre" de 0,01% permettrait de lever 146 milliards d'euros par an et donc de fournir non seulement l'eau potable quasi-immédiatement mais également de construire les réseaux nécessaires à l'acheminement futur de l'eau, système qui pourrait par la suite être exploité par des entreprises privées dès que la demande sera solvable. Le régime transitoire pourrait confier le produit de la taxe aux Nations Unies. Pour être incitatif, un tel système pourrait reposer sur une réduction (voire la suppression compte tenu des montants en jeu) de la contribution aux Nations Unies des pays qui l'appliqueraient (je m'inspire d'une suggestion de Patrick Weil sur un sujet connexe).

Pour information, la carte de la FAO sur la pénurie d'eau (la pénurie est associée au jaune et l'abondance au bleu). A noter, le manque d'eau en Chine et en Inde associé à leur développement rapide pourrait accélérer la prise de conscience.


Michael Porter: partager de la valeur

lundi 7 mars 2011
Michael Porter présente le concept de "valeur partagée" qui va plus loin que celui de "responsabilité sociale" qui allait déjà plus loin que celui de "parties prenantes" qui allait à son tour déjà plus loin que celui d'"actionnaires".


7 milliards en 2011

jeudi 13 janvier 2011
C’est une des raisons d’être optimiste en 2011 : la population mondiale va encore passer un cap. Le phénomène est si banal qu’il attire peu de commentaires. Nous avons passé les 6 milliards très récemment au début des années 2000. Mais au regard ne serait-ce du siècle écoulé, l'avancée est impressionnante: il y avait par exemple 1,5 milliard d’humains en 1900 et 3 milliards en 1960. Il est évident aujourd'hui que le progrès technologique – la médecine en premier lieu – n’a cessé d’améliorer les conditions de vie humaines.

L'impact du progrès technique sur l'accroissement démographique n’a pas toujours été évident. Le célèbre économiste Thomas Malthus prévoyait en 1798 que la population mondiale n’augmenterait que de façon arithmétique – 10, 20, 30, 40, 50, 60 – au lieu d’augmenter de façon géométrique – 5, 10, 20, 40, 80, 160 – en raison des limites de l’innovation humaine. Son résultat n’était pas dramatique, les populations ne décidant pas de s’entretuer pour les dernières ressources, mais l’autocontrôle des naissances limiterait l’expansion de la démographie humaine.

Malthus avait tort. Michael Kremer a montré que le progrès technologique augmente de façon géométrique et s’accélère même dans le temps. Ainsi, entre 1920 et 1960, la population et la richesse mondiale ont doublé ; de même entre 1800 et 1920 et de même entre 1500 et 1800. Entre 2000 et 2010, la population mondiale a augmenté d’1 milliard d’habitants, soit en valeur absolue, plus qu’entre l’an zéro et 1800.

Il y a des raisons d’espérer un monde meilleur dans les années à venir comme le souligne Tim Harford : plus la population est grande, plus nous aurons de chances de trouver une solution au changement climatique. Pourquoi? Contrairement aux tenants de l'écologie fondamentale, Harford estime que plus nous sommes nombreux et plus nous sommes innovants. Soyons optimistes, 1 milliard d'humains en plus, c'est augmenter la probabilité d'avoir des chercheurs qualifiés pour trouver une solution au réchauffement climatique.

Une année de cygnes noirs

dimanche 19 décembre 2010
Des niveaux élevés de dette publique ont entraîné une crise de légitimité de la zone euro. Alors que les marchés ont totalement perdu confiance dans la capacité de certains pays à rembourser leurs dettes, l'Union européenne et le FMI ont dû sauver la Grèce puis l'Irlande. En contrepartie de la création d'un fonds de stabilité financière, tous les pays européens se sont accordés pour réduire leurs déficits publics en mettant en oeuvre des réformes drastiques, par exemple le relèvement de l'âge de la retraite. La situation actuelle est si instable que les gouvernements européens devront probablement intervenir en faveur du Portugal puis de l'Espagne, au risque de remettre en question l'idée même de monnaie unique. Sur l'échiquier politique, les mouvements populistes pourraient bien en profiter.

Cette situation dramatique de la zone euro s'inscrit dans le cadre d'un désordre monétaire mondial mené de pair par le "G2": d'un côté, la Chine est réticente à laisser sa monnaie s'apprécier face au dollar; d'un autre côté, les Etats-Unis ont lancé un assouplissement monétaire massif qui devrait faire du dollar une "monnaie de singe". C'est une fin de siècle: la Banque centrale bénéficie de l'indépendance politique pour faire fondre les dettes qu'un gouvernement ne saurait rembourser.

Les problèmes budgétaires et monétaires mondiaux ne retirent rien à l'urgence environnementale. Alors que les Etats-Unis ont connu la plus grande catastrophe écologique de leur histoire avec la fuite de BP, nous oublions que l'économie mondiale produit chaque année l'équivalent de 5000 marées noires.

Du point de vue scientifique, le Comité Nobel a souhaité remercier des économistes du travail ayant contribué à un des plus grands sujets de notre temps: le chômage. Comment peut-on expliquer en effet qu'un cinquième de la population mondiale ne puisse trouver un emploi alors que l'économie n'a cessé de croître depuis la Seconde Guerre mondiale?

