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"Pour" Charlie Hebdo

vendredi 21 septembre 2012



En publiant son numéro hebdomadaire mercredi 19 septembre 2012, Charlie Hebdo a de nouveau créé la polémique en France. Quelques jours après que de violentes manifestations ont agité le monde musulman pour protester contre les outrances et les absurdités d'un mauvais film, L'innocence des musulmans, sorti aux Etats- Unis et retraçant de façon grotesque la vie du prophète de l'Islam Mahomet, le journal satirique a une fois encore cédé à la tentation en publiant des caricatures du prophète. Loin de vouloir susciter la polémique, en s'associant au navet américain, et offenser davantage la communauté musulmane dans le monde et en France, Charlie Hebdo souhaitait au contraire dénoncer la manipulation dont font l'objet des Musulmans dans le monde et  l'instrumentalisation des religions et des croyants à des fins politiques.

Comme le révèle le Canard enchaîné de mercredi 19 septembre 2012, le nanard dont il est question était en effet déjà sorti depuis plus d'un an aux Etats-Unis sans provoquer la moindre indignation, même après sa traduction en arabe le 2 juillet dernier. Il a ensuite fallu attendre septembre 2012 pour que des mouvements de protestation surgissent dans le monde musulman afin de manifester contre le film avec les malheureux excès qu'on connaît, notamment en Libye (assassinat de l'ambassadeur des Etats- Unis et de trois autres ressortissants américains le 11 septembre 2012) et en Afghanistan (explosion à l'aéroport de Kaboul le 18 septembre 2012 qui a fait  12 victimes). Il est donc vraisemblable que, tout comme pour les caricatures du journal danois Jyllands-Posten en 2006, des groupes extrémistes aient utilisé le film de série Z pour échauffer les esprits et organiser des émeutes dans le but d'accroître la pression et l'influence des religieux dans les pays majoritairement musulmans, surtout ceux dans lesquels une aspiration démocratique et laïque s'est faite jour au cours des "Printemps arabes".

En faisant à nouveau paraître des caricatures du prophète, Charlie Hebdo n'a pas cherché à offenser davantage les Musulmans de tous les pays, ni à faire le jeu d'extrémistes salafistes qui pourraient utiliser ces caricatures pour attiser encore la colère des croyants, mais à réagir à une actualité hallucinante: celle d'un film islamophobe qui provoque des manifestations sanglantes dans le monde musulman. Comme chaque semaine, Charlie Hebdo tente de faire rire avec une actualité grave, ridiculise ses protagonistes et se moque comme toujours des religions, de toutes les religions. Pour critiquer le christianisme, Charlie dessine Jésus et le pape; pour critiquer le judaïsme, des rabbins et pour dénoncer les islamistes le prophète de l'Islam Mahomet...Dans le cas qui nous intéresse, la manipulation des croyants paraît évidente: comment peut-on en effet imaginer que des individus puissent associer un film, même mauvais, au pays dans lequel il a été produit, les Etats-Unis?

Il est vrai que la représentation du prophète est proscrite dans la religion musulmane et que de tels dessins, même avec l'objectif de faire rire, vont non seulement susciter l'hostilité des islamistes  initiateurs des manifestations mais aussi des musulmans modérés qui, bien qu'hostiles aux récents débordements, sont simplement mécontents du blasphème que constitue, à leurs yeux, l'image du prophète. Aussi dénoncent-ils les excès du journal pour sa propension à moquer leurs croyances et par la même occasion à les injurier.

Reste que dans un Etat laïc et républicain comme la France, qui respecte toutes les croyances, y compris religieuses, le délit de blasphème n'existe pas: un journal ne peut pas être mis en accusation pour avoir ridiculisé un principe sacré d'une religion. En effet, la notion de sacré est totalement étrangère au droit français. La loi sur la presse du 29 juillet 1881, grande loi de la III° République, pose le fondement de la liberté de la presse et de la liberté d'expression, conformément à l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, les seules limites étant l'injure, la diffamation, l'atteinte à l'honneur ou la publication de fausses nouvelles. En aucun cas le blasphème ne figure parmi les délits de presse. Certains députés -de droite- mal inspirés et en quête de notoriété ont parfois tenté d'interdire le blasphème religieux par voie de caricature au nom de l'intégration des populations immigrées, du respect des croyances et du pacte social. Ce faisant, en plus de se déconsidérer- l'illustre député Eric Raoult n'a pas été réélu-, l'auteur de la proposition visait tout simplement à limiter les libertés publiques afin, paraît-il, de sauvegarder l'ordre public. Si cette méprisable proposition de loi n'a heureusement jamais atteint le stade de la discussion, les réactions de plusieurs personnalités politiques à la publication par Charlie Hebdo de  caricatures s'inscrivent malheureusement dans la même veine.

Si la qualification d'"acte islamophobe" par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) ne doit pas étonner parce qu'il y voit un blasphème que les croyants d'autres religions, les athées et le droit français ne reconnaissent pas,  incapable qu'il est s'inscrire dans une réflexion laïque, pourtant la seule possible en l'état du droit français, les réserves du Ministre français des Affaires étrangères semblent plus étonnantes. Laurent Fabius a en effet accusé l'hebdomadaire de jeter de l'huile sur le feu en  publiant ces caricatures dans le contexte actuel de troubles violents dans le monde musulman. On peut toutefois admettre que le Ministre des Affaires étrangères reste dans son rôle au sein du pouvoir Exécutif. Tout en affirmant défendre la liberté d'expression, il souhaite assurer la sécurité des ressortissants français dans les pays où sont organisées des manifestations. En plus de fermer les consulats et les lycées français, sa parole vise en fait à donner des gages aux responsables politiques étrangers et surtout aux intégristes: ainsi espère-t-il que la voix officielle de la France les conduira à plus de retenue, ce dont on peut douter.

C'est surtout la prise de position de l'ancien candidat à l'élection présidentielle et figure éminente du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui laisse perplexe. En jugeant "pas appropriée" la publication de caricatures dans le journal et en considérant que  celui-ci s'inscrivait dans la provocation du film islamophobe et "l'imbécilité réactionnaire du choc des civilisations", l'ancien dirigeant trotskyste semble ne pas avoir compris l'ambition de l'hebdomadaire: dénoncer les fanatismes et l'instrumentalisation de la religion et des croyants par des extrémistes, mais en aucun cas soutenir les islamophobes. On est au final surpris qu'une figure de la gauche se fasse le contempteur de la liberté d'expression: souhaite-t-il  l'instauration du délit de blasphème pour éviter toute tension? La réaction du co-président  du groupe des Verts au Parlement européen Daniel Cohn-Bendit, dont on attendait plus d'humour, surprend également lorsqu'il insulte les responsables de Charlie Hebdo. Selon lui, la provocation ne doit s'adresser qu'aux détenteurs du pouvoir: aussi conviendrait-t-il d'épargner les intégristes qui ne le détiennent pas encore...Faudra-t-il attendre que ces derniers prennent le pouvoir par la force pour que la caricature de leurs idées, de leurs croyances et de leurs postures deviennent moralement acceptables?

