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Protéger l'éducation des groupes de pression

vendredi 2 décembre 2011





L'enseignement de sciences économiques et sociales subit des attaques régulières de la part des milieux patronaux. Deux articles récents mettent en question cette discipline scolaire, et accusent plus particulièrement ceux qui l'enseignent de colporter une mauvaise image de l'entreprise auprès de la jeunesse.

Frédéric Lemaître,président d'une "société de gestion de base de données sensibles", dans une tribune publiée le 28 novembre 2011 sur le site d'actualité Atlantico, dénonce le fait que l'enseignement de l'économie au lycée ait une orientation dite "social" plutôt que "commercial" donnant ainsi une fausse image du monde de l'entreprise. Il propose ensuite rapidement d'initier les élèves et leurs professeurs à la Bourse.

Le deuxième article est encore plus problématique, car il montre la méconnaissance de certains députés des programmes scolaires. Cette note publiée sur une page internet des Echos, rédigée par Jean-Michel Fourgous (député des Yvelines) et Olivier Dassault (député de l'Oise) et co-signée par une dizaine de députés UMP (notamment les réacs Hervé Novelli, Lionnel Luca, Christian Vanneste...) développe l'idée que si les français ont un faible niveau en économie, c'est en partie à cause de l'école où l'économie serait abordée seulement en sciences économiques et sociales sous l'angle des problèmes de société (chômage, exclusion, mobilité sociale, etc.) donnant aux jeunes une vision pessimiste de l'entreprise et plus généralement du travail.

Les deux articles ont comme point commun d'être caricaturaux et reprennent un certain nombre de poncifs habituels contre l'enseignement de SES. Il s'agit clairement d'une attaque idéologique, du même niveau que les attaquent des organisations religieuses contre l'enseignement de la théorie des genres dans les programmes de science en première. Les deux textes sont pleins de représentation sur ce qu'est l'enseignement de sciences économiques et sociales en développant une argumentation assez éloignée de la réalité de notre discipline.

Petit rappel rapide sur l'enseignement de l'économie au lycée

Les sciences économiques et sociales correspondent à la discipline scolaire qui enseigne l'économie et la sociologie au lycée. Nous enseignons donc les savoirs produits par ces deux disciplines savantes.

Ainsi l'objectif de l'enseignement de SES dans une filière générale et surtout dans une école républicaine et laïque est de diffuser des savoirs dont la légitimité est assurée par leur validité dans leurs champs de référence.

Ces deux articles posent cependant différentes questions auxquelles je ne m'attarderai pas à répondre ici tant elles apparaissent absurdes:

- les contenus enseignés en économie doivent-ils chercher à donner une bonne image de telle ou telle organisation ou doivent-ils s'appuyer sur des faits avérés et des théories valides?
- les programmes scolaires doivent-ils être dictés par des organisations patronales, syndicales, ou religieuses ou bien doivent-ils être le fruit d'une transposition didactique, s'appuyant sur les savoirs issus des différentes disciplines de référence ?
- Est-il nécessaire d'avoir travailler en entreprise ou d'être détenteur d'actions pour enseigner l'économie au lycée? On pourrait alors se demander si le professeur d'histoire devrait avoir passé un mois dans les tranchées pour enseigner la Première Guerre mondiale?

Le niveau de ces deux articles ne méritent pas que l'on s'y attarde plus, ainsi pour ceux qui souhaiteraient avoir un point de vue plus objectif sur les contenus enseignés, je les invite à lire directement les programmes officiels ainsi qu'une note que nous avions rédigée avec Simon Porcher pour Terra Nova qui insistait déjà bien sur l'idée que les contenus enseignés doivent être préservés des groupes de pression quels qu'ils soient.

Pourquoi faut-il apprendre l'économie?

lundi 6 septembre 2010






C'est la rentrée et votre humble serviteur a la chance d’enseigner l’économie uniquement à des non-initiés. Voici un extrait de l'inception que je vais faire à mes étudiants pour qu’ils intègrent les raisonnements économiques dans leurs décisions futures.

Comprendre l’économie, c’est être un bon gestionnaire. « La politique c’est le goût de l’avenir » disait Max Weber. La politique économique c’est donc la gestion de la rareté des ressources. Nous n’avons qu’une Terre et des ressources limitées. Mais nous avons également un savoir-faire et un instinct de survie qui nous poussent à trouver les moyens de dépasser la rareté. Ce moyen, c’est le progrès technique.

Pour autant nous ne savons pas tout. Les marchés sont caractérisés par un déficit d’information. Nous ne savons pas par exemple combien il faudrait investir pour nous protéger du réchauffement climatique. Nous ne connaissons pas non plus avec précision l’état des ressources pétrolières mondiales ou les investissements nécessaires pour éradiquer la famine. Être bon gestionnaire, c'est analyser les différentes forces en suspens pour prendre la décision la plus juste.

