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Droite-gauche, quel clivage de valeurs?

mardi 19 novembre 2013






Voilà un tweet qui relance le SES bashing. Essayons de dépasser la polémique et de comprendre les enjeux de l'enseignement des sciences sociales. Ce que l'on voit dans le tweet c'est un manuel scolaire de terminale ES qui utilise un extrait de l'ouvrage de Jamine Massuz-Lavau, L'argent et nous, publié en 2007. Le programme de sciences sociales et politiques (cours de spécialité) invite les élèves à s'interrogersur le clivage gauche-droite et son influence sur les comportements etattitudes politiques. 

La culture politique des individus est le fruit d'expériences socialisatrices et renvoie à l'orientation psycho-sociologique vis-à-vis de la vie politique. La formation d'un « habitus politique » trouve ainsi son origine dans la socialisation primaire et la famille y joue un rôle important dès lors que les deux parents ont la même orientation politique. Le contexte historique, économique et sociale joue également un grand rôle dans la construction d'une culture politique. 

Ainsi, les individus qui se déclarent « être de gauche » ou « de droite », le font au regard d'un système de valeurs.L'extrait choisi par ce manuel vise donc à comprendre si le rapport à l'argent est un élément de clivage de la culture politique des individus. On peut reprocher au manuel de ne pas présenter la méthode utilisée pour l'enquête. Mobilisés ainsi, les témoignages d'individus font très « café du commerce ».

Janine Mossuz-Lavau, politologue au Cevipof, a effectué une enquête sur deux ans auprès de 105 personnes. Ces histoires de vie sont le fruit d'entretiens compréhensifs qui visent à comprendre les actions sociales des individus. Janine Mossuz-Lavau s'inscrit ainsi dans la tradition wéberienne de la sociologie compréhensive, et cherche à travers ces entretiens à construire des idéaux-types. L'idéal-type est un concept défini par Max Weber qui consiste à repérer les principales caractéristiques d'un phénomène sociale. L'enjeu n'est pas de rendre compte de manière exhaustive du réel mais plutôt d'établir un« tableau » permettant de penser le réel, de le confronter au modèle. 
  
Les témoignages présents dans ce manuel sont donc le résultat d'un travail de recherche en sciences politiques. Même si les clivages gauche-droite sont moins présents que par le passé, les personnes interrogées ont accepté de se positionner. Cet ouvrage nous apprend ainsi que l'identité politique de droite se construit autour du goût pour l'argent, du mérite individuel, du refus de l'assistanat et de la remise en cause de l'Etat-providence. A l'inverse, l'identité politique de gauche se développe sur le refus du culte de l'argent et sur l'adhésion aux valeurs solidaires.

Le Cevipof propose un test en ligne quipermet de se positionner politiquement. L'intérêt de ce site est de comprendre où se situent les principaux éléments de clivage à travers des questions portant sur l'économie et le social, sur les manières de vivre, sur l'identité et la sécurité. Testez-vous mais n'oubliez pas que ce classement n'est que le reflet de positionnement moyen chez des gens classés à gauche, ou classés à droite!


Le rapport Gallois et la compétitivité française (1/2)

mardi 13 novembre 2012



Critiqué tant pour son incapacité à contrôler son Gouvernement et sa majorité que pour son inaptitude à relancer l'économie, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé mardi 6 novembre dernier 35 mesures pour restaurer la compétitivité française. Non seulement il a fait sien le diagnostic du rapport Gallois, mais en plus il a immédiatement présenté les mesures concrètes qu'il comptait mettre en œuvre, alors que l'ensemble de la presse et l'opposition pronostiquaient un abandon pur et simple du rapport. Si la patronne du Medef estime avoir été entendue, une partie de la gauche critique la politique d'austérité du Gouvernement: en augmentant les impôts des ménages via la TVA, Jean-Marc Ayrault prendrait des mesures que la droite n'aurait pas désavouées et copierait la TVA sociale de Nicolas Sarkozy. Si l'habileté politique du Gouvernement peut être saluée, les mesures du Gouvernement suscitent également des critiques légitimes.

Un crédit d'impôt original

Principale annonce du Gouvernement, la baisse de 20 milliards d'euros de charges pour les entreprises vise à restaurer la compétitivité- prix des entreprises. En payant moins d'impôts, les entreprises pourront vendre moins cher leurs produits et ainsi être plus concurrentielles, sauf si elles préfèrent utiliser cette diminution d'impôts pour accroître leurs profits et les dividendes non réinvestis.