Tout ce débat très sérieux, dans lequel se compromettent quelques éminentes personnalités politiques -elles auront d'autres occasions, n'en doutons pas, pour se racheter-, fait oublier la chose suivante: Charlie Hebdo est un journal satirique et humoristique, dans lequel le dessin occupe une  place très importante. Face aux événements toujours tragiques de l'actualité, Charlie décide d'en parler et de prendre le parti d'en rire! Ce n'est pas toujours fin, souvent vulgaire, assez grossier, parfois méchant, toujours direct...Mais ce n'est  jamais bête et cela frappe souvent juste!

                                                                                                          aleks.stakhanov@gmail.com

Retour sur l'impôt à 75%

mardi 10 avril 2012



La proposition de campagne du candidat du parti socialiste de taxer les hauts revenus à 75% a suscité de nombreuses réactions jusque dans les tribunes des stades. Pour un débat serein, il serait nécessaire de rappeler quelques éléments éclairant cette mesure afin de dépasser la seule question de l'avenir de la Ligue 1 sans évidemment nier l’impact que cela pourrait avoir sur le niveau du championnat.

Pour rappel, le barème d'imposition est actuellement le suivant.

Barème impôt 2012
TRANCHE DE REVENUS 2011
TAUX D’IMPOSITION 2012
Revenus jusqu'à 5 963 euros:
0 %
De 5963 à 11 896 euros:
5,5 %
De 11 896 à 26 420 euros:
14 %
De 26 420 à 70 830 euros:
30 %
Plus de 70 830 euros:
41 %

Ce barème est progressif par tranche de revenus. Condorcet définit l'impôt progressif dès la fin du XVIIIème siècle comme « l'impôt qui augmente plus que proportionnellement que la valeur imposée ». Il légitime un tel impôt par le fait qu'il serait insoutenable de taxer les revenus « dans lesquels on comprend tous les moyens de subsister », c'est donc sur « l'excédent seul qu'il doit être placé».

De plus, et là est l'originalité de Condorcet, pour lui les riches sont également les premiers à profiter des dépenses publiques. La construction des routes au XVIIIème siècle favorisa largement les affaires privées et les déplacements des plus riches comme aujourd'hui, le financement public des aéroports et des ports de commerce permet d’alimenter les profits des détenteurs de capital. Ces dépenses effectuées en vérité au nom de l'intérêt général mais dont il résulte des jouissances particulières pour les plus aisés rend l'impôt progressif conforme à la justice.

Si les écrits de Condorcet sont déjà anciens, l'idée de progressivité de l'impôt ne finira à s'imposer en France qu'avec les réformes Caillaux de 1914 et 1917 dans le contexte de la première guerre mondiale. Au départ dans l'optique de lever des fonds supplémentaires pour l'effort de guerre, l'impôt progressif s'avère également un outil efficace de lutte contre les inégalités.

Les travaux récents de Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez ont à ce sujet démontré que l'impôt sur le revenu dans l'état actuel des choses était faiblement progressif. Pour eux le système fiscal français est régressif lorsque l’on considère les taux moyens d’imposition des ménages. Si cette étude n'est pas exempte de critique, une réforme de l'impôt sur le revenu est souhaitable afin de gagner en lisibilité mais également dans le but de rendre plus juste cet impôt.

Face à la nécessité de rééquilibrer les finances publiques, les solutions miracles ne sont pas légions. Il faut soit augmenter les recettes publiques, soit diminuer les dépenses publiques. Si comme je le pense contraindre les dépenses publiques n'est pas souhaitable à court terme, alors l'Etat doit trouver de nouvelles ressources, là où la taxation doit être le moins distorsive possible.

Où trouver ces ressources supplémentaires?

Il est possible, comme le Président actuel l'a décidé de faire peser cette charge à l'ensemble des français, en taxant plus nos consommations finales à travers l'augmentation de la TVA de 19,6% à 21,2% à partir du 1er octobre 2012. Cette mesure a l'avantage pour l'Etat de faire rentrer près de 10 milliards d'euros de recettes supplémentaires par an. Cette taxe a le mérite de pouvoir facilement lever des fonds et d’être transparente. En revanche, elle pèse plus sur la consommation des bas revenus qui ont une propension à consommer plus forte...Elle fera augmenter le taux moyen d’imposition sur les bas revenus.

François Hollande, de son côté, veut faire peser une partie de la charge de la dette sur les plus hauts revenus avec un taux marginal à 75% au seuil d’un million d’euros par an. 10 000 français seraient concernés par cette nouvelle tranche d'imposition.

Si comme Christophe Jallet (joueur du PSG monté au créneau dans les médias contre cette proposition) votre revenu mensuel s'élève à 100 000 euros, alors votre taux moyen d'imposition sur le revenu passerait de 27,7% à 33,3%. En volume, l'augmentation d'impôt pour un contribuable ayant un revenu brut annuel de 1 200 000 euros, s’élèverait à environ 65 000 euros supplémentaires suite à l'augmentation du taux marginal d'imposition.

Quel impact sur les inégalités?

Les inégalités de revenu se sont réduites tout au long du XXème siècle. Les 10% des plus haut revenu en 1900 représentent près de 45% du revenu total contre 34% aujourd'hui. A la sortie de la seconde guerre mondiale, l'écart inter-décile entre les 10% les plus aisés et les 10 % les plus pauvres, est de 1 à 9. En 2000, cet écart est de 3,2.

Loin des inégalités du XIXème siècle, nous observons depuis 10 ans la fin du recul des inégalités économiques. Camille Landais considère d'ailleurs que nous avons retrouvé le rythme de croissance des inégalités de la fin du XIXème siècle. L'écart inter-décile s'est remis à croître. Les inégalités tendent à s'accroître par le haut de la distribution des revenus. Entre 2004 à 2008, les 0,01% les plus riches ont vu leur revenu annuel s’accroître de 180 000 euros. Sur la même période, la France a vu le nombre de personnes franchir le seuil de pauvreté augmenter pour la première fois depuis longtemps, passant la barre des 8 millions de pauvres. Tendre vers une fiscalité plus redistributive semble nécessaire aujourd'hui pour endiguer la dynamique des inégalités.

Que faut-il en conclure ?

Ainsi, un tel barème sur l'impôt permettrait de limiter les inégalités résultant des très hauts revenus. Cependant pour réduire le spectre des inégalités, il faudrait que cette augmentation de l'impôt des 0,02% des plus riches s'accompagne d'une diminution ou d’une stabilisation du taux d'imposition des 99,98% restant. Le contexte actuel ne semble pas propice à une telle décision.

Au niveau moral, il présente l'avantage de ne pas faire supporter aux personnes ayant les revenus les plus fragiles le poids de la dette publique. L'enjeu est également de limiter l'ampleur des revenus les plus indécents au regard de ceux du reste de la population. A titre d’exemple, les patrons du CAC 40 ont une rémunération annuelle moyenne de 2 millions d'euros soit environ 150 SMIC. Aucun talent particulier ne semble justifier de tels écarts. Une juste répartition des revenus est un facteur de cohésion sociale à ne pas négliger. Le PS propose ainsi d’encadrer de 1 à 20 la carte des salaires dans les entreprises publiques comme le souhaitait JP Morgan.

Enfin, face à ce nouveau barème, il faut s'attendre à des réactions comportementales complexes à anticiper. En théorie, les individus concernés pourraient en effet décider de quitter le pays, ou encore d'ajuster leur temps de travail afin de ne pas être imposés plus, ce qui diminue en retour les recettes fiscales totales. En réalité, la fuite devant l’impôt serait encore limitée et l’incitation au travail ne joue que sur les bas revenus.