Comprendre l’économie, c’est être un meilleur citoyen. En ces temps de crises économique et sociale, l’économie reprend toute son importance. Il faut se méfier des discours politiciens et du mauvais jargon des économistes.

Il n’est jamais trop tard pour se mettre à l’économie : le tiers de mes élèves est en formation professionnelle et j’ai le sentiment que le raisonnement économique peut transformer leur manière de voir les choses.

Comprendre l’économie, c’est analyser les comportements humains. L’homme n’est pas une machine ni un être purement rationnel. Il est imprévisible et sujet à la colère, à la jalousie ou au laisser-aller. Mais il est prédictible dans un grand nombre de ses actions et répond à des incitations.

L’économie est une science humaine : elle étudie les décisions prises par un individu ou un groupe par une analyse statistique. Les statistiques sont plus importantes que jamais car nous assistons à une montée sans précédente du stock de données accumulées. La gestion des données impose une éthique. Chaque citoyen doit pouvoir contrôler ses données personnelles et estimer les risques qu’il court en les partageants. Dans le monde de l’entreprise, celui qui sait analyser les données a un avantage comparatif : il peut comprendre le passé, prévoir l’avenir et proposer des solutions concrètes.

Comprendre l’économie, c’est être un stratège. Si vous connaissez les principes de base, vous comprendrez qu’il ne faut pas mettre vos œufs dans le même panier. Pourtant, la plupart des agents économiques continue de le faire : la faillite de Lehman Brothers est entièrement liée à un manque de diversification de son portefeuille tandis que les particuliers continuent de détenir l’ensemble de leurs économies dans la même banque ou les placer dans le même type de produits financiers.

Comprendre l'économie, c'est comprendre le monde dans lequel nous vivons. Je ne cesserai de plaider pour un cursus d'économie - au même titre qu'un cursus de droit et de psychologie - commun à toutes les filières universitaires.

Vider les prisons pour renflouer les caisses de l’Etat

mercredi 9 juin 2010
Le coût administratif de l’emprisonnement est-il supérieur au coût social qui résulte de la liberté d’un criminel ? Une étude de Levitt (1996) met en avant l’efficacité marginale de l’emprisonnement pour le bien être social : un criminel de plus derrière les barreaux, c’est quinze délits en moins. Compte tenu du coût des prisons, les économistes ont cherché à trouver des moyens moins onéreux pour prévenir la criminalité. Lochner et Moretti (2004) étudient l’impact de l’éducation dans la jeune enfance sur la criminalité. Ils montrent qu’une augmentation de 1% de l’équivalent américain du baccalauréat pour tous les hommes de 20-60 ans pourrait entraîner une économie de 1,4 milliards d’euros pour les Etats-Unis sous la forme de réduction des coûts liés aux délits.

Peut-on limiter la récidive ? Katz, Levitt et Shustorovich (2003) montraient – à partir de données sur les prisons fédérales américaines entre 1950 et 1990 que les conditions de détention les plus dures – mesurées comme le plus grand ratio de meurtres par détenu à l’intérieur de la prison - entrainaient une moindre récidive. A l’inverse, Chen et Shapiro (2004) font une estimation de l’impact de la cohabitation entre détenus « dangereux » et détenus « un peu moins dangereux » - ceux qui ont des contraintes d’isolement moindres - dans les quartiers de haute sécurité. Des conditions plus difficiles de détention pour les plus dangereux se traduisaient par des taux de récidives de 10 à 15% plus importants à la sortie. Des prisons plus humaines entraînent donc des rues moins dangereuses.

La France compte plus de 60.000 détenus répartis sur environ 50.000 places en prison. Un détenu coûte chaque année près de 38.000 euros, soit 45.000 euros la place de prison. La population carcérale a doublé lors des trente dernières années alors que la population française n’a augmenté que de 20% sur la même période. Le budget des prisons est supérieur à 1,5 milliard d’euros. Aux Etats-Unis, on compte plus de 2 millions de détenus pour des dépenses totales de 40 milliards de dollars. Face à l’augmentation de la population carcérale, les Etats-Unis ont eu recours à des modes de gestion privée de leurs cellules.

Un récent rapport du Center for economic and policy research intitulé "The high budgetary cost of incarceration" propose de diminuer par deux la population carcérale emprisonnée pour des délits mineurs du type possession de drogue. En effet, l’augmentation rapide du nombre de détenus aux Etats-Unis s’explique essentiellement par des changements de législation, le nombre de crimes violents ou de vols restant stables comme le montre le graphique suivant.



