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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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France Bashing

lundi 11 novembre 2013


Suite à la dégradation de la signature française, les titres de dette français sont désormais noté AA+ et non AAA par Standard & Poor's et Fitch, le Nobel d'économie Paul Krugman a vivement réagi sur son blog. Pour l'économiste, les agences de notation ont sanctionné la France uniquement pour l'incapacité du gouvernement à démanteler l'Etat-Providence. 

Dans son post de blog, Krugman regarde les fondamentaux de l'économie française ces dernières années, notamment au regard de l'Allemagne et il apparaît que l'inflation est basse, que le déficit commercial est malgré tout relativement bas (actuellement -2% du PIB en France mais +6% en Allemagne) et surtout que l'écart (le "spread") entre les taux d'intérêt des obligations à 10 ans françaises et allemandes est de 0,7 points en faveur de la France. Traduction: les titres de dette français sont mieux rémunérés que les titres de dette allemands pour un niveau de risque qui n'est pas très différent. Dans un précédent post, Krugman comparait le niveau de la dette publique et l'évolution du revenu par tête en France et au Royaume-Uni, un pays plus libéral et qui n'est pas dans la zone euro. Le Royaume-Uni avait une dette représentant 40% du PIB en 2007 contre 60% en France, les deux pays sont aujourd'hui au même niveau, autour de 90%. Le PIB par tête de la France a chuté de 3 points entre 2007 et aujourd'hui mais il a chuté de 6 points au Royaume-Uni. La France ne s'en tire donc pas si mal. 

Nous avions déjà dénoncé sur le blog les méthodes des agences de notations, notamment au regard de la dégradation de la note américaine en 2011. La notation ne se base sur rien de plus que des statistiques publiques et éventuellement sur quelques échanges avec les experts des institutions internationales : aucun expert des agences de notation n'audite réellement les comptes de l'Etat français. Leur note n'est qu'un jugement biaisé et idéologique sur la politique menée par un gouvernement et non un regard objectif sur la gestion des finances publiques. Disons-le simplement : couper les allocations chômage et privatiser le système de santé permettraient à la France de regagner un cran ; idem pour la diminution des impôts (en particulier sur les plus riches ?). Pour beaucoup de commentateurs, c'est d'ailleurs le ras-le-bol fiscal relayé par la presse et pointé du doigt par la Commission européenne qui justifie cette dégradation. 

Qu'il y ait ras-le-bol est naturel, personne n'aime payer des impôts et personne ne supporte payer plus d'impôts que l'année d'avant en ayant exactement les mêmes revenus. Pourtant, ni les agences de notation, ni aucune autre institution directement élue et non responsable devant les citoyens, ne peut déterminer ce que doit être le bon niveau d'impôts ou la taille idéale de la dépense publique. En période de crise, l'augmentation des impôts et le maintien de la dépense publique semble même être le meilleur moyen de résorber les déficits sans trop pénaliser la croissance, comme le souligne une note récente du FMI. Lors de la terrible crise des années 1930, le Président américain Roosevelt avait d'ailleurs imposé à ses citoyens une sévère augmentation des impôts et un programme d'investissements publics. Le gouvernement français a choisi cette alternative en finançant une grande partie de la diminution du déficit par des hausses d'impôts.

Ce qui est moins clair, c'est la stratégie du gouvernement qui consiste à diminuer le déficit public au plus vite car ce qui compte n'est pas seulement l'amplitude de l'ajustement mais sa vitesse. Politiquement, cela consiste à augmenter les impôts dans un premier temps et à supprimer certaines dépenses un peu arbitrairement dans les deux cas (mais c'est pratique car on sait combien on obtient), ce qui pénalise le revenu par tête sur deux ou trois années, avant une éventuelle reprise de l'activité. De mon point de vue, le poids de la dépense publique ou le niveau des impôts ne sont pas de véritables freins à l'activité économique, tout comme le coût du travail n'est pas un frein à l'emploi. Ce qui nuit à la compétitivité française, c'est le manque de personnes dans l'emploi et le niveau de richesses que chaque individu produit et cela devrait entraîner à mon sens une réforme vers une plus grande flexibilité du marché du travail et la déréglementation de certains secteurs. 

Aux pères fondateurs de l'euro...

mardi 29 mai 2012
Je dois à Robert Mundell (1999) ma décision d'étudier puis d'enseigner l'économie. Je me souviens très bien sa réception du Nobel, j'étais alors au lycée et pour une des premières fois je lisais le Monde, ou plutôt un bout du Monde que j'avais trouvé dans le centre de documentation et d'information de mon lycée. J'étais tombé par hasard sur un article décrivant le triangle d'incompatibilité de Mundell (selon le prix Nobel, une zone monétaire n'a le choix qu'entre deux des trois instruments suivants: changes fixes, libre-circulation des capitaux, politique monétaire autonome), dont je ne comprenais pas à l'époque la signification. 

En revanche, l'article m'avait marqué par sa présentation des zones monétaires optimales, autre théorie du début des années 1970 qui a rendu célèbre Mundell (qui travaillait en fait sur la possibilité d'une union monétaire entre le Canada et les Etats-Unis). J'ai vite compris que sa théorie, selon laquelle une union monétaire entre plusieurs Etats n'est possible que si ces Etats connaissent une forte mobilité du travail entre eux, était une critique de la décision européenne d'adopter une monnaie unique. J'ai compris plus tard pourquoi il avait eu le Nobel en cette année 1999. Je ne comprends toujours pas pourquoi on le considère comme un père fondateur de la zone euro, sa théorie étant fondamentalement opposée à l'adoption de la monnaie unique européenne.

Pour beaucoup, y compris outre-atlantique la théorie de Mundell était incomplète car elle laissait de côté l'intégration commerciale et financière des Etats de l'Union. McKinnon et Kenen ont largement contribué à renforcer la crédibilité de la théorie des zones monétaires optimales en insitant sur l'ouverture aux échanges des pays constituant l'Union et l'intégration fiscale. En utilisant divers critères, Bayoumi a proposé de tester plusieurs tailles de zones monétaires en Europe: l'Allemagne, l'Autriche, la France, le Bénélux, l'Italie et le Royaume-Uni aurait constitué une zone monétaire optimale en 1999. 

Philippe Martin et Thomas Philippon travaillent actuellement sur un papier dans lequel ils insistent sur l'intégration du système bancaire comme déterminant d'une zone monétaire optimale. Une régulation unique au niveau européen et un système de garanties fédérales, plus que la mobilité du travail ou l'ouverture commerciale, déterminent effectivement l'optimalité d'une zone monétaire. Affaire à suivre...

Inévitables Eurobonds

mercredi 23 mai 2012
Pendant plusieurs mois, en toute discrétion, la Banque centrale européenne (BCE) a acheté massivement de la dette publique espagnole et italienne. Cette situation est instable, la stabilité de la monnaie unique étant in fine quasi-uniquement liée à ces rachats massifs de la BCE. Or, celle-ci n'aime pas détenir des actifs risqués dans son bilan et craint un retour de l'inflation ou l'existence d'un aléa moral incitant les pays en mauvaise situation financière à ne pas stabiliser leurs dettes publiques.