Si François Hollande est élu, il n’est donc pas sûr que les joueurs du PSG jouent mieux pour avoir des primes de résultats comblant la diminution de leur revenu suite à l’augmentation des impôts. Cela pourrait même faire l'objet d'un prochain post. 

Grèce dans la zone euro: son maintien exige un changement de mentalités des politiques

vendredi 11 novembre 2011
Sans changement d'idéologie politique de la part des gouvernements européens, la Grèce est inéluctablement condamnée à sortir de la zone euro. Plus la sortie sera retardée, plus elle sera douloureuse.

Nul ne doute que la situation grecque est problématique : la dégradation de la santé financière de la Grèce ne peut trouver de solutions que par une diminution des dépenses publiques et une augmentation des exportations. En effet, la diminution de l’activité et les plans d’austérité ont complètement déprimé la demande interne, réduisant également les recettes fiscales.

Il y a trois solutions possibles au problème grec:
  • soit on diminue les prix et les salaires brutalement de 30%,
  • soit on efface ou on crée un consortium de remboursement de la dette grecque, ce qui permet d’éviter l’austérité,
  • soit on fait sortir la Grèce de la zone euro pour que celle-ci puisse dévaluer sa monnaie et réduire son déficit commercial, la Grèce exportant essentiellement vers d’autres pays de la zone euro.
Les dévaluations internes ont rarement été des succès puisqu’elles consistent souvent à défendre l’indéfendable : il s'agit de réduire les salaires et les prix de façon brutale. Depuis son entrée dans la zone euro, la Grèce a bénéficié d’une croissance soutenue par les nouvelles capacités d’emprunts que lui offrait la monnaie unique et a connu une augmentation rapide de ses coûts et de ses prix qui ont convergé vers les pays du centre de la zone euro. Une dévaluation interne consisterait donc à réaligner les coûts et les prix de la Grèce vers leurs niveaux réels c'est-à-dire leur niveau si la Grèce n’avait pas été dans la zone euro.

Deux pays de la périphérie de la zone euro y ont pourtant eu recours. La Lettonie a mené dès 2009 une diminution des salaires et des prix, contractant ainsi son PIB de 20% et connaissant une envolée du taux de chômage à 20%. L’Irlande a contracté sa demande intérieure de 15% par des réductions de salaire tout en refusant d’augmenter ses taux extrêmement bas d’impositions sur les sociétés. Sa compétitivité a été rétablie par la chute des importations. Ces pays ont toutefois un sens politique qui les pousse à accepter la dévaluation interne plutôt que toute autre solution. Côté letton, la volonté d’entrer dans la zone euro réside dans la nécessité d’une protection contre l’ennemi russe. Côté irlandais, la méfiance envers une ingérence de l’Europe les incite à s’automutiler pour maintenir des taux d’imposition bas.

La Grèce est en revanche dans une situation différente. La défiance envers les politiques est plus forte. Les syndicats du secteur public ont un grand pouvoir de nuisance et de blocage et ont combattu la réforme par des grèves et des manifestations qui ont retardé la levée de l’impôt. La sortie retardée et impromptue de la Grèce pourrait avoir des conséquences plus dramatiques que sa sortie programmée après le vote du référendum du 4 décembre 2011. Le risque actuel est tout simplement de voir le pays basculer dans la guerre civile. Si l’objectif est de satisfaire les marchés financiers, on se demande alors quelle pourrait être la réaction des agences de notation et l’évolution de l’euro…

La situation idéale, qui est laissée de côté par l'Europe, est d'effacer la totalité de la dette grecque. Il faut que les mesures d'austérité puissent être prises sans la contrainte du remboursement des intérêts de la dette et que la dépense publique soit assez forte pour financer la relance économique. L'autre solution est de monétiser les dettes de la Grèce : en finançant directement la dette par la Banque centrale européenne, on évite tout risque de défaut. Ces deux solutions sont, pour le moment, écartées : la lecture de la crise consiste toujours pour les pays européens à un conte moralisateur dans lequel les États non respectueux de règles budgétaires et de bon sens doivent payer... au risque de faire sombrer la zone euro dans son ensemble.

Crise de la zone euro: le suicide économique européen est reporté à plus tard

jeudi 27 octobre 2011
Cette semaine, les dirigeants européens auront encore une fois tout fait pour gagner du temps. A ce jeu, les pays européens ne sont pas les plus mauvais. En maintenant la Grèce artificiellement en vie, les dirigeants européens se sont protégés de la récession violente qui toucherait le continent et le monde en cas de faillite de l’Espagne ou de l’Italie. Les sommets européens et du G20 reposent essentiellement sur deux questions : quelles mesures nous permettront de repousser au plus loin le risque de désintégration ou de récession européenne ? Combien de temps peut-on gagner selon chaque mesure?
 
 
La priorité européenne : gagner du temps

Pour l’instant, les trois priorités du sommet européen sont les suivantes : la recapitalisation des banques nationales privées, l’élargissement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et la restructuration de la dette grecque.
 
 
La recapitalisation des banques est acquise : les réserves des banques seront relevées à 9% de leurs fonds propres, ce qui les obligent soit à augmenter leur capital, soit à réduire les prêts accordés ou leur masse salariale. La première solution est évidemment la privilégiée. Toutefois, c’est la solution nationale qui est privilégiée : en clair, chaque Etat négocie directement avec ses banques pour trouver les moyens d’une recapitalisation publique ou privée. Il faudrait probablement recapitaliser les banques les plus importantes à l’échelle européenne et celles de pays qui risquent l’insolvabilité par une aide directe du FESF : toute extension du FESF serait alors mieux acceptée par les parlements nationaux qui pensent ne pas profiter directement de sa manne financière. L'augmentation de la puissance de feu du FESF a bien été garantie hier mais son financement n'est toujours pas garanti la Banque centrale européenne (BCE), aurait alors toute sa logique mais les pays européens sont soucieux de garder l’indépendance de la BCE.

Le dernier dossier est la restructuration d’une partie de la dette grecque: environ 50% de la dette détenue par le secteur privé (on laisse de côté la dette détenue par le FMI, le FESF ou la BCE) sera effacée. La coupe concernerait environ 100 milliards d’euros qui seraient partagés avec le secteur privé. Les modalités ont été négociées cette nuit: les banques effaceront 50% de la dette grecque de leurs actifs en échange de garanties de financement.

Combien de temps peut-on espérer gagner ?
Dans les couloirs européens, on estime que l’on gagnera avec ces mesures tout au plus douze mois. Il n’est donc pas impossible que la Grèce abandonne volontairement ou sous la contrainte la zone euro au premier semestre de l’année 2012.

L’effet pour la Grèce ne serait pas forcément négatif....Lire la suite sur le nouvelobs.com

Prix Nobel d'économie: l'apport de Sargent et Sims

lundi 10 octobre 2011

Le prix Alfred Nobel de la Banque de Suède a été remis à Thomas Sargent et Christopher Sims pour leurs travaux sur la causalité en macroéconomie.