L’économie serait évaluée à 17 milliards de dollars, soit un centième du déficit budgétaire américain pour l’année en cours. En ces temps d’austérité budgétaire, il faut bien aller chercher l’argent là où on peut, quitte à faire une révision générale de nos valeurs morales.

Génération 2000 : génération perdue ?

jeudi 1 avril 2010

Deux articles récents apportent des éléments de réponse à la question la génération « 2000 » - ou « millenials », ceux qui ont eu 18 ans au début des années 2000 - est-elle gâchée ? Le premier est de Jean-Pierre Robin du Figaro, le deuxième d’Anne Michel dans le Monde.

Robin revient sur une étude du Pew Research Center dont les conclusions sont connues : « last in, first out ». Autrement dit, les moins de trente ans ont un taux de chômage trois fois plus élevé que leurs aînés, un emploi généralement moins stable et un taux d’inactivité important. Robin cite à juste titre la théorie du « choc des générations » défendue par Louis Chauvel dans « Le destin des générations » (1998) : les écarts salariaux ont plus que doublé entre quinquagénaires et trentenaires entre 1975 et 2000 ; les risques de déclassement ont augmenté et l’accès au politique est bloqué…à cause de la « génération 68 ». Il y a là un véritable paradoxe d’Anderson : l’inflation des titres scolaires diminue leur valeur. Christian Baudelot & Roger Establet dans « Avoir trente ans en 1968 et 1998 » (2000) montre que les trentenaires de 1998 sont plus diplômés – ils ont cinq fois plus de chances d’avoir le Bac que leurs parents – mais un moindre accès au marché du travail et donc ni une mobilité, ni des revenus plus importants que leurs parents. En plus, ils devront payer la dette publique et la fracture écologique. Qu’attend la génération « 2000 » pour se révolter ?

Du côté du monde, on insiste sur la dernière note de l’INSEE : le patrimoine des français baisse pour la première fois depuis trente ans. Mais bonne nouvelle, il reste élevé : il représente 7,5 années de leur revenu disponible brut en 2007 contre 4,4 années sur la période 1978-1997. Les ménages sont majoritairement (58%) propriétaires de leur logement alors qu’ils étaient seulement 47% à être propriétaire en 1978. La génération « 2000 » est donc paradoxalement une génération « fille/fils à papa ». Jamais le patrimoine des français n’a été aussi élevé : le désavantage de l’insertion sur le marché du travail est compensé par l’aide familiale. Dans un dossier un peu plus ancien « Epargne et patrimoine des ménages » (2006), l’INSEE insistait sur le niveau trop élevé de l’épargne de précaution – une épargne pour faire face aux aléas de revenus – pour le motif du chômage. Cette épargne s’explique dans la majorité des cas par le fait que des parents épargnent au cas où un de leurs enfants serait au chômage. Même en situation de crise, les français bénéficient d’une bonne sécurité de l’emploi : plus de 80% d’une cohorte ne connaîtra jamais le chômage. Mais ce chiffre révèle également le défi de demain : les 20% restant concentrent sur eux l’ensemble des inégalités, qu’elles soient salariales, patrimoniales, ou scolaires.

La massification de l’école a changé la donne. C’est du côté de l’école qu’il faudra agir : les enfants d’ouvriers ont 23 fois moins de chances d’intégrer une des quatre grandes écoles (HEC, ENA, X, ENS). Transformons l'école pour déconcentrer les inégalités et ainsi donner tort à Bourdieu et Passeron: « Si l’école aime à proclamer sa fonction d’instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer- et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer- les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu’elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en dons personnels» in « La reproduction. Eléments pour une théorie du système d’enseignement » (1970).

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Doit-on s’étonner ou s’indigner de la violence à l’école ?

dimanche 21 février 2010

« Ouvrez une école, vous fermerez une prison ! ». La célèbre injonction de Victor Hugo est encore d’actualité d’un point de vue économique et sociologique: l’éducation a historiquement un rôle de prévention des crimes et des délits autant qu’un rôle de réparation. De nombreuses études économétriques (Fougère et al., 2009) soulignent le lien positif entre chômage des jeunes et le nombre de délits mais également le lien négatif entre le nombre d’années d’études et la probabilité d’aller en prison et même la durée d’incarcération (Lochner et Moretti, 2004). Il semble toutefois que la massification de l’école ait limitée sa capacité intégratrice de toutes les classes sociales et même engendrée de l’exclusion.
L’émotion des médias lors des faits de violence dans le milieu scolaire et l’utilisation des enseignants de leur droit de retrait ont relancé le débat sur la sécurité à l’école. Le gouvernement a d’ailleurs décidé de lancer des « états généraux » sur le sujet. Mais doit-on pour autant s’étonner et s’indigner de tels faits de violence ?

Statistiquement, il n’est pas étonnant que les