Ces rachats massifs ont par ailleurs un effet paradoxal. En choisissant de racheter en priorité la dette de tel ou tel pays, la BCE donne un signal aux spéculateurs: nous ne pouvons laisser tomber l'Espagne ou l'Italie sous peine de perdre la monnaie unique. Dans ce cas les attaques spéculatives peuvent être menées contre un pays périphérique comme le Portugal, jugé plus fragile car moins soutenu par la BCE. Le cas échéant, les spéculateurs pourraient même s'attaquer à l'Espagne ou à l'Italie car ils estiment leur situation financière instable, car leur dette est refinancée par la BCE. La pluralité des dettes publiques est elle-même à l'origine de la spéculation en comparant systématiquement les pays européens les uns aux autres. De ce point de vue, la mise en place des eurobonds, des titres de dette européens, est inévitable. 

Si certains gouvernements européens y sont opposés, c'est pour ne pas être pénalisés par des taux de refinancement trop élevés. Disons-le simplement: ni la France, ni l'Allemagne ne veulent subir les taux espagnols. A l'inverse, certains trouveraient injuste que l'Espagne puisse se refinancer au taux allemand. Il faut donc un système de bonus-malus sur les taux d'intérêts des eurobonds, fixé en fonction de la situation des finances publiques. Par ailleurs, la mise en place des eurobonds doit servir à financer une partie fixe de la dette publique, jusqu'à 10% de la dette publique de chaque pays, avant de monter en puissance. Une autre solution serait de faire reposer la mutualisation des dettes sur des euro-bills, un mécanisme similaire mais centré uniquement sur les titres de dette de court terme (à un an) qui sont généralement peu risqués avec un système de bonus-malus sur les taux d'intérêt. Ce système casse tout aléa moral en incitant les Etats à maintenir des finances publiques saines pour diminuer les taux d'intérêt sur la dette détenue à moyen et à long-terme. 

GREXIT

lundi 21 mai 2012
En attendant les élections législatives en Grèce, les gouvernements européens planchent sur un plan de soutien en cas d'une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro ou d'une attaque spéculative qui toucherait l'Espagne et le Portugal. 

Le logiciel économique de la zone euro a été construit sur la lutte contre l'aléa moral: les États s'engagent sur des objectifs de long-terme - finances publiques saines et programmes de réduction des dépenses - et l'aide des autres États européens et de la Banque centrale européenne est conditionnée aux efforts entrepris. La montée des partis populistes qui proposent des solutions faciles - sortie de la zone euro ou moratoire sur la dette publique - est le signal des modifications qu'il faut apporter aujourd'hui au fonctionnement des institutions européennes. L'hypothétique sortie de la Grèce et la probable faillite du système bancaire européen devrait se traduire par des actions rapides de restauration de la confiance et de la stabilité financière. Cela impose des prises de décision rapides, basées sur la majorité et non sur l'unanimité. La seule manière de faire accepter un tel changement de mentalités est de créer une véritable régulation financière européenne. 

La raison est simple. Pris individuellement, les pays de la zone euro ont des capacités d'absorption très faibles: la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Italie et l'Espagne sont facilement mis en faillite par leur système financier. A l'inverse, les capacités de garantie des dettes bancaires et étatiques de la zone euro prise dans son ensemble sont énormes. Une telle régulation éviterait les arbitrages politiques nationaux et donc les éventuelles connivences qui peuvent exister entre régulateurs, gouvernants et directeurs de banques. En contrepartie, la possibilité d'émettre des euro-bills sous des conditions strictes viendrait faciliter le financement de la dette publique. 

La sortie de la zone euro de la Grèce n'est pas pour autant une bonne nouvelle. La compétitivité grecque serait restaurée par le biais d'une dévaluation de la drachme mais l'inflation serait importante, voire galopante. Dans ce cas, sauf relance (inespérée) des exportations, la situation grecque serait probablement pire qu'aujourd'hui. L'austérité serait de toute façon maintenue, la diminution des dépenses publiques étant nécessaire, et la dégradation du climat politique défavorable au maintien de la démocratie...




Le véritomètre du débat

jeudi 3 mai 2012
Le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande a été très tendu: les deux candidats se sont notamment accrochés sur plusieurs chiffres, Sarkozy accusant Hollande de "menteur"; Hollande accusant Sarkozy de fuir la réalité des chiffres. Qu'en est-il?



La dette publique: les deux ont faux


Pour Hollande, la dette publique a augmenté de 600 milliards entre 2007 et 2012. "Faux" rétorque Sarkozy: "la dette a augmenté de 500 milliards. Une erreur de 100 milliards, ça pose question". La dette publique a augmenté de 505 milliards entre janvier 2007 et décembre 2011. Hollande a en fait ajouté à ces 505 milliards les 82 milliards de déficit prévus pour cette année mais n'a pas retiré les charges de la dette. Au final, la dette devrait être de 550 milliards fin 2012, la moyenne exacte des deux estimations.

En revanche, Sarkozy n'est pas responsable de la totalité de l'augmentation de la dette publique comme l'a laissé entendre Hollande, celle-ci étant largement héritée des structures de l'économie française et étant la conséquence en grande partie de la crise économique. La gestion de la dette par Sarkozy est évidemment loin d'être parfaite.

Les chiffres du chômage: les deux ont raison


Le chômage est comptabilisé différemment selon le statut des chômeurs, qu'ils soient en formation ou non, ou qu'ils aient eu une activité ou non. Le chiffre généralement débattu du chômage donne raison à Sarkozy: nous sommes passés de 2,25 millions de chômeurs à 2,65 millions au sens du Bureau International du Travail (BIT), soit une augmentation de 400 000 chômeurs. Il s'agit des chômeurs sans activité et n'ayant pas exercé d'activité au cours du mois. Hollande a pris en compte l'ensemble des chômeurs inscrits à Pôle Emploi: il y a bien 3 millions effectivement sans activité ayant soit exercé aucune activité, soit exercé une activité courte; en revanche, le nombre monte à 4,3 millions de chômeurs si l'on inclue les emplois aidés et les chômeurs en formation.

Le déficit extérieur: les deux ont tort


Le déficit extérieur de la France existe depuis 2003 mais la France n'a pas toujours été en excédent sous Lionel Jospin comme l'a affirmé Hollande. Par ailleurs, Hollande a affirmé que le prix du brut  était déjà élevé en 2002 alors qu'il était en fait très bas. En revanche, Sarkozy se trompe en indiquant que 90% du déficit extérieur est lié à la facture énergétique de la France. Le déficit énergétique ne représente que 60% du déficit commercial ces dernières années. En revanche, la vague de froid a effectivement creusé le déficit à cause des importations d'énergie, qui représente effectivement 90% de ce surplus de déficit et non 90% du déficit lui-même!

L'immigration: Sarkozy se trompe


L'immigration n'a pas baissé sous Sarkozy, sauf en 2007 et a priori en 2012, mais le flux migratoire net est resté stable. Les flux sont stables aux alentours de 200 000 immigrés par an, Claude Guéant ayant affirmé justement en 2011 son objectif de passer à 180 000 immigrés par an. Par ailleurs, le risque d'un vote communautaire (pour ne pas dire musulman) n'est pas avéré, les immigrés venant de pays majoritairement musulmans étant minoritaires parmi les étrangers vivant en France.

Encadrement des élèves: Sarkozy se trompe et persiste


La France est bien le dernier pays de l'OCDE pour le nombre de professeurs par élèves dans le primaire. Sarkozy confond le nombre d'élèves et le nombre de classes, il y a effectivement peu de classes en France car le nombre d'élève par classe y est le plus élevé. Par ailleurs, la réforme de la formation des professeurs a été catastrophique, entraînant une chute du nombre de candidats.

Sarkozy sans réponses: Berlusconi au PPE et Sarkozy en animateur au Bristol?