Sargent est connu pour ses travaux sur la politique monétaire qu'il a menés avec Neil Wallace dans les années 1970 et 1980. Les deux auteurs montrent l'importance d'une politique budgétaire soutenable comme préalable à la mise en place d'une politique monétaire crédible. En effet, la lutte contre l'inflation peut entraîner une contraction de la croissance économique et donc mener à une hausse des déficits publics pour soutenir l'activité et in fine un accroissement de l'endettement public. Face à l'augmentation de l'endettement, la Banque centrale va alors "monétiser" les dettes publiques, c'est-à-dire financer directement l'endettement public, au prix d'un regain d'inflation. C'est la "déplaisante arithmétique monétariste": la lutte contre l'inflation entraîne une augmentation de la dette publique si la politique budgétaire n'est pas saine et finalement à un regain d'inflation pour diminuer la dette en volume. Toute politique de lutte contre l'inflation n'est alors crédible que si la politique budgétaire est soutenable à long terme et que les banquiers centraux ont les mains liées, c'est-à-dire qu'ils s'imposent de résister aux sirènes du financement direct de la dette publique. L'analyse de Sargent et Wallace est donc définitive pour comprendre la gouvernance des banques centrales des pays industrialisés et les règlessur les déficits publics imposées par les traités, notamment les traités européens.

Sargent est également un de ceux qui a développé les anticipations rationnelles avec Robert Lucas, lauréat du Nobel d'économie en 1995, selon lesquelles les agents économiques utilisent l'information à leur disposition pour prendre en compte des décisions rationnelles. La modélisation de telles anticipations avait été utilisée pour évaluer la politique économique de la Fed sur le long terme.

De son côté Sims est connu pour avoir développé les modèles empiriques de type VAR qui sont des modèles auto-régressifs utilisés frequemment en macroéconomie ou dans l'analyse de séries temporelles. Ces modèles permettent de modéliser les liens dynamiques qui existent entre plusieurs variables du modèle. Il s'agit essentiellement de capturer les interdépendances qui existent entre les valeurs passée et présente d'une même variable et les interactions qui existent entre ces mêmes valeurs et les autres variables du modèle. On purge ainsi les effets purement conjoncturels et les tendances incertaines pour avoir une approximation du lien causal qui existe entre les variables du modèle.

Le prix Nobel a encore une fois cette année suivi l'actualité de la crise économique pour récompenser des économistes qui ont travaillé sur des modèles macroéconomiques faisant le lien entre politique monétaire et politique budgétaire. Comme les éconoclastes, je regrette que Robert Barro et Alberto Alesina dont l'apport pour la compréhension de la croissance (mais également pour les anticipations rationnelles et le lien entre politique monétaire et chômage pour Barro) ne soient toujours pas récompensés. Leur tour viendra peut-être au moment de la reprise mondiale. Le problème est que la macroéconomie dure à la Barro a déjà eu son lot de Nobel: de Sargent à Kydland et Prescott en passant par Lucas.

Pour beaucoup d'économistes, William Nordhaus est également un candidat qui devrait être nobélisé dans les prochaines années. Son manuel d'économie écrit avec Paul Samuelson est une référence et ses multiples articles sur le changement climatique et son impact sur la croissance économique de long-terme sont parmi les plus diffusés. Il a également été un des premiers économistes à pointer l'insuffisance du PIB comme indicateur du bien-être. Nul ne doute que l'urgence climatique remettra sur le devant de la scène la nécessité d'une croissance durable, ce qui pourrait assurer un Nobel à ce francophile qui a fait une partie de ses études à Sciences Po.

Dans un autre genre, Robert Shiller et Douglas Diamond méritent un Nobel pour leur compréhension du fonctionnement des marchés financiers: Shiller, via une explication psychologique des anticipations sur les marchés financiers; Diamond par la modélisation des crises de liquidité. Robert Shiller devrait être à coup sûr un des prochains Nobel.

Alvin Roth, un économiste que j'ai déjà mis à l'honneur, pourrait également recevoir le Nobel pour ses travaux sur le design et le fonctionnement des marchés. La John Bates Clark Medal attribuée plus tôt cette année à Jonathan Levin pour sa compréhension des marchés et des enchères a mis Roth au top des nobélisables: une prédiction qui n'aura pas eu lieu.

Du côté français, on attend avec impatience la réception du prix par Jean Tirole pour ses travaux sur l'organisation industrielle, les contrats et plus généralement l'asymétrie d'information, les incitations mais également la formation des bulles financières et l'économie du changement climatique. Emmanuel Saez, pour ses travaux sur les systèmes de taxation et les inégalités, et Esther Duflo, pour ses travaux sur les politiques de développement et son apport à la science économique par l'expansion des expériences naturelles, feront également d'ici une quinzaine d'années de bons nobélisables.

Peine de mort et taux de criminalité

mercredi 21 septembre 2011
La peine de mort n'a aucun impact sur le taux de criminalité pour une raison simple: il y a trop peu d'exécutions et pour des motifs trop particuliers pour que cela dissuade quiconque de commettre un crime. Aux Etats-Unis, la probabilité d'être exécuté pour les personnes qui sont dans le couloir de la mort est de 2% chaque jour de la détention. Levitt note avec amusement que cette probabilité est trois fois inférieure à celle d'un dealer de crack de Chicago. Ce qui est sûr en revanche, c'est que les pays qui pratiquent la mort pénale ont plus de chances d'être soumis à des erreurs de condamnation.

Je vous laisse donc vous faire votre propre opinion à partir des cartes du taux d'homicide (plus c'est foncé, plus il y a d'homicides par habitant)...



... et de la pratique de la peine de mort (en vert, la peine de mort est abolie; en rouge, elle est pratiquée; en orange, elle n'est pas abolie mais non pratiquée; en bleu, elle est pratiquée dans des cas spéciaux).



Ou de regarder aux Etats-Unis le taux d'homicides pour 100 000 habitants selon que l'Etat pratique (en vert clair) ou non la peine de mort (vert foncé):



Polémique autour des programmes de sciences au lycée: une attaque politique contre l'école républicaine

jeudi 1 septembre 2011






Les lettres des députés de la droite populaire dénonçant le contenu des manuels scolaires de SVT en classe de première relancent malheureusement le débat sur les règles qui doivent prévaloir dans  l'élaboration d'un programme scolaire dans le cadre d'un état républicain, laïc et démocratique. Que serait un  Etat (et son école) où les contenus d'enseignement seraient dictés par des organisations religieuses, politiques, patronales ou syndicales?  

Le nouveau programme de Science en classe de premières ES et L consacre une partie aux sciences de la vie et de la terre et une partie à la physique-chimie. L'un des enjeux de ce programme est de faire acquérir aux élèves une culture scientifique et notamment « d'appréhender des enjeux de la science en lien avec des questions de société comme le développement durable et la santé, en portant un regard critique afin d'agir en citoyen responsable ». Ce cours de science permet aux élèves d'étudier le système optique et la formation des images, la chimie de la perception, l'agroalimentaire et les enjeux de la durabilité, les genres et la sexualité, et également les besoins énergétiques.



La vindicte des conservateurs contre ce nouveau programme trouve son origine semble-t-il par la présence du thème d'étude suivant: masculin/féminin. Je reproduis ci-dessous l'ensemble du préambule à ce thème du programme officiel paru le 30 septembre 2010, afin que chacun puisse juger du contenu de ce programme et de ses objectifs officiels que je fais arbitrairement figuré en gras :

 
« La prise en charge de façon responsable de sa vie sexuelle par ce futur adulte rend nécessaire de parfaire une éducation à la sexualité qui a commencé au collège. Ce thème vise à fournir à l'élève des connaissances scientifiques clairement établies, qui ne laissent de place ni aux informations erronées sur le fonctionnement de son corps ni aux préjugés. Ce sera également l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée.

