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"Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux" Paul Valéry


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A l'arrondi : donnez un pourboire à ceux qui en ont besoin

jeudi 19 septembre 2013
Mes étudiants le savent, la possibilité de laisser un "pourboire" pour les gens dans le besoin lors d'un paiement est une idée que je défends depuis longtemps dans mes cours. Lorsque j'évoque les innovations sociales à mettre en place pour lever de l'argent afin de financer des programmes de lutte contre la pauvreté, je parle généralement de la taxe Tobin, d'une surtaxe sur les biens de luxe ou de la possibilité de laisser quelques centimes ou quelques euros lors de vos achats. 

"L'arrondi", un programme soutenu par microDON, permet avec des supermarchés partenaires d'arrondir votre paiement à l'euro supplémentaire afin de récupérer quelques centimes pour financer des actions solidaires. La généralisation du système, y compris à d'autres commerces, notamment lors des paiements en carte bleue, permettrait à chacun d'entre nous, lorsque bon lui semble, de faire un don sans avoir à remplir de formulaire. 

Réforme des retraites 2013: ce qui change

lundi 16 septembre 2013





Nécessité de la réforme

Trois ans après la réforme de la Présidence Sarkozy, le Président Hollande s'offre sa propre réforme des retraites. La réforme de 2010 devait permettre l’équilibre du système jusqu’en 2020, au prix du pillage du Fonds de réserve des retraites qui assurait le financement des pensions après 2020. La réforme portée par Woerth n'aura été qu’un toilettage peu utile car sa durée de vie supposée de dix ans n'aura duré que trois ans. Sans réforme, le régime des retraites serait largement déficitaire en 2020. Il n’y avait donc pas d’autres solutions de court terme que le rabotage du système par une augmentation des durées de cotisations ou des cotisations elles-mêmes, ce qui passe par un alignement des règles des différents régimes de retraites, sauf à repenser de manière globale notre système de retraites. La réforme du PS est habile politiquement car elle aborde toutes les questions essentielles, sans toutefois s'avérer durable. 

Evolution du PS sur la question des retraites

Le contre-projet du PS en 2010 considérait la question des retraites comme relevant de la solidarité nationale et proposait donc des taxes supplémentaires sur les plus hauts revenus et le capital, ainsi qu’une augmentation des cotisations supportées par les entreprises pour financer la réforme des retraites. 

Le think tank Terra Nova, proche du PS, proposait de casser les avantages fiscaux des retraités pour lever 11 milliards d’euros par an. Cette proposition, qui est depuis systématiquement remise sur le tapis, se base sur l'idée que les générations précédentes ont travaillé moins longtemps et qu'il n'est donc pas nécessaire qu'elles bénéficient en plus d'avantages fiscaux trop importants. Le gouvernement a écarté une potentielle augmentation de la CSG d'une manière générale ainsi que sur les retraités, tout en revenant sur certains avantages fiscaux, notamment la défiscalisation de la majoration de 10% de la retraite pour les parents de trois enfants; cette mesure entraînera une augmentation du montant d'imposition d'environ 10% pour les intéressés. 

En revanche, le PS n'a pas évolué sur quatre sujets: la réforme des régimes spéciaux, l'augmentation de l'âge minimum du départ à la retraite, la désindexation des retraites sur l'inflation et la lutte contre les inégalités dans l'accès à la retraite. Il a cependant abordé indirectement chacun des quatre arguments.

  • Ne pas avoir avancé frontalement sur l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général est évidemment une erreur économique, d'autant plus que le gouvernement a créé un compte pénibilité qui pourrait se substituer aux régimes spéciaux.  La mise en place du compte unique de retraite va dans le sens de l'alignement des règles des régimes mais il faut assurer la convergence des régimes entre eux. Le système actuel offre de droits différents à des personnes qui ont des revenus et des carrières similaires, ce qui est intolérable. 
  • L'augmentation de l'âge plancher du départ à la retraite, mesure pratique pour renflouer les caisses car elle augmente la durée de cotisations et la probabilité d'avoir des retraités dont la retraite n'est pas complète. La durée de cotisations est en revanche relevée à 43 ans en 2035. 
  • Par ailleurs, la désindexation des retraites sur l'inflation n'aura pas lieu mais le gouvernement l'a remplacé par le report de la valorisation des pensions de retraites en novembre plutôt qu'en avril. Sur une année pleine, un retraité perd donc six mois de revalorisation des retraites. 
  • Enfin, la lutte contre les inégalités par la meilleure prise en compte du temps partiel, de l'apprentissage et des périodes de chômage dans le calcul des annuités de retraites, va dans le bon sens de la lutte contre les inégalités dans l'obtention des retraites. Elle ne résout cependant pas de manière définitive l'inégalité fondamentale de notre système par répartition. 


La réforme idéale des retraites


Le système actuel des 25 meilleures années est injuste : un ouvrier commence à travailler plus tôt qu’un cadre et va donc cotiser plus longtemps ; en dépit d’une durée de cotisation plus longue, il n’aura pas ou peu avec le mécanisme de surcote un meilleur niveau de vie à la retraite ; il mourra par ailleurs plus jeune. Par ailleurs, du fait des qualifications requises pour certains métiers, un ouvrier a plus de chances d’entrer sur le marché de l’emploi avant 20 ans et a donc une grande probabilité de cotiser plus longtemps qu’un cadre lorsque l'âge de départ minimum de la retraite est relevé. 