Sarkozy est évidemment rattaché à l'UMP, qui fait partie du PPE au niveau européen, comme l'ensemble des partis de droite et conservateurs d'Europe. Ils étaient d'ailleurs réunis en décembre dernier pour faire gagner leurs partis. Sarkozy a par ailleurs effectivement pris la parole lors d'une soirée de donation à l'UMP au Bristol, aux côtés d'Eric Woerth. Une vidéo montre les photos de cette soirée.

Hollande souhaite-t-il la fermeture des centres de rétention?


La lettre est accessible ici. Hollande ne souhaite pas la fermeture des centres de rétention mais l'arrêt de la rétention des enfants, et donc "des familles avec enfants". Sarkozy a pris sur ce point en particulier quelques libertés avec la vérité.

Le coût de la TVA sociale pour un couple de smicards: Hollande a plutôt raison


L'augmentation proposée de la TVA doit être de 1,6 points. Pour un couple de smicards à 2200 euros nets par mois qui consommerait 1200 euros sur des biens au taux haut de TVA, cela se traduirait par une hausse des dépenses de 20 euros par mois, soit en annualisé, 240 euros par an de moins sur le pouvoir d'achat, moins que les 300 euros annoncés par François Hollande. Cela suppose évidemment que les prix suivent l'augmentation de la TVA, ce qui n'est pas du tout sûr.

Hollande a bien dit "ne pas aimer les riches" mais il n'a pas dit que l'on est riche à partir de 4000 euros


Hollande a nié à demi-mot avoir dit ne pas aimer les riches. C'était pourtant lors de cette émission face à MAM. Cette sortie avait été utilisée à plusieurs reprises, en ajoutant qu'être riche pour Hollande c'est "gagner plus de 4000 euros par mois", ce qui n'avait jamais été précisé par Hollande. Celui-ci avait seulement souhaité en janvier 2007 augmenter la tranche de l'impôt sur le revenu pour une part supérieure à 4000 euros nets par mois, un argument détourné à plusieurs reprises par l'UMP.


Horaires de piscines réservés à des femmes musulmanes: Sarkozy a-t-il raison?


Des horaires de piscines étaient réservés à plusieurs catégories de femmes à Lille, des femmes en surpoids mais également enceintes ou âgées. Toutefois, au fur et à mesure, plusieurs femmes de confession musulmane se seraient glissées dans les cours réservées aux femmes en surpoids afin d'avoir un horaire réservé aux femmes. Pour l'UMP, un "petit détour" a été accordé, faisant ainsi entorse au principe de laïcité. Notons par ailleurs que ce type de demande a été formulée par d'autres communautés dans d'autres municipalités.


La France, championne européenne des impôts? Sarkozy se trompe


Le Président a affirmé que la France est la championne européenne des impôts avec la Suède. En fait, la France n'arrive qu'en septième place dans l'Union européenne, derrière la Suède, le Danemark, la Belgique, l'Italie, la Finlande et l'Autriche.


Prime pour l'emploi: mensonges et vérités

jeudi 23 février 2012



Invité sur France 2 hier soir, Nicolas Sarkozy a annoncé une mesure phare de sa candidature à l'élection présidentielle: la suppression de la prime pour l'emploi (PPE). La prime pour l'emploi est un impôt négatif instauré en 2001 par le gouvernement Jospin. Le dispositif s'inspire du système américain de revalorisation du travail: en échange de la reprise d'activité d'une personne dont le foyer fiscal est à bas revenus, une prime d'incitation au travail est versé annuellement. Le dispositif permet de distribuer environ 450 euros par mois par crédit d'impôts annuel à 7 millions de bénéficiaires pour un coût de 2 à 3 milliards d'euros selon les années.

Le dispositif est très critiqué et mérite de disparaître. D'abord parce qu'il coexiste depuis quelques années avec un le revenu de solidarité active (RSA) qui suit une logique de dotation universelle autant que d'incitation à l'insertion dans l'emploi. Ainsi, la reprise d'un emploi permet de cumuler un salaire et le RSA sous la condition d'une amputation de 38% par tranche de 100 euros du socle du RSA. Le RSA représente donc une subvention à l'emploi jusqu'au SMIC. La complexité du système est qu'un foyer peut à la fois bénéficier du RSA "complément d'activité" et de la PPE, celle-ci étant diminué des gains du RSA. Le système manquait de lisibilité.

Ensuite parce que contrairement au RSA, la PPE est versée une fois par an, perdant donc, de son capital incitation. Pour une personne au RSA, cela implique de travailler un an souvent à mi-temps sans gains immédiats (puisque les revenus supplémentaires du travail sont contrebalancés par la perte des allocations) avant de recevoir la PPE l'année suivante suite à la déclaration fiscale.  

Enfin, parce que l'incitation à reprendre un travail est restée faible en gain absolu. Un célibataire sans enfant qui passe du RSA à un emploi à mi-temps rémunéré au SMIC horaire reçoit 32 euros par mois au titre de la PPE. Autant dire que ça ne permet pas de boucler les fins de mois et que l'utilité est moindre car les bas revenus préfèrent probablement 32 euros immédiatement que 384 euros d'un coup.

Qui gagnerait à la suppression de la PPE?

La PPE coûte 2,5 milliards d'euros, l'alignement de la fiscalité des dividendes sur celles des revenus du travail rapportera 1,5 milliard. L'enveloppe de 4 milliards devrait profiter aux personnes travaillant et gagnant moins de 1400 euros nets par mois, soit 30% des salariés français donc 7,2 millions de personnes. Cela représente un chèque annuel moyen de 555 euros à chacun des salariés en dessous de 1400 euros nets par mois. La mesure toucherait un public plus large que la PPE et avantagerait les travailleurs à temps plein à bas salaires au lieu des personnes dont l'entrée dans l'activité devait être encouragée.

Toutefois, le périmètre des personnes concernées n'est pas le même. Un couple dont chaque conjoint gagne le SMIC bénéficie pleinement de la mesure Sarkozy alors qu'il ne bénéficiait pas de la PPE ni du RSA. A l'inverse, des bénéficiaires de la PPE verront leur pouvoir d'achat diminuer et préféreront l'inactivité à un tiers de SMIC...On perd l'objectif du retour sur le marché de l'emploi.

Un problème de calcul

Le problème est que l'annonce du Président concerne les charges sociales sur les bas salaires. Or une partie de celles-ci est déjà nulle pour une grande partie des salaires de 1 à 1,6 SMIC! Une subvention aux travailleurs à bas salaires qui coûtent chaque année 30 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB. Une mesure par ailleurs complexe et donc les impacts sur l'emploi sont difficiles à évaluer... On estime généralement qu'un million d'emplois a été créé ou sauvegardé.

Le Président évoque la suppression des cotisations payées par les salariés, moins de 100 euros prélevés sur leurs salaires, soit "1000 euros par an" annoncés par le Président. Comme nous avons vu plus haut, la suppression de la PPE et l'alignement de la fiscalité des dividendes rapporteraient 4 milliards, soit un potentiel de financement de 555 euros par salariés. Garantir 1000 euros par an en plus à chaque salarié coûterait donc 8 milliards d'euros par an.

Bouclage de la mesure et coût à long terme

A supposer que les 1000 euros soient intégralement dépensés, il rapporterait - selon leur soumission à une tranche d'impôt variable et en incluant la TVA - environ 200 euros par an à l'Etat, soit 1,4 milliard d'euros, soit une dépense de 6,6 milliards (8 moins 1,4 milliard d'euros).