A l'issue de cet enseignement l'élève devrait être capable d’expliquer :
–      à un niveau simple, par des mécanismes hormonaux, les méthodes permettant de choisir le moment de procréer ou d'aider un couple stérile à avoir un enfant ;
–      comment un comportement individuel raisonné permet de limiter les risques de contamination et de propagation des infections sexuellement transmissibles (IST) ;
–      le déterminisme génétique et hormonal du sexe biologique, et de différencier ainsi identité et orientation sexuelles ;
–      que l’activité sexuelle chez l’Homme repose en partie sur des phénomènes biologiques, en particulier l’activation du système de récompense. »

Les 80 députés UMP signataires dont Bernard Debré, Lionnel Luca et Christian Vanneste relaient à travers ce document les craintes de l'église catholique qui juge non scientifique la « théorie du genre ». Dans un article du 23 mai 2011 publié sur le site chretiente.info, on peut y lire que les nouveaux programmes de SVT constituent « un déferlement d’idéologie et même – parce qu’il s’agit en réalité d’incitation à la débauche – de pornographie ». Chacun est libre de juger si l'éducation à la santé, comme elle est présentée ici, contient un quelconque caractère pornographique.

Dans cet article, Jeanne Smits, directeur du quotidien Présent, met clairement en garde les élus de  la majorité, qui sont pour elle responsable de tels programmes, d'un désaveu d'une partie de l'électorat traditionnel de droite lors des prochaines échéances électorales. La réaction politique des parlementaires de droite a logiquement suivi, dans le but de ne pas abandonner cette frange « traditionnaliste » de l'électorat UMP, de peur qu'ils ne trouvent réconfort auprès d'une femme, grande, blonde, au phrasé paternel réconfortant (ou effrayant, c'est selon) situé un peu plus à droite encore de l'UMP.

Cette opposition au programme de science en classe de première trouve même un soutien de poids en la personne de Bernard Accoyer. Dans un entretien diffusé sur Europe 1, Bernard Accoyer, a estimé qu'il fallait « rester sur les vérités scientifiques et se garder lorsqu'on est dans des livres de sciences de dériver sur des questions de société ». Ainsi on notera, au passage, que pour le Président de l’Assemblée Nationale, les questions de société, ne peuvent donner lieu à des études scientifiques. Il s'agit là d'une vision bien restrictive des sciences mais fidèle à la tradition conservatrice, qui voit d'un mauvais œil que l'on puisse analyser de manière rationnelle la réalité sociale dans le but de l'expliquer et de la comprendre.

Le parallèle avec les débats sur l'enseignement de sciences économiques et sociales peut être fait, où il y a peu encore, certaines organisations du monde patronal notamment n’ont pas hésité à remettre en cause la légitimité des SES. Michel Pébereau, président de BNP Paribas, appelait à revoir l'enseignement de science économiques et sociales au lycée qui ne présentait pas assez à son goût les bienfaits de « l'entreprise » dans l'économie.

Ces exemples montrent qu'il peut exister des tensions fortes entre le projet de l'enseignement et ses enjeux politiques. La réforme des programmes scolaires se caractérise par une véritable ingérence du politique (et du religieux). Comme nous l'avions évoqué avec un autre observateur des idées, Simon Porcher, dans une note réalisée pourTerra Nova, les programmes scolaires sont placés dans une position délicate, entre science et politique. Dans le cadre de l'école publique laïque, pour préserver une certaine neutralité éducative, les savoirs scolaires ne doivent être enseignés qu'au nom de leur validité scientifique et de leur accessibilité pédagogique et non dans une optique politique.

Les programmes scolaires sont le fruit d'un long processus, ayant pour point de départ une lettre de cadrage du ministre, passant ensuite par une phase d'écriture, de discussion et de concertation menée principalement par un groupe d'experts (universitaires, inspecteurs, formateurs, enseignants, sélectionnés pour leur compétences disciplinaires, didactiques et pédagogiques) puis sont soumis au vote du conseil supérieur de l'éducation (CSE) qui émet ainsi un avis consultatif avant validation du ministre de l’éducation.

C'est le respect de ce processus qui doit permettre de protéger notre école des diverses attaques et manœuvres politiciennes. Ainsi, les contenus enseignés doivent en premier lieu être validés dans les champs de recherche de référence afin de les mettre à l'abri des manipulations et controverses politiques et médiatiques. C'est bien le cas pour la « théorie du genre », comme l'a notamment rappelé le 20 juillet 2011, le ministre en charge Luc Chatel, en expliquant que les programmes étaient bien « conformes à l’état actuel des connaissances scientifiques en biologie» et qu’ils «prônent un respect de chacun, conformément aux valeurs de la République».   

Le rôle de l'école est de transmettre des savoirs, afin de permettre l'émancipation des individus. S'opposer à la transmission des savoirs, comme le font ces députés de l'UMP, c'est en définitive s'opposer à cette émancipation. L'école républicaine est et doit rester émancipatrice, c'est dans ce but que les sciences y sont mobilisées et enseignées.

La règle d’or des finances publiques: une idée trop simple pour être efficace

mardi 23 août 2011

Alors que la crise financière se poursuit avec désormais des interrogations sur la soutenabilité des dettes publiques nationales comme l’attestent la crise grecque et la dégradation de la note financière des Etats-Unis par Standard and Poor’s, le Gouvernement français propose l’instauration d’une « règle d’or » des finances publiques. Il s’agit d’inscrire dans la constitution, norme juridique supérieure en droit français, l’impossibilité de s’endetter. Une telle mesure aurait pour vertu, en limitant le déficit et l’endettement des Etats, de rassurer les marchés financiers et de garantir un endettement soutenable à moyen et long terme. Autant le dire de façon directe, le projet de loi constitutionnelle relatif à l’équilibre des finances publiques adopté en dernière lecture le 13 juillet 2011 donnera bonne conscience au Gouvernement et à ceux qui le voteront mais ne servira absolument à rien.
 
 
Un projet de loi qui se trompe sur la nature de la crise financière et économique
 
 
Le projet de loi, qui doit encore être approuvé par référendum ou par le Parlement réuni en Congrès, constitue une erreur d’analyse sur la nature de la crise actuelle. Si en effet, la bonne gestion des deniers publics et un déficit soutenable sont des objectifs pertinents, l’Exécutif fait de l’endettement des Etats la cause première de l’actuelle crise financière et économique mondiale. Pourtant, la crise de 2008 est née sur les marchés financiers et vient de l’incapacité des acteurs financiers à analyser le risque de produits toujours plus complexes. Si l’endettement des Etats était déjà élevé en 2008 (66 % pour la France par exemple), le fort accroissement de la dette depuis deux ans (82,3 % du PIB soit 1 600 milliards d’euros) vient principalement des plans de relance et de sauvetage des institutions financières et surtout du fort ralentissement économique consécutif à la crise financière : les recettes de l’Etat se sont ainsi fortement contractées puisque de 286 milliards d’euros en 2008, elles ont diminué de 33 milliards d’euros en 2009 (253 milliards d’euros de recettes) pour remonter à 266 milliards d’euros, somme inférieure à l’exercice 2008. L’endettement des Etats depuis 2008 a plutôt joué un rôle stabilisant puisqu’il a contribué à limiter la récession et à relancer l’activité.
 