La réforme idéale serait de déconstruire le système de répartition. Les économistes Antoine Bozio et Thomas Piketty ont proposé un système des retraites qui repose sur un âge plancher de 60 ans pour prendre sa retraite, et la suppression de l’âge auquel on peut bénéficier d’une retraite à taux plein sans avoir pleinement cotisé. Chacun cotiserait pour lui-même : pour se faire, les cotisations retraites devraient être relevées à 25% du salaire brut. En quelques sortes, chacun cotiserait plus en échange de la garantie de toucher l’argent de ses cotisations. Il n’y a plus de retraites complètes ou non, le système est lisible : si je commence à travailler à 20 ans et que je cotise 46 ans, j’ai le droit à une pension égale à l’ensemble de mes cotisations divisé par la durée de ma retraite (calculée en fonction de l'espérance de vie, par exemple par Catégories socio-professionnelles). Chacun a ainsi le droit de définir selon ses propres goûts son temps de travail et le niveau de pensions qu’il considère justes pour vivre.

"Regards" dans le top 10 politique de la rentrée

mercredi 12 septembre 2012


"Regards sur un XXIème siècle en mouvement", sous la direction de Thomas Porcher, préfacé par Jacques Attali, évoque 27 questions d’actualité qui ont marqué les dix dernières années et qui devront être débattues lors des dix prochaines. De la régulation financière à la place de la religion dans nos sociétés, en passant par l’avenir de l’industrie européenne et l’avenir du droit d’auteur.

Alors que la crise financière fait place à une croissance molle et à l’austérité, l’Europe et les Etats-Unis ne sont pas sortis de la crise financière, et il existe toujours, à défaut d’un risque d’effondrement des banques, un risque de redite de la présente crise. Une stricte séparation des activités bancaires, ainsi que des règles précises sur les conditions de sauvetage des banques doivent être revues à la hausse.

Dans un toute autre registre, la question de la laïcité a animé le débat public français ces dernières années et ne devrait pas tarder à réapparaître. La tradition française de laïcité de combat s'oppose à une vision plus libérale de la laïcité. La question fondamentale du débat est de savoir si les espaces privés deviendront des espaces publics. Un relatif consensus émerge pour que le principe d’une laïcité de combat soit activé lorsqu’il s’agit de protéger des valeurs fondamentales de notre société –égalité hommes femmes, éducation obligatoire et socle de connaissances sur lequel on ne peut transiger. Mais comme le suggère le Conseil d’Etat, il pourrait être utile que l’Etat réinvestisse le champ public de la pratique religieuse en fixant le cadre dans lesquelles ces dernières doivent évoluer. Ainsi, certaines propositions, comme l’enseignement du fait religieux, la signature de conventions de représentations avec les cultes, la formation des ministres du culte sont régulièrement reprises.

Enfin, notre pays ne peut faire l'économie d'une réforme fiscale en profondeur. La mise en place d'une politique de discrimination positive en faveur des territoires les moins bien dotés est à étudier. Fixée pour un temps déterminé et dans des conditions strictes par le législateur, cette péréquation pourrait être calculée en fonction d’un indice de développement créé au niveau européen pour les territoires, et fondé sur des critères démographiques, sociaux, économiques et environnementaux. Le retour à la cohésion entre les territoires français est à ce prix.

Ces trois débats, qui ne cesseront de revenir dans le débat politique français, sont abordés dans ce livre collectif dont je vous recommande la lecture. 


Mini-taxe Tobin pour mini-ambitions

lundi 20 février 2012



La taxe sur les transactions financières longuement annoncée par le gouvernement - auparavant priorité de l'agenda du G20 - a été votée à l'Assemblée Nationale jeudi dernier. Il s'agit d'un impôt de 0,1% sur les échanges d'actions des sociétés dont la capitalisation boursière dépasse 1 milliard d'euros et dont le siège social est en France. Une autre taxe de 0,01% vise le "trading à haute fréquence" et les Credit default swaps à nu, des produits financiers censés protéger les investisseurs du risque de faillite d'un Etat. La mesure rapportera 1 milliard d'euros. Ce dispositif doit être un premier pas vers une taxation européenne avec un taux plus élevé et qui devrait faire l'objet d'une directive.

Peut-on pour autant se satisfaire de cette mesure? Si celle-ci est louable, elle porte mal son nom. Plutôt que d'une véritable taxe Tobin, il s'agit d'un "droit de timbre" sur l'achat de certains titres financiers. La mesure existe au Royaume-Uni où elle rapporte trois fois plus. Elle n'a donc pour objectif que la création d'une recette nouvelle et non pas la lutte contre l'instabilité financière, ni la lutte contre la pauvreté. On aurait pu imaginer faire une entorse au principe de non affectation d'une recette à une dépense et consacrer le produit de cette taxe à la lutte contre l'exclusion ou au fameux "plan Marshall" pour les banlieues.