Le coût à long terme est en revanche dangereux pour deux raisons. D'abord, toute la distribution des salaires va être écrasée autour de 1 à 1,2 SMIC puisque salariés et employeurs seront incités par des doubles allègements de charges et d'impôts à payer et à gagner peu. Ensuite, le coût à long terme pour les finances publiques risque d'être massif et incontrôlable. Alors que la PPE est liée à l'activité économique du pays (en période de croissance et de réduction du chômage, le dispositif coûte moins cher), le dispositif "Sarkozy" d'exonération d'impôts des plus bas salaires risque de mettre à feu et à sang les finances publiques du pays en privant Bercy d'une partie de la CSG, son meilleur instrument fiscal. En période de reprise économique et de baisse du chômage, le coût sera le même, environ 8 milliards par an que la croissance soit au rendez-vous ou non!


Le pacte budgétaire européen: comment tout faire pour que rien ne change

samedi 11 février 2012



Le 30 janvier 2012, le Conseil européen informel qui s'est réuni à Bruxelles (rappelons que les sommets européens n'existent plus depuis 1974) a annoncé la conclusion d'un nouveau Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire. Celui-ci reprend l'accord intervenu lors du Conseil européen du 9 décembre 2011, et sera officiellement signé en mars 2012 par 26 Etats membres de l'UE sur 27 - le Royaume-Uni a refusé de participer au Traité - pour entrer en vigueur le 1er janvier 2013, lorsque 12 Etats membres de la zone euro l'auront ratifié. Les Etats non-membres de la zone euro sont parties au Traité qui reste ouvert à tout nouvel adhérent.

Disons-le franchement : ce Traité censé assurer la stabilité financière et la solidarité de l'Union Economique et Monétaire ne servira à rien dans la crise économique actuelle que traverse l'Europe, et surtout ne constitue pas un outil de relance de la construction européenne.

Le renforcement du pacte de stabilité et de croissance n'aura pas lieu

Alors que le pacte de stabilité et de croissance limitait le déficit public et la dette publique de chaque Etat de l'UE à respectivement 3 % et 60 % du PIB, le nouveau Traité insiste sur le principe d'équilibre budgétaire et dispose que le déficit "structurel" des Etats devra être inférieur à 0,5 % de leur PIB (article 3-1 a). Si les dettes sont durablement inférieures à 60 % du PIB, le déficit pourra attendre 1 % du PIB (article 3-1 d).

On peut d'ores et déjà s'interroger sur la référence au déficit structurel c'est-à-dire corrigé de la conjoncture économique. Ne risque-t-on pas de se perdre dans des débats insolubles sur la mesure de ce déficit structurel? Modifie-t-elle réellement la règle des 3 % du pacte de stabilité et de croissance? Il s'agissait d'un solde conjoncturel qui n'est pas si éloigné, en situation de crise, de la définition structurelle du déficit.

Surtout, il est prévu que les mesures économiques temporaires seront déduites de la mesure du déficit structurel (article 3-3 du pacte) et que des circonstances exceptionnelles justifieront le non-respect du Traité...Un Etat pourra donc légitimer ses déficits excessifs par les réformes qu'il prétend conduire, et l'on ne voit pas comment le Conseil ou la Commission seront capables de s'opposer aux arguments avancés par les Etats. Il suffira d'arguer de réformes d'envergure pour obtenir la non-application de la procédure de déficit excessif. Une telle possibilité existait déjà depuis la réforme du pacte de stabilité et de croissance de 2005: le Président Chirac avait en effet obtenu la prise en compte de facteurs pertinents c'est-à-dire des réformes structurelles (retraites) ou de dépenses régaliennes (défense) dans la mise en œuvre de la procédure de déficit excessif.

La délation comme instrument de contrôle des Etats?

Le Traité dispose également que la nouvelle règle d'équilibre des finances publiques devra être transposée dans le droit national dans un délai d'un an, si possible au niveau constitutionnel (article 3-2). D'un point de vue juridique, une telle exigence est inutile puisque le droit international prime le droit national, y compris constitutionnel. En France, cette exigence se traduit par la "règle d'or", adoptée en dernière lecture le 13 juillet 2011. Celle-ci ne fixait pas d'objectifs aussi précis que le nouveau Traité, si bien que cette règle d'or, que l'on jugeait inutile, semble aujourd'hui dépassée.

La Commission tout comme les Etats membres pourront en outre saisir la CJUE de la non-transposition, dans le droit interne d'un Etat, du principe de l'équilibre budgétaire. Ainsi, la délation est-elle érigée en devoir au sein de l'UE, les Etats pouvant être sanctionnés d'une pénalité de 0,1 % du PIB affectée au mécanisme européen de stabilité (MES) en cas de non-respect des jugements de la CJUE (article 8). En principe, elle s'ajoute aux astreintes et amendes de 0,5 % du PIB maximum que peut imposer le Conseil, sous contrôle de la CJUE, aux Etats ne respectant pas durablement les règles d'endettement et de déficit excessifs. On peut évidemment douter de l'efficacité de telles sanctions qui ajoutent des difficultés économiques à des pays déjà endettés (effet pro-cyclique).

L'automaticité des sanctions ne fonctionnera pas

L'innovation du Traité est de rendre la procédure pour déficit excessif automatique et non plus dépendante de poursuites engagées par le Conseil via la Commission européenne. Une fois le déficit constaté, l'Etat se verra ainsi imposer par la Commission un calendrier impératif de retour à l'équilibre. Toutefois, les Etats pourront toujours s'opposer aux recommandations de la Commission à la majorité qualifiée (article 7). Ainsi pourront-ils toujours se soustraire à leurs obligations conventionnelles comme la France et l'Allemagne avaient réussi en 2005. Le Traité n'apparaît donc pas de nature à davantage assurer le respect de l'équilibre budgétaire que le pacte de stabilité et de croissance.

Des mesures qui laissent le citoyen européen dans une situation absurde

Le citoyen européen se trouve confronté à un paradoxe: d'une part les Etats approuvent un renforcement de la discipline budgétaire malgré tous les risques que les politiques d'austérité font peser sur la croissance. D'autre part le Traité ne garantit pas plus qu'avant le respect des mesures qu'il impose. Il ne résoudra donc rien, et apparaît surtout comme un gage donné aux marchés financiers pour promouvoir une austérité durable. Pourtant, l'objectif des marchés financiers est difficile à saisir, pour ne pas dire incohérent: ils poussent à la rigueur budgétaire tout en redoutant la récession qu'elle provoquera...

En attendant la gouvernance européenne

Alors que l'avenir de la zone euro passe par davantage d'intégration économique et politique et une gouvernance renforcée de l'UE, le Traité pèche par sa timidité en la matière. Son article 11 dispose certes que les Etats devront discuter de leurs politiques économiques entre eux pour tenter de se coordonner, mais celles-ci restent définies au niveau national alors qu'il est nécessaire de mettre en œuvre de véritables politiques économiques européennes et un vrai budget fédéral, lesquels éviteraient l'actuelle concurrence économique et fiscale exacerbée entre les Etats-membres de l'UE.

Des réunions entre  membres de la zone euro et adhérents au nouveau Traité auront lieu au moins deux fois par an (article 12) mais s'agissant de l'intégration économique, le Traité se limite à des formules générales de renforcement de la convergence, de la compétitivité, de l'emploi, de la stabilité financière et des finances publiques (article 9) et propose une coopération renforcée. Comme toujours, les mesures adoptées ne doivent pas compromettre le fonctionnement du marché intérieur, véritable Saint-Graal de la construction européenne (article 10).