L'originalité de la mesure du Gouvernement réside surtout dans sa forme: un crédit-d'impôt. Alors que le droite et le Medef souhaitaient une diminution immédiate des charges sociales, avec pour risque une aggravation du déficit de la sécurité sociale, la proposition du Gouvernement permet de lier cette diminution de charges à la masse salariale et à l'emploi. Les entreprises auront donc intérêt à conserver leurs salariés, et même à augmenter leur nombre si elles veulent profiter encore davantage de ces réductions de charges. Une limite cependant: le crédit d'impôt s'annulera à 2,5 SMIC, au risque de conduire les entreprises à maintenir les salaires en-dessous de ce seuil. Un crédit d'impôt dégressif aurait été plus efficace mais pourrait coûter au final davantage que les 20 milliards d'euros que le Gouvernement a proposé. Reste que les emplois rémunérés au-dessus de ce seuil sont les plus qualifiés et les plus productifs: la demande des entreprises pour de tels emplois est moins corrélée à leurs prix, si bien que l'effet de seuil ne devrait pas avoir de conséquence trop importante.

La hausse de la TVA proposée par le Gouvernement est plus juste que la TVA sociale

Afin de financer une partie des diminutions d'impôt pour les entreprises, le Gouvernement a décidé d'augmenter la TVA. A une droite qui y voit un retour à la TVA sociale et souligne par la même occasion l'hypocrisie de la campagne socialiste s'opposent les critiques d'une partie de la gauche qui dénoncent la baisse du pouvoir d'achat des ménages. En passant à 20 % pour le taux normal de TVA (au lieu des 19,6 %) et à 10 % pour le taux moyen (au lieu de 7 %), le Gouvernement escompte 6,5 milliards d'euros de recettes supplémentaires. Il est exact que cette hausse de la TVA sera supportée par les ménages. Néanmoins, elle apparaît plus juste que la TVA sociale de Nicolas Sakozy (taux normal relevé de 1,6 point à 21,2 %), parce qu'elle sera compensée par une diminution de la TVA à prix réduit: appliquée aux produits alimentaires et de première nécessité, celle-ci passera de 5,5 % à 5 %. Un tel taux réduit est d'autant plus favorable aux ménages les plus modestes que leur structure de consommation est avant tout composée de biens de consommation courants, alors que des ménages plus aisés consomment davantage de biens à 7 % (restauration) et à 19,6 %.

Surtout, cette hausse de la TVA ne peut être comparée à la précédente TVA sociale: cette dernière visait à financer la protection sociale alors que cette question ne figure pas parmi les objectifs du Gouvernement. L'augmentation n'est donc pas de même nature.

Une partie de la gauche considère toujours que cette hausse de la TVA réduira la consommation des ménages. Ainsi les prix dans la restauration et dans les travaux aux particuliers, principaux secteurs aujourd'hui à 7 %, devraient effectivement augmenter. Toutefois, la baisse de la TVA dans la restauration de 19,6 % à 7 % avait été vertement critiquée par la gauche, compte tenu de son coût pour les finances publiques (3 milliards d'euros) et de l'insuffisance de contre-parties en matière d'emplois et de salaires. Il pourra alors sembler paradoxal que les mêmes qui s'opposaient à la baisse de la TVA dans la restauration critiquent maintenant sa légère augmentation. Quant à ceux qui souhaiteraient conserver un taux de TVA à 7 %, on pourra leur rétorquer que la hausse de 3 points reste modérée et que ce nouveau taux reste très en retrait de l'ancien taux de 19,6 %.

La mise en œuvre prévue en 2014 permettra de prendre en compte la conjoncture économique

La report à 2014 de la mise en mise en œuvre effective du crédit d'impôt et de la hausse de la TVA apparaît encore astucieux. En effet, tout en permettant aux entreprises de prendre en compte cette baisse dans leurs projets d'investissement, le Gouvernement ne leur rétrocédera le crédit d'impôt que l'année suivante. Ainsi le Gouvernement pourra-t-il se laisser encore du temps pour réfléchir aux modalités de financement de cette baisse de charges par de nouvelles recettes (taxe écologique) et la diminution des dépenses publiques. Par ailleurs, le Gouvernement pourra s'assurer que les entreprises respectent bien l'esprit de la mesure, c'est-à-dire conservent et créent des emplois. En outre, le Gouvernement pourra aussi analyser la conjoncture et modifier, si besoin, ses propositions. Un tel changement serait cependant contraire à l'objectif de stabilité et de prévisibilité des mesures économiques à destination des entreprises.

aleks.stakhanov@gmail.com