 
L’endettement des Etats est la conséquence de choix politiques délibérés
 
 
L’endettement des Etats est le résultat de dépenses publiques supérieures aux recettes. Sur ce point, on peut dire que le Président Sarkozy a délibérément pris le parti d’augmenter la dette, lui qui a réduit les impôts, notamment en faveur des plus riches avec le bouclier fiscal - créé par Dominique de Villepin mais renforcé sous sa présidence - et qui a multiplié les cadeaux en faveur de sa clientèle politique – avec une honteuse TVA à 5,5 % dans la restauration sans contrepartie. Le fait que celui-même qui a augmenté l’endettement public de la France dans des proportions considérables soit le promoteur d’une règle d’or visant à limiter le déficit et l’endettement apparaît tragiquement ironique. Il faut dire que l’endettement de l’Etat est un choix délibéré : il s’agit en fait de supprimer services publics et politiques sociales en le justifiant par le niveau excessif de l’endettement. Tout est fait pour creuser les déficits par la diminution des impôts afin remettre en cause l’Etat- providence et réduire le périmètre des services publics.
 

Une règle d’or qui réduira encore les pouvoirs du Parlement
 
 
Souvent cités en exemple pour justifier la règle d’or proposée en France, l’Allemagne et le Royaume-Uni n’ont pas non plus des comptes publics équilibrés. Au Royaume-Uni, il est possible de s’endetter pour investir, le niveau des déficits étant défini sur un cycle économique. En Allemagne également, il est possible de s’endetter pour investir en cas de circonstances exceptionnelles. Toutefois, la révision constitutionnelle du 12 juin 2009 limite à partir de 2016 l’endettement à 0,35 % du PIB, si bien qu’une partie seulement des investissements pourra être financée par l’emprunt. Définie ainsi, une telle règle d’or apparaît contestable au regard des pouvoirs traditionnels des Parlements qui se sont imposés en Europe face à l’Exécutif par leur capacité à voter l’impôt et le budget de l’Etat. Définir une règle d’or revient alors à réduire encore les prérogatives des Parlements et il est paradoxal de voir l’Assemblée nationale et le Sénat voter pour une loi constitutionnelle qui restreindra encore un peu plus leurs prérogatives au profit de l’Exécutif.
 
 
Le projet de loi constitutionnelle n’est pas de nature à éviter tout déficit
 
 
Quand bien même le Gouvernement souhaiterait instaurer une règle, de valeur constitutionnelle, pour lutter contre les déficits, le projet de loi constitutionnelle voté le 13 juillet 2011 ne le garantirait pas. Celui-ci créé en effet, dans son article 1er, des lois-cadres d’équilibre des finances publiques fixant pour trois ans au moins le cadre d’évolution des finances publiques dont l’objectif est l’équilibre. Le dispositif a le mérite de la souplesse puisqu’il offre la possibilité de rechercher l’équilibre sur la durée d’un cycle économique et non pas sur un seul exercice budgétaire.
 
 
Le problème reste que, si les données macroéconomiques indiquées dans ces lois-cadres ne sont pas sincères -ou bien erronées, les lois de finances, qui devront respecter les dispositions des lois cadres, ne le seront pas non plus et ne permettront aucunement d’assurer l’équilibre entre recettes et dépenses. L’existence de « lois de programmation des finances publiques », qui fixent pour trois ans l’évolution des déficits et de la dette, atteste qu’il ne suffit pas de voter une loi pour atteindre ses objectifs en matière de déficit et d’endettement puisqu’elles n’ont jamais été respectées.
 
 
Le Conseil constitutionnel, chargé par l’article 10 de vérifier de la conformité des lois de finances et de financement de la sécurité sociale aux nouvelles lois-cadres,  ne pourra sanctionner ni la non- sincérité des lois de finances ni le fait qu’elles se fondent sur des prévisions macroéconomiques erronées ou dépassées : il ne pourra que statuer sur la conformité des lois de finances aux lois-cadres mais non sur le fond à savoir les hypothèses macroéconomiques sous-jacentes inscrites dans les lois cadres. Son contrôle sera donc purement formel et si le Gouvernement, appuyé sur une majorité docile, veut retenir dans les lois-cadres des projections économiques irréalistes, il en conserve la possibilité.

Un projet de loi purement formel
 
 
Le projet de loi constitutionnelle pèche surtout par son caractère formel. Dans la logique des promoteurs de la règle d’or, tout semble dépendre de la loi de finances initiale et des équilibres qu’elle définit mais non pas de l’exécution du budget. Or en matière de finances publiques, il existe un décalage entre la loi de finances initiale, c’est-à-dire les prévisions de dépenses et de recettes, et ce qui a été réellement réalisé et que retrace la loi de règlement. C’est l’écart constant entre les prévisions indiquées dans la loi de finances initiale et les résultats inscrits dans la loi de règlement qu’il conviendrait d’analyser : il est souvent dû à des hypothèses macroéconomiques beaucoup trop optimistes et à une gestion inefficiente de l’argent public. Soyons clair, le projet de loi constitutionnelle n’y changera rien.
 

La loi organique relative aux lois de finances de 2005 visait à rehausser le rôle de la loi de règlement pour donner au Parlement un plus grand pouvoir de contrôle sur l’exécution des lois de finances. Six ans après son entrée en vigueur, on peut constater que le Parlement n’a pas utilisé son pouvoir de contrôle sur le Gouvernement, le débat parlementaire relatif à la loi de règlement restant avant tout confidentiel.

Un principe de sincérité des lois de finances qu’il convient de renforcer
 
 
La question de la sincérité des projections macroéconomiques dans les lois de finances reste une question centrale Les lois de finances sont en effet construites autour d’hypothèses de croissance. Si la croissance est inférieure aux estimations, le déficit sera plus important que prévu en raison des moindres recettes fiscales, alors qu’une croissance supérieure aux prévisions permet de dégager des marges de manœuvre.

Une solution permettant de renforcer la sincérité des lois de finances consisterait à obliger l’Exécutif à retenir des hypothèses macroéconomiques définies par un organisme indépendant. Ainsi auraient-elles plus de chances d’être sincères. Le Parlement pourrait également être associé à la définition des hypothèses macroéconomiques et même à la rédaction du projet de lois de finances, laquelle reste une prérogative de l’Exécutif. Une telle solution aurait pour mérite de renforcer considérablement les pouvoirs du Parlement. Des mécanismes d’alerte dans l’exécution des lois de finances pourraient aussi être définis et contraindre les pouvoirs publics à prendre des mesures de redressement en cas de dépassement des objectifs.

La règle d’or voulue par le Président Sarkozy ne permettra pas de lutter contre les déficits publics et apparaît surtout comme un outil de communication à destination des marchés financiers et des électeurs à qui l’on veut faire croire qu’une simple loi, fut-elle constitutionnelle, modifierait la façon dont l’argent public est géré. Surtout, elle dispense la classe politique de toute réflexion sur l’intérêt économique de la dette et de son utilité pour financer des dépenses d’intérêt général et d’investissement. En outre, elle contribue à affaiblir un Parlement qui semble toujours peu enclin à exercer les prérogatives qu’il tient de la constitution.