Face aux insuffisances du pacte budgétaire européen voulu par l'Allemagne, il n'est pas absurde de proposer sa renégociation. En effet, non seulement le Traité ne changera rien puisqu'il ne suffit pas de voter un budget en équilibre pour que celui-ci soit assuré. Mais surtout, il ne propose aucune réelle avancée politique de l'Europe qui semble faire du surplace depuis le rejet du Traité établissant une Constitution pour l'Europe et ce, malgré l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne (2009). Le nouveau Traité engage bien la France, laquelle  doit respecter sa signature, mais il est tout à fait loisible au futur chef de l'Etat de proposer un nouveau Traité complétant le pacte budgétaire de politiques de croissance économique et d'emploi.

                                                                                                          aleks.stakhanov@gmail.com

Crise de la dette: la faute à Sarkozy mais pas seulement!

mardi 17 janvier 2012
Alors que le livre "Un quinquennat à 500 milliards" critique la gestion des comptes publics par le président actuel Nicolas Sarkozy et que la droite accuse de manière récurrente la gauche d'avoir été irresponsable en matière de gestion des affaires publiques, il semble nécessaire de faire le point sur la gestion de la dette publique par les divers gouvernements français.

Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à Berlin, le 09/01/2012. (JOHANNES EISELE / AFP)
Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse à Berlin, le 09/01/2012. (JOHANNES EISELE / AFP)

La dette a explosé entre 2002 et 2011

De 1981 à 2011, la dette publique est passée de moins de 25% du PIB à plus de 80%. Contrairement à l'idée reçue selon laquelle la droite gèrerait plus sérieusement les deniers publics, l'analyse des données montre qu'aucun des deux partis ne s'est avéré plus rigoureux que l'autre. Ainsi, nous n'avons jamais eu d'excédents budgétaires sur les trente dernières années. A titre d'exemple, l'Allemagne a elle eu des excédents budgétaires à deux reprises ces quinze dernières années...

Pire encore, les déficits publics n'ont été maintenus en-dessous du seuil de 3% des critères fixés par le Traité de Maastricht que lors de la période 1998-2001 et 2005-2007. Peut-on se féliciter de ne respecter les règles que l'on s'impose qu'une fois sur trois ? Et l'instauration d'une règle d'or n'y aurait rien changé.

Si l'on regarde dans le détail des gouvernements de droite et de gauche, on constate que la gauche a même été bien meilleure gestionnaire de la dette publique. Lorsque le Premier ministre est socialiste - de 1981 à 1986, de 1988 à 1993 et de 1997 à 2002 -, la dette publique augmente respectivement de 12 points et de 8 points et diminue de 0,5 points de PIB. A l'inverse, lorsque le Premier ministre est de droite - de 1986 à 1988, de 1993 à 1997 et de 2002 à 2011 -, la dette augmente respectivement de 5 points, 14 points et enfin de 24 points de PIB.

Le président Nicolas Sarkozy a dit à plusieurs reprises qu'il avait hérité essentiellement de l'endettement des gouvernements passés. Il devrait préciser qu'il hérite en grande partie de la dette des gouvernements de droite, qui même en dehors des périodes de crise (1993-1994 et 2008-2011) ont eu fortement recours à l'endettement public.

Il convient cependant de relativiser la responsabilité réelle de Nicolas Sarkozy dans l'explosion de la dette. Le chiffre de 500 milliards d'euros retenu par les auteurs du livre "Un quinquennat à 500 milliards" fait référence à la dégradation de la dette publique nette des mesures anti-crise et de la dégradation des recettes publiques.

Si l'on s'en tient au solde public structurel, le déficit corrigé de la conjoncture, à supposer que Nicolas Sarkozy aurait maintenu un déficit structurel nul, la présidence actuelle aurait coûté plus sûrement 320 milliards d'euros d'augmentation de la dette publique et non 500 milliards. Si l'on regarde l'écart du déficit public constaté entre 2008 et 2011 et la cible de 3%, on trouve exactement le même chiffre, soit un surcoût de 320 milliards d'euros.

Un chiffre proche de celui donné par la Cour des comptes qui estime toutefois que l'augmentation de la dette publique aurait pu être de 33% moins élevée avec une meilleure gestion des deniers publics...

Contre le "mur de dettes", la croissance!

jeudi 5 janvier 2012


Pour fêter la nouvelle année, j'ai pensé qu'il serait plaisant de réfléchir à nouveau à la question de la dette sur laquelle nous avions déjà publié un précédent commentaire. Dans l'édition du 4 janvier 2012 du journal des Echos en effet, Jacques Delpla, membre du Conseil d'analyse économique et ancien membre de la commission Attali, propose d'opposer un "mur d'actifs" au mur d'endettement pour garantir le remboursement de la dette française qui, rappelons-le, atteint aujourd'hui environ 1 600 milliards d'euros soit 84 % du PIB français.

Soucieux de ne pas faire porter le poids de la dette sur les générations futures, l'éminent économiste propose de taxer à 15 %, de façon exceptionnelle, l'ensemble des actifs nationaux (immobiliers, fonciers, financiers), estimés à 12 500 milliards d'euros, afin d'alimenter un fonds d'Etat chargé de garantir la dette et de la rembourser progressivement. Il précise que cette taxe pourait être aussi bien payée en cash qu'en titres de propriété, permettant ainsi aux "pauvres"détenteurs d'actifs (les propriétaires d'un bien immobilier qui ne possèdent pas de  liquidités comme les fameux "retraités de l'île de Ré") de payer la nouvelle taxe sans avoir à céder leurs biens.

Si l'idée de M. Delpla apparaît cohérente, il semble que la taxation proposée par l'économiste ne soit pas souhaitable. Porquoi? Parce qu'elle n'est pas juste et qu'elle ne remet pas en question l'analyse traditionnelle de la dette.

Pourquoi faudrait-il rassurer les prêteurs?

Tout d'abord, pourquoi faudrait-il créer un fonds de garantie de la dette française financé par une taxation à 15 % des actifs français alors que ceux-ci sont déjà valorisés à 12 500 milliards d'euros? La constitution d'un tel fonds servirait en fait uniquement à rassurer les investisseurs en leur rappelant -une nouvelle fois?- que derrière le passif français existe bien un actif dont le montant reste, aujourd'hui encore, bien supérieur à la dette française. A quoi bon mobiliser dans une structure spécifique ces 1 600 à 1 800 millliards d'euros? Les prêteurs de la France sont-ils aveugles au point que l'on doive leur mettre sous les yeux, dans une structure particulière, une partie des actifs français et ce uniquement pour leur redonner confiance et les tranquiliser? Il serait temps que les prêteurs apprennent la notion d'actifs et comprennent que l'endettement de la France a servi à investir et à enrichir le patrimoine national.


Une proposition qui ne modifie pas l'analyse traditionelle de la dette

La limite de la solution proposée par M. Delpla réside essentiellement dans son absence de remise  en cause de l'analyse traditionnelle de la dette: celle-ci reste toujours comparée au PIB c'est-à-dire à un flux annuel (1 800 milliards d'euros en 2010), alors que la dette constitue un stock (1 600 milliards d'euros). Il serait plus logique de comparer deux stocks entre eux, donc la dette totale à la somme des actifs français, ou encore des flux entre eux c'est-à-dire  la charge annuelle de la dette rapporté et le PIB. Dans cette logique, le ratio d'endettement (dette/actifs) atteint  13 % environ, ce qui apparaît tout de suite beaucoup moins préoccupant que les 85 % de taux d'endettement  dont la presse se fait sans cesse l'écho.