Le sujet est d'autant plus d'actualité que beaucoup de commentateurs pensent que les jeunes générations seront sacrifiées. C'est probablement le rapport au travail des plus jeunes qui devra évoluer pour que la crise économique ne dégénère pas en conflit de générations. Cela implique également que nos démocraties ne soient pas teintées d'un clientélisme qui revient toujours pendant les périodes de crise. A voir en 2011...

Une marée noire oubliée depuis trop longtemps

mercredi 15 septembre 2010

A 9 000 km au sud-est du golfe du Mexique, une marée noire permanente détruit la vie des 30 millions d’habitants du delta du Niger. Depuis 1958, plus de 13 millions de barils de pétrole, soit 2 milliards de litres, ont été déversés dans cette zone géographique. En ordre de grandeur, cela représente 10 fois la marée noire du golfe du Mexique et 40 fois l’Exxon-Valdez. C’est donc grosso modo la catastrophe de l’Exxon-Valdez qui se déroule chaque année depuis 50 ans dans le delta du Niger sans que l’opinion publique mondiale ne s’en émeuve.

Si le delta du Niger est la zone qui a connu la plus forte augmentation du nombre de barils produits en haute mer lors des vingt dernières années, les fuites en cause proviennent pour l’essentiel d’oléoducs terrestres. Le niveau de contamination n’est pas pour autant moins important que dans le golfe du Mexique : toute l’économie locale a été ruinée. Dans un rapport publié il y a tout juste un an, Amnesty International, une organisation non-gouvernementale, insiste sur les conséquences humaines de la catastrophe : l’eau et les terres étant complètement souillées, l’agriculture et la pêche – principales ressources économiques hors pétrole - sont désormais impossibles. Au final, plus d’une dizaine de droits de l’homme (droit à l’eau, à l’information, etc.) sont bafoués.

La principale compagnie en cause, Shell, se défend en évoquant l’importance du vandalisme dont elle est victime. Selon la compagnie pétrolière, 98% des fuites seraient dues à des actes de sabotage et de vol consistant à percer les oléoducs. Il est vrai que la situation du delta du Niger est exceptionnelle puisque Shell - présente dans une centaine de pays - totalise 40% de ses fuites dans cette zone. Mais compte tenu de l’âge de son réseau d’oléoducs dans la zone contaminée (40 ans en moyenne quand la durée de vie est de 25 ans), l’explication la plus vraisemblable pourrait être que le remplacement du réseau coûte plus cher que de laisser fuir un pétrole plutôt bon marché.

Pourquoi devrions-nous nous sentir responsables de la tragédie du delta du Niger ? Tout simplement parce que l’Afrique consomme 10 à 15 fois moins de pétrole par habitant que les pays du Nord. Les populations africaines payent en quelques sortes notre dépendance à l’or noir. La marée noire du delta du Niger semble par ailleurs être la plus inquiétante pour l’avenir: si les fuites de la plateforme Deepwater Horizon sont désormais réparées, les fuites du delta du Niger ont quadruplé entre 2007 et 2009. La pression médiatique pourra peut-être enfin donner l’impulsion nécessaire à la mise aux normes du réseau d’oléoducs et à l’indemnisation des populations. A l’image de la nouvelle régulation sur la sécurité des plateformes pétrolières, c’est une réflexion en profondeur qui doit être menée au niveau des institutions internationales sur les industries extractives et leur impact sur les populations locales.

5 000 marées noires

vendredi 23 juillet 2010
Cet article est la reproduction partielle d'une chronique de votre humble serviteur dans le Monde.

Le 20 avril dernier, l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon est le début d’une marée noire historique, la plus importante jamais survenue aux Etats-Unis. A elle seule, la plateforme contenait 2,6 millions de litres de pétrole et extrayait plus 1,2 millions de litres par jour. Les fuites provoquées par l’explosion laissent s’échapper tous les jours 20 000 à 40 000 barils soit 3,1 à 6,3 millions de litres. Pour le moment, 200 millions de litres de pétrole (quatre fois plus que l’Exxon-Valdez) ont été déversés dans un rayon de 320 km. Avec un tel débit, la nappe pétrolière atteindra Washington d’ici la fin de l’année. Le coût des dégats reste incertain, de 10 à 100 milliards de dollars.

La catastrophe de Deepwater Horizon révèle d’abord notre dépendance au pétrole. Face à l’épuisement des ressources pétrolières, le forage en eaux profondes (à plus de mille mètres de profondeur) s’avère être une solution de plus en plus classique : il représente 12% de la production totale de pétrole. Le golfe du Mexique est une des zones qui a connu la plus grande augmentation du forage en eaux profondes depuis les années 1990 - le nombre de barils produits a été multiplié par quarante en vingt ans - parfois au mépris du principe de précaution.

La marée noire montre ensuite la nécessité d’investir dans les énergies propres. Non pas en raison de son impact évident sur le développement environnemental et économique de la zone « contaminée », mais plutôt parce que son bilan carbone est très limité au regard de celui des industries manufacturières. Ainsi, le monde entier produit chaque année 8 milliards de tonnes de carbone, 5 000 fois plus que la composition en carbone de la combustion de 50 000 barils de pétrole. Autrement dit, nous émettons chaque année et sans aucune émotion autant de carbone que 5 000 marées noires.