Quelques propos "solidaires": réponse à Wauquiez, Copé et Daubresse

mercredi 8 juin 2011







Laisser les pauvres dans la mendicité ou aider et encadrer les populations les plus pauvres tel semble être le débat que relance Laurent Wauquiez en formulant, sur BFMTV le 8 mai 2011 une attaque en règle contre le système français organisant les solidarités. Il émet le souhait de plafonner le cumul des prestations sociales, afin de réduire ce qu'il nomme les "dérives de l’assistanat", qu'il qualifie de « cancers de la société française ». Au delà du débat sémantique (solidarité ou assistanat) et du poids des mots stigmatisant (« cancer ») utilisés par l'animateur de la droite sociale (sic), étudions les dires de ce ministre de la République, avant de nous intéresser aux systèmes de solidarité en France et aux diverses pistes existantes pour l'améliorer dans une optique progressiste.

RSA et contre-vérités ou la nécessité d'arguments rationnels dans l'espace public

Depuis le 1er juin 2009, la lutte contre la pauvreté s'organise en France métropolitiane autour du Revenu de Solidiarité Active (RSA). Le RSA a pour objectif déclarer de lutter contre l'exclusion, de compléter les revenus des travailleurs « pauvres », d'encourager l'activité professionnelle et de simplifier le système des minimas sociaux. C'est ce dispositif qui est notamment montré du doigt. Laurent Wauquiez utilise l'exemple d'un couple au RSA cumulant les divers systèmes d'aides (aides au logement, allocations familiales, couverture maladie universelle) gagnant plus (environ 1200euros) qu'un couple où un seul membre du couple travaille et gagne le SMIC (1073 euros). Cet exemple a l'avantage d'être fort et illustre en effet un dysfonctionnement du système français de solidarité, où il est plus avantageux de ne pas travailler que de travailler, symbole d'une « société d'assistés » où les incitations au travail sont nulles.

Encore faut-il que cet exemple soit juste, or ce n'est pas le cas: en effet le RSA, revenu de solidarité active ne permet pas de cumuler cette aide avec d'autres aides. Le site rsa.gouv.fr permet de vérifier très simplement cela en proposant de calculer vos droits et le montant du RSA perçu. Ainsi une personne seule, peut-on y lire, sans activité et sans revenus, percevra 466 euros et un couple sans enfant, sans activité et sans revenus, percevra 700 euros. A noter que cette aide est réduite dans le cas où le bénéficiaire est propriétaire de son logement, ou est hébergé gratuitement ou si il bénéficie d'autres types d'aides (aide au logement).

Même dans le cas, où les couples concernés ont des enfants , le couple ne travaillant pas aura des revenus inférieurs à celui où seulement l'un des deux membres du couple travaille et est rémunéré au SMIC. Ajoutons que ce deuxième couple ayant pour seul revenu un SMIC a également le droit aux aides au logement, aux allocations familiales et à la CMU.

Les allégations de Wauquiez (quand on ne travaille pas on gagne plus que quand on travaille) sont donc erronées. Il ne suffit donc pas de «dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas», comme il s'en défend encore faut-il exprimer des idées justes, règle de base du débat argumenté en démocratie. Wauquiez use de pratiques peu démocratiques du haut de sa position politique (et médiatique) dominante pour imposer son point de vue au détriment même de la vérité, du débat raisonné et des arguments rationnels.

Ce manque de discernement et de compréhension d'un système mis en place par son propre gouvernement disqualifie dès lors ses propositions (plafonnement, contre-partie) qui sont alors vidées de leur sens, n'ayant plus de raisons d'être.


 
Assistanat Versus Solidarité : un débat historique

Quelle politique doit adopter l'Etat face aux problèmes sociaux? Faut-il aider les plus pauvres? Pourquoi faut-il aider ces populations? Dans quel but?

Deux positions s'opposent historiquement: d'un côté ceux qui considèrent que toute aide organisée encourage la misère, entretient les plus pauvres dans un cercle vicieux d'assistance, n'incitant pas à sortir de sa condition. D'un autre côté ceux qui considèrent que des solidarités doivent s'organiser pour faire face aux différents risques (chômage, pauvreté, maladie, vieillesse) dont les hommes en société font face.

La première position est celle des défenseurs d'un Etat minimal; la deuxième est celle des défenseurs d'un Etat social organisant les solidarités.Ces deux postures idéal-typiques sont deux réponses différentes à une même question philosophique. Comment penser la liberté des individus en société? Pour les uns, les individus jouiront d'un maximum de libertés à condition que l'Etat se contente d'un minimum de prérogatives (sécurité intérieure, armée), pour les autres la liberté des individus n'est possible qu'à la condition que nous soyons égaux face aux risques précédemment cités. Il faut donc garantir une certaine égalité des chances afin de garantir les libertés individuelles. C'est bien cette deuxième conception qui l'a progressivement emportée au cours du XXème siècle en France (et plus généralement en Europe) avec la mise en place des premières retraites ouvrières et paysannes en 1910 puis progressivement l'apparition d'un véritable Etat social que l'on nomma Etat providence avec l'instauration d'un système de sécurité sociale généralisée en 1945.

C'est globalement dans la dynamique de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 que les conceptions de l'assistance ont évolué passant d'un système basé sur une aide familiale et corporatiste à un système organisant une véritable solidarité nationale garant des libertés individuelles et de la cohésion sociale.

Quelques éléments historiques sur la protection sociale

Les fondements historiques de la protection sociale sont liés à l’évolution économique. En effet, la protection sociale n’est pas un système plaqué sur des structures économiques qui lui seraient étrangères. Au contraire, elle est la résultante des bouleversements économiques et sociaux. A des formes originales de structures économiques correspondent des organisations particulières de la protection sociale. Dans ces conditions, on peut lire l’évolution historique de la protection sociale à partir des mutations économiques de l’appareil productif. On assiste à une transformation profonde de la logique de protection avec la révolution industrielle.

L’urbanisation massive de la deuxième moitié du XIXème siècle va bouleverser les modes de solidarité communautaires (en raison de l'éloignement familial) et créer un risque nouveau pour les individus. Les mutations économiques exigent une nouvelle forme de protection sociale. La paupérisation des ouvriers fait également émerger un nouveau visage de la pauvreté : celui du travailleur pauvre. C'est pour faire face à ces évolutions qu'un système de protection financé à la fois par la fiscalité et les cotisations. Le travail, et le salariat ouvre alors droit à des protections.



 
La fin du XXème siècle marque une période d'effritement du modèle de sécurité sociale et de remise en cause progressive du principe de solidarité nationale. Ce phénomène n’est pas récent, il date des années 1970. A la crise du système économique s’est articulée la crise du système de protection sociale. Les nombreuses réformes lancées en Europe sont marquées par le poids des idées libérales qui tendent à l’éclatement des systèmes de protection sociale.

La protection sociale a de plus en plus de mal à colmater les effets de la crise, de la montée du chômage et des inégalités sociales. L’équilibre financier du système se trouve compromis, en raison de la hausse du chômage (dépassant les 10% selon les périodes) et donc du déficit de financement par les cotisations. De nouveaux systèmes de financement des aides sont mis en place pour remédier à ce déficit. C’est dans cette optique qu’a été mise en place la contribution sociale généralisée (CSG), impôt institué en 1991 par Michel Rocard. Ce financement étatique est renforcé par le plan Juppé en 1996 et la création de la CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale), puis par le plan Aubry en 1998. Une autre dynamique s'opère désormais visant à rationaliser la distribution des aides.