Quand bien même continuerait-on à comparer le stock de dette à un flux de revenu, rappelons que les Etats restent bien moins endettés que les particuliers, alors qu'on ne cesse de répéter qu'il conviendrait de gérer les finances de l'Etat "en bon père de famille". Or un particiculier qui achète un bien immobilier -sa résidence principale par exemple- s'endette à hauteur de six, dix voire quinze fois son revenu annuel (ratio d'endettement de 500 à 1 400 %) si l'on compare le montant de  l'emprunt (la dette) au revenu annuel (le salaire). En comparaision, la dette de la France ne repésente même pas deux fois son revenu annnuel! Pas de quoi s'inquiéter donc.

Une proposition qui ne règle en rien l'injustice fiscale

Une critique supplémentaire à la proposition de l'économiste reste son injustice. En taxant à 15 % tous les actifs, le principe de progressivité de l'impôt est nié et le simple détenteur d'une résidence principale paie le même taux d'imposition qu'un multimillonnaire: n'est-ce pas remettre en cause l'article 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, laquelle a valeur constitutionnelle, qui dispose que la contribution des citoyens doit être "également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés". Il ne s'agit pas seulement de réduire la dette mais encore de savoir  qui va la payer et selon quelles régles.

La proposition de M. Delpla fait fi d'une plus grande justice fiscale alors que c'est cette injustice qui explique en grande partie l'actuelle dette française: les plus riches ne paient pas les impôts nécessaires au bon fonctionnement de l'Etat. Une révolution fiscale apparaît aujourd'hui tout à fait indispensable et les élections prévues en 2012 seront, espérons-le, l'occasion d'un débat de fonds sur le thème de la justice fiscale. Cela ne dispense évidemment pas de maîtriser les dépenses publiques, mais il faut admettre que la France préfère, depuis 35 ans, financer ses dépenses par l'emprunt davantage que par l'impôt.

La croissance: une solution efficace contre la crise

Pour conclure, il convient également de contester l'idée que la dette ne doit pas être remboursée par les générations futures. En effet, grâce à la croissance économique, les générations futures seront beaucoup plus riches que les générations actuelles et passées et seront donc beaucoup plus à même de rembourser les dettes que nous ne le pouvons. Ils bénéficieront  d'un stock d'actifs plus important, ce qui réduit d'autant le niveau réel de l'endettement.

Pourquoi donc taire le fait que la croissance reste le plus sûr moyen de rédure le déficit et l'endettement? C'est pourtant le chemin inverse que prennent la France et ses partenaires européens, tous engagés dans des politiques d'austérité qui rendront encore plus long et difficile le désendettement de l'Etat.

Meilleurs voeux pour cette année 2012!

aleks.stakhanov@gmail.com

Qui a le mieux gouverné la France ces trente dernières années?

lundi 21 novembre 2011
Droite et gauche ont eu le pouvoir autant de temps ces trente dernières années. Alors que la majorité des Français pense que la droite est plus qualifiée pour réduire la dette publique, les faits montrent que si les deux partis ont une responsabilité partagée, la dette d'aujourd'hui est en grande partie héritée de la droite.

Un article à découvrir ici.

Une vidéo de 1994 dans laquelle Emmanuelli évoque l'augmentation de la dette publique entre 1993 et 1995:


    id="Visionneuse" width="525" height="400"     codebase="http://fpdownload.macromedia.com/get/flashplayer/current/swflash.cab">                                                        


Et une jolie gallerie photo à découvrir...









Notation: piège à cons!

lundi 24 octobre 2011



Une agence de notation bien connue a indiqué lundi 17 octobre dernier qu'elle plaçait la France sous surveillance pour déterminer si la "perspective stable" qu'elle donne à la note financière de la France (AAA) n'allait pas être abaissée à "négative", première étape vers une possible dégradation de la note française. Alors que le Gouvernement se contente simplement de dire qu'il s'agit d'une mauvaise nouvelle, la consternante annonce de cette agence doit être dénoncée avec véhémence!

Raisons invoquées par l'agence: le niveau de la dette française évidemment, l'absence de crédibilité des mesures de redressement proposées par la France, mais surtout le possible soutien à d'autres pays de la zone euro comme la Grèce ou à ses propres banques. En d'autres termes, la France serait sanctionnée au moment même où elle s'apprête à résoudre, avec ses partenaires, la crise financière européenne que les agences de notation n'ont jamais vu venir!

Il est grand temps que le pouvoir de nuisance des agences de notation soit déjoué avant que que leurs dégâts pour l'économie ne soient irreversibles: de quel droit une agence de notation imposerait-elle leur conduite aux Etats dont les Gouvernements sont élus et responsables devant les citoyens? Quelle légitimité ont ces entitis irresponsables pour dicter aux Etats leurs politiques publiques? Aujourd'hui, la perspective de dégradation des notes financières des Etats conduit les Gouvernements de l'ensemble des pays de la zone euro à mener des politiques d'austérité!

Les agences de notation ne sont malheureusement pas à leur premier scandale: l'été dernier, une autre agence a dégradé la note financière des Etats-Unis au moment même où le congrès américain trouvait un compromis sur le plafond d'endettement du pays! Elle s'arrogerait donc le droit de légiférer à la place des représentants des nations? Il n'est pas acceptable que le destin de millions de citoyens soit déterminé par des agences de notation aussi inutiles qu'incompétentes: elles n'avaient pas prévu la crise des subprimes et ne le pouvaient pas parce qu'elles sont notoirement incompétentes!

Pourquoi taire ce que tout le monde dit tout bas: dans le domaine de la finance, les personnes les plus compétentes ne travaillent pas pour les agences de notation. Les meilleur étudiants, formés dans les prestigieuses écoles et universités, sont recrutés par les grandes banques, dont les activités sont elles aussi condamnables, alors que les agences de notation se contentent de recruter des seconds couteaux. Les agences chargées de noter les produits financiers sont donc peuplées d'incompétents dont personne n'a voulu ailleurs! Voilà la vérité! Et elles se permettent de noter les Etats et de les conduire à la ruine?! 

J'apprends que la Libye a proclamé hier sa libération. Attention! Nos célèbres agences de notation  sont bien capables de dégrader la note libyennes parce que la mort du colonel Khadafi fait peser un risque pour la stabilité de la dette de la Libye. Stakhanov plaisante quand il écrit cela: les agences de notation seront sérieuses lorsqu'elle le feront!

Prix Nobel d'économie: l'apport de Sargent et Sims

lundi 10 octobre 2011

Le prix Alfred Nobel de la Banque de Suède a été remis à Thomas Sargent et Christopher Sims pour leurs travaux sur la causalité en macroéconomie.

Sargent est connu pour ses travaux sur la politique monétaire qu'il a menés avec Neil Wallace dans les années 1970 et 1980. Les deux auteurs montrent l'importance d'une politique budgétaire soutenable comme préalable à la mise en place d'une politique monétaire crédible. En effet, la lutte contre l'inflation peut entraîner une contraction de la croissance économique et donc mener à une hausse des déficits publics pour soutenir l'activité et in fine un accroissement de l'endettement public. Face à l'augmentation de l'endettement, la Banque centrale va alors "monétiser" les dettes publiques, c'est-à-dire financer directement l'endettement public, au prix d'un regain d'inflation. C'est la "déplaisante arithmétique monétariste": la lutte contre l'inflation entraîne une augmentation de la dette publique si la politique budgétaire n'est pas saine et finalement à un regain d'inflation pour diminuer la dette en volume. Toute politique de lutte contre l'inflation n'est alors crédible que si la politique budgétaire est soutenable à long terme et que les banquiers centraux ont les mains liées, c'est-à-dire qu'ils s'imposent de résister aux sirènes du financement direct de la dette publique. L'analyse de Sargent et Wallace est donc définitive pour comprendre la gouvernance des banques centrales des pays industrialisés et les règlessur les déficits publics imposées par les traités, notamment les traités européens.

Sargent est également un de ceux qui a développé les anticipations rationnelles avec Robert Lucas, lauréat du Nobel d'économie en 1995, selon lesquelles les agents économiques utilisent l'information à leur disposition pour prendre en compte des décisions rationnelles. La modélisation de telles anticipations avait été utilisée pour évaluer la politique économique de la Fed sur le long terme.

De son côté Sims est connu pour avoir développé les modèles empiriques de type VAR qui sont des modèles auto-régressifs utilisés frequemment en macroéconomie ou dans l'analyse de séries temporelles. Ces modèles permettent de modéliser les liens dynamiques qui existent entre plusieurs variables du modèle. Il s'agit essentiellement de capturer les interdépendances qui existent entre les valeurs passée et présente d'une même variable et les interactions qui existent entre ces mêmes valeurs et les autres variables du modèle. On purge ainsi les effets purement conjoncturels et les tendances incertaines pour avoir une approximation du lien causal qui existe entre les variables du modèle.

Le prix Nobel a encore une fois cette année suivi l'actualité de la crise économique pour récompenser des économistes qui ont travaillé sur des modèles macroéconomiques faisant le lien entre politique monétaire et politique budgétaire. Comme les éconoclastes, je regrette que Robert Barro et Alberto Alesina dont l'apport pour la compréhension de la croissance (mais également pour les anticipations rationnelles et le lien entre politique monétaire et chômage pour Barro) ne soient toujours pas récompensés. Leur tour viendra peut-être au moment de la reprise mondiale. Le problème est que la macroéconomie dure à la Barro a déjà eu son lot de Nobel: de Sargent à Kydland et Prescott en passant par Lucas.

Pour beaucoup d'économistes, William Nordhaus est également un candidat qui devrait être nobélisé dans les prochaines années. Son manuel d'économie écrit avec Paul Samuelson est une référence et ses multiples articles sur le changement climatique et son impact sur la croissance économique de long-terme sont parmi les plus diffusés. Il a également été un des premiers économistes à pointer l'insuffisance du PIB comme indicateur du bien-être. Nul ne doute que l'urgence climatique remettra sur le devant de la scène la nécessité d'une croissance durable, ce qui pourrait assurer un Nobel à ce francophile qui a fait une partie de ses études à Sciences Po.

Dans un autre genre, Robert Shiller et Douglas Diamond méritent un Nobel pour leur compréhension du fonctionnement des marchés financiers: Shiller, via une explication psychologique des anticipations sur les marchés financiers; Diamond par la modélisation des crises de liquidité. Robert Shiller devrait être à coup sûr un des prochains Nobel.

Alvin Roth, un économiste que j'ai déjà mis à l'honneur, pourrait également recevoir le Nobel pour ses travaux sur le design et le fonctionnement des marchés. La John Bates Clark Medal attribuée plus tôt cette année à Jonathan Levin pour sa compréhension des marchés et des enchères a mis Roth au top des nobélisables: une prédiction qui n'aura pas eu lieu.

Du côté français, on attend avec impatience la réception du prix par Jean Tirole pour ses travaux sur l'organisation industrielle, les contrats et plus généralement l'asymétrie d'information, les incitations mais également la formation des bulles financières et l'économie du changement climatique. Emmanuel Saez, pour ses travaux sur les systèmes de taxation et les inégalités, et Esther Duflo, pour ses travaux sur les politiques de développement et son apport à la science économique par l'expansion des expériences naturelles, feront également d'ici une quinzaine d'années de bons nobélisables.

Quelques réflexions sur la crise financière

jeudi 15 septembre 2011




La panique gagne les bourses de la zone euro qui ont perdu respectivement , depuis mi-juin 2011, 20 % pour l’Espagne, 22 % pour la France, 26 % pour l’Allemagne et 30 % pour l’Italie. Elle s’explique par les craintes concernant la solvabilité de la Grèce, dont les mesures d’austérité tardent à produire leurs effets, et par l’exposition de plusieurs banques françaises à la dette grecque, laquelle a conduit à la dégradation de deux d’entre elles par l’agence Moody’s le 14 septembre 2011. Devant ce chaos financier annoncé, voici quelques réflexions sur la crise que connaît l’Europe aujourd’hui.

Faut-il blâmer la Grèce pour la crise actuelle ?

La situation financière de la Grèce est grave : le pays ne parait plus en mesure de faire face à ses engagements financiers. Les mesures d’austérité ne produisent pas leurs effets, faute d’une administration fiscale performante et du temps nécessaire pour leur mise en œuvre. Faut-il blâmer la Grèce pour la crise financière actuelle ? Le pays est en effet fortement endetté (300 milliards € soit 120 % de son PIB) et surtout, il est coupable d’avoir  menti sur son niveau de déficit et d’endettement depuis le début des années 2000.

Il convient toutefois de souligner que la Grèce ne représente que 3 % du PIB de la zone euro. La faillite grecque ne peut pas à elle seule provoquer l’effondrement du système financier de la zone. Surtout, on peut s’interroger sur le rôle des banques dans la crise actuelle. Celles-ci ont en effet prêté de l’argent à la Grèce (achats de bons du trésor) à des taux d’intérêt extrêmement faibles après l’entrée de la Grèce dans la zone euro. Si la Grèce peut être blâmée pour avoir menti sur la réalité de son endettement, les banques n’ont-elles pas pris des risques inconsidérés en prêtant de l’argent à un taux d’intérêt égal à celui de la France et de l’Allemagne alors que le pays n’avait pas atteint le niveau de richesse des deux pays fondateurs de l’UE ?

L’exposition de banques à la dette grecque, notamment françaises, est la conséquence d’une stratégie qui s’avère aujourd’hui erronée : la croyance en la croissance économique grecque. La diminution de la valeur boursière des banques françaises ne fait donc que sanctionner une stratégie hasardeuse, tout comme la dégradation de la note financière de deux d’entre elles par l’agence Moody’s prend acte des risques pris par ces établissements. Leurs analyses de la situation financière et économique grecque étaient en fait inexactes : les profits anticipés ne seront pas réalisés. Il est alors normal que le cours des actions de ces banques diminue.

La sur- réaction des marchés renforce la crise actuelle

Toutefois, l’exposition au risque grec justifie-t-elle que la valeur des actions des grandes banques françaises ait perdu plus 50 % en trois mois ? Il semble que l’on soit plutôt confronté à une sur- réaction des marchés financiers qui anticipent le pire c’est-à-dire la faillite de la Grèce. C’est parce que les marchés anticipent l’insolvabilité de la Grèce que les banques françaises, exposées au risque, sont aujourd’hui dans la tourmente ; mais si le risque est possible, il n’est pas certain. Surtout, la réalisation d’un tel risque ne devrait pas avoir de conséquence systémique pour le marché financier en raison du caractère limité du stock de dette grecque (300 milliards d’euros) en comparaison des stocks français (1 600 milliards de d’euros), italien (1 850 milliards €) ou allemands (2 100 milliards €).

Un parallèle avec les crises de la dette des pays en développement ?