A l'orée du XXIème siècle le modèle social fait figure d'un chantier ouvert entre les partisans d'un système d'assurance privée et les défenseurs d'un droit à la protection pour tous. Dans ce contexte, un débat s’est ouvert sur la rationalité de la protection sociale et sur les différentes logiques assurancielles ou solidaires qui doivent lui être associées.

Le RSA doit s'accompagner d'une politique publique de l'emploi

Le RSA mis en place par Martin Hirsh, ancien haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, fait figure d'innovation majeure dans l'organisation des solidarités en France dans une optique de rationalisation des dépenses publiques. Le RSA permet de regrouper un ensemble d'aides (RMI, allocation de parent isolé, etc.) en une unique aide, simplifiant à la fois les démarches des bénéficiaires et le traitement des dossiers par l'administration. L'allocataire du RSA est contraint à respecter certains engagements. Rappelons d'abord que les allocataires du RSA sont obligés d''être inscrit à Pôle emploi et de rechercher un emploi. Cette condition, dans le cas où le Pôle emploi a le personnel suffisant pour accomplir correctement sa mission (sic) présente l'avantage d'effectuer un suivi des allocataires afin de les accompagner vers le retour à l'emploi (pour ceux dont les capacités physiques le permettent). Les allocataires du RSA, sont également soumis à l'obligation d'accepter deux offres raisonnables d'emploi.

En février 2011, 1,847 million de personnes touchaient le revenu de solidarité active (RSA), ce qui représente, enfant et conjoints compris, 3,8 millions de personnes, selon les services de Roselyne Bachelot, ministre des solidarités. Précisément, on compte 1,177 million de bénéficiaires qui touchent le RSA socle (concerne les personnes sans activité) et 670 538 allocataires du RSA « activité ». Si le nombre de personnes qui ont pour tout revenu le RSA (RSA socle) a augmenté pendant la crise de 10 %, depuis, celui-ci est redescendu et, fin 2010, le nombre d'allocataires n'était pas supérieur à ce qu'il était fin 2007 (d'après Le Monde daté du 14 avril 2011). Le RSA ne constitue donc pas une incitation à l'inactivité comme ses détracteurs à droite le prétendent. Mais le RSA est-il pour autant un dispositif satisfaisant de lutte contre la pauvreté?

Le RSA est un dispositif qui fait l'hypothèse que les personnes inactives le sont car elles ne sont pas incitées financièrement à retrouver un emploi. Or le véritable problème est l'insuffisance des offres d’emploi, particulièrement dans les régions où les allocataires sont nombreux. Les allocataires du RSA souffrent également de leur manque de formation et de qualification, les rendant difficilement employable.

En parallèle à ce type de dispositif, il faut mener une véritable politique de l'emploi, mettre en place un système d'incitation à l'embauche pour les nouvelles entreprises, développer les sociétés coopératives et créer des emplois publics, développer l'apprentissage et améliorer l'employabilité des personnes sans emploi.

Quel avenir pour les solidarités?

La société française a connu depuis la fin des années 1970, un certains nombres de transformations sociales (chômage, développement des contrats à durée déterminée, interim, emploi à temps partiel, mobilité de l'emploi, instabilité du marché du travail) à l'origine de nouvelles formes de pauvreté. On compte aujourd'hui en France plus de sept millions de personnes pauvres, selon les critères européens de pauvreté (concerne les personnes dont le revenu est inférieur à 60% du revenu médian, soit un seuil de pauvreté est fixé égal à 950 euros mensuel par personne), soit environ 13 % de la population. Ces transformations et ces risques doivent s'accompagner de nouveaux droits qui ne peuvent se résumer à des mesures telles que le revenu de solidarité active (RSA).

Robert Castel, sociologue, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) , auteur en 2009 d'un livre intitulé la montée des incertitudes (seuil) considère qu'il faut inventer de nouvelles formes de protection sociale. Cette refonte du système se justifie par les transformations sociales évoquées précédemment. Jusqu'à présent les individus sont protégés par leur statut professionnel. Aujourd'hui, il faut repenser le « modus operandi » de l'Etat social, en déconnectant les droits sociaux du travailleur afin de mieux prendre en compte la singularité des trajectoires individuelles.

Comme le propose depuis une dizaine d'années l'économiste Bernard Gazier ou encore le juriste Alain Supiot, il faut protéger les parcours professionnels afin que les salariés puissent notamment être plus mobiles. L'enjeu est d'anticiper, de gérer et de faciliter les transitions professionnelles, mais également d'élargir nos conceptions de l'activité ouvrant à des droits, vers les activités non-rémunérés créatrice de richesse (matérielles ou immatérielles) tel que le bénévolat.

Aujourd'hui les individus sont contraints à être mobiles, ils changent régulièrement d'entreprises, d'emplois ou de postes. Ils sont amenés à changer de ville ou de région, à enchaîner des périodes d'activités et d'inactivités plus ou moins longues. Les trajectoires professionnelles sont discontinues et plurielles. Ce sont ces nouvelles situations qu'un système généralisé de protection sociale doit prendre en compte.

Nous devons faire persister les valeurs de solidarité, en aidant de manière décente les plus démunis, en garantissant des conditions de vie acceptables au plus grand nombre, mais également luttons de manière efficace contre les causes de la pauvreté pour la faire reculer.

Quel peut être l'impact du séisme japonais sur l'économie mondiale?

mercredi 16 mars 2011
Avec 5000 milliards de dollars de PIB, le Japon est la troisième économie mondiale et représente à lui seul 5% des échanges internationaux. Alors que le prix du pétrole s'approche d'un baril pour 150 dollars et que les dettes des pays européens subissent des primes de risque importantes, le séisme et le tsunami viennent d'accroître les secousses sur les places financières internationales. Le Nikkei a ainsi perdu 20% de sa valeur en quelques jours. La Banque centrale du Japon a réagi par un assouplissement monétaire important afin d'éviter tout phénomène de panique.

Outre les infrastructures japonaises qui sont complètement dévastées dans le nord du pays. La capacité de production d'électricité du pays a diminué de 40% et la destruction des infrastructures de transport ralentissent la production de l'ensemble de l'économie. Des délocalisations sont à anticiper car l'économie japonaise aura du mal à retrouver son niveau de production d'électricité pré-catastrophe. Toutefois, signe rassurant pour l'économie nippone, les préfectures les plus touchées ne représentent que 7% du PIB japonais. Les dommages devraient quant à eux plafonner à 3% du PIB national et avoir un impact direct sur la situation des finances publiques japonaises qui sont déjà très dégradées.

L'impact sur l'économie mondiale est incertain mais des tensions sur le prix du pétrole vont continuer à pénaliser les coûts de production des entreprises tandis que les anticipations des marchés semblent être durablement négatives. A moyen terme, ces effets sont à contrebalancer avec les gains de la reconstruction des zones sinistrées et un possible retour du Japon aux premiers plans de la scène économique mondiale comme il a su le faire après la Seconde Guerre mondiale.

Prix du Big Mac et fraude sur les chiffres de l'inflation

mercredi 2 février 2011
Publié dans The Economist il y a une semaine, ce graphique semble montrer que certains pays trichent sur les chiffres de leur inflation. L'Argentine sous-évalue largement son inflation, le prix du Big Mac ayant augmenté de 20% quand le chiffre officiel de l'inflation est de 10% sur les dix dernières années. A méditer. Pour une analyse des écarts de prix du Big Mac entre la Chine et les Etats-Unis, voir ce post.