Un parallèle peut être établi entre la crise de la dette grecque et les crises de la dette qu’on connues les des pays en développement dans les années 1980. Tout comme la Grèce, les pays d'Afrique et d'Amérique latine souhaitaient emprunter pour investir. Les investisseurs - notamment les banques- ont estimé que les investissements seraient rentables à moyen terme et que les pays étaient capables de les rembourser. Surtout, ils recherchaient de nouvelles zones d’investissement alors que la crise consécutive au premier choc pétrolier affectait l’Europe et les Etats-Unis.

La remontée des taux d’intérêt au début des années 1980 a toutefois empêché les pays endettés de rembourser leurs dettes : les investissements ont été gelés et certains ont été moins rentables que prévu. Pour les prêteurs, cela a constitué une perte préjudiciable pour leurs profits mais toute décision économique implique un risque qu’il convient d’assumer. Pour les pays emprunteurs, la remontée des taux d'intérêt a conduit à un surendettement. Dans le cas de la Grèce comme dans celui des pays en développement, les prêteurs se sont trompés sur les perspectives de croissance, sur les rendements futurs des investissements et sur la capacité de remboursement des pays emprunteurs : il s’agit d’une erreur d’analyse de prêteurs soucieux de dégager des profits. Les banques sont donc aussi responsables de la crise de la dette que les Etats et doivent alors être sanctionnés par des pertes.

Le paradoxe des banques : des entreprises privés au service d’un intérêt commun

La difficulté réside dans le fait que les banques constituent des acteurs particuliers de l’économie. En tant qu’entreprises financières, elles visent à générer des profits à destination de leurs actionnaires comme toute entreprise privée ; mais elles assurent en même temps la liquidité des marchés financiers en achetant obligations d’Etat, obligations d’entreprises, actions mais aussi devises et en échangeant des titres. Cette liquidité est essentielle au bon fonctionnement de l’économie puisqu’elle favorise les transactions, les prêts, la circulation des capitaux et donc la croissance, et parce qu’elle répartit les risques d’un acteur financier sur l’ensemble des agents. C'est parce que les banques assurent une telle fonction que leur faillite est rarement envisagée par les pouvoirs publics: celle-ci peut en effet provoquer des troubles systémiques comme l'a prouvé la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

Aujourd’hui, la perte de confiance des banques entre elles dans le contexte de la crise de la dette grecque est telle qu’elle remet en question leur rôle dans le système financier puisqu’elles n’assurent plus la liquidité du système : elles refusent en effet de s’échanger titres et argents. Or cette liquidité peut s’analyser comme un service public puisque de lui dépend la stabilité financière des économies.

Il est paradoxal que cette fonction de stabilisation du système financier soit laissée à des acteurs privés dont le comportement est dicté par leurs propres intérêts et non par l’intérêt général. Aujourd’hui les banques, en tant qu’entreprises, n’ont plus intérêt à se prêter de l’argent ni à acheter de la dette parce qu’elles pensent que de tels prêts n’amélioreront pas leur rentabilité. Au contraire,  les Etats ont aujourd’hui intérêt à ce qu’elles continuent à prêter pour assurer la liquidité du système financier et financer des plans de relance, la récession qui s’annonce ne faisant qu’amplifier la crise de la dette.

C’est la préférence des banques pour leur intérêt privé, au détriment de l’intérêt commun que représentent la liquidité des marchés financiers et la relance en temps de crise, qu’il convient de combattre. En outre le double-jeu des banques, qui consiste à encourager l’endettement des Etats pour acheter des produits financiers sans risques- les Etats sont réputés ne pas pouvoir faire faillite- mais à sanctionner aussitôt un Etat, par l’augmentation des taux d’intérêt, lorsque celui-ci est endetté, doit être dénoncé.

Quelles solutions pour sortir de la crise financière ?

La sortie de la zone euro est une fausse bonne idée

La sortie de la Grèce de l’euro ne constitue pas une solution puisque cela aggraverait le problème de la dette pour les Grecs et pour les banques auprès desquelles elle a emprunté. Elle aurait d’autres implications comme une baisse du pouvoir d’achat pour les Grecs et une crise de confiance dans la monnaie unique.

La restructuration de la dette grecque apparaît nécessaire

La sortie de crise vient surtout d’une restructuration de la dette grecque ce qui signifie l’abandon de créances. Le stock de dette n’est pas tel que le système financier européen risquerait de s’effondrer. Les banques exposées subiraient certes des pertes nettes, estimées à 8 milliards d'euros, mais celles-ci pourraient être compensés par d’autres profits. Rappelons que la perte de 5 milliards d’euros par la Société Générale en 2008 ne l’a pas empêché de réaliser des bénéfices.

La régulation des banques est un impératif catégorique

Pour envisager la fin de la crise, il convient de réguler davantage le secteur bancaire pour  contraindre les banques à continuer à prêter en temps de crises. Il est possible qu’une régulation réduise les profits des banques en période de prospérité, mais cela limiterait aussi la récession en période de crise : elles se verraient en effet imposer l’obligation de continuer à échanger des titres pour assurer ainsi la liquidité et la stabilité du système financer. Puisque l’actuelle liberté des banques a conduit à une crise aussi grave que celle que nous connaissons aujourd’hui, peut-être serait-il plus prudent de réguler davantage le secteur bancaire pour éviter une crise systémique et des crises futures ? Par ailleurs, l’imposition de règles aux banques peut apparaître comme une juste contre- partie aux énormes profits qu’elles ont réalisés en période de croissance et qui ne sont utilisés qu’à des fins privés.

Leur nationalisation partielle ou totale ne doit pas être éludée puisque un secteur bancaire public permet aux Etats de contrôler directement le crédit à accorder aux entreprises, aux banques et aux ménages.

La BCE doit prendre la mesure de la crise

Les banques centrales ont un rôle à jouer dans la crise puisqu’en tant que prêteur en dernier ressort, elles sont chargées d’assurer la liquidité du système financier après les banques. Puisque celles-ci ne remplissent plus ce rôle, il serait temps que les banques centrales interviennent de façon massive pour racheter les titres des banques et monétiser la dette des Etats. A ce titre, la BCE semble en retrait par rapport à la réserve fédérale américaine puisqu’elle n'a racheté que 100 milliards d’euros de dette contre plus de 1 000 milliards de dollars pour la FED.

Les eurobonds : une idée séduisante qui arrive trop tard

Face à crise de la dette grecque, l’idée d’émettre des eurobonds, obligation européenne, séduit de plus en plus. Avec une dette nulle, l’UE est en effet capable d’emprunter à un faible coût sur les marchés financiers à condition de modifier le traité de Lisbonne : cela permettra à des pays comme la Grèce, confronté à une envolée des taux d’intérêt (18 % à 10 ans selon The economist) par rapport à l’Allemagne (2,20 %) et à la France (2,90 %) de rembourser ses intérêts à un coût moins élevé.

Si l’émission d’eurobonds semble une nécessité, on ne peut que regretter qu’il ait fallu attendre la crise financière actuelle pour que des acteurs politiques et financiers se rallient à cette proposition qui implique l’endettement de l’UE en tant qu’institution. Depuis de nombreuses années en effet, les partisans d’une Europe fédérale ont toujours soutenu l’idée d’une augmentation du budget de l’UE (aujourd’hui limité à 1 % du PIB des pays de l’UE), la création d’un véritable budget fédéral ou, au moins, la possibilité pour l’UE de s’endetter pour de grands projets servant à assurer la croissance des pays les moins riches de la zone euro. L’émission d’eurobonds  sera utile pour aider les Etats confrontés à une crise de la dette mais ne servira malheureusement pas à financer les projets d’envergure dont l’Europe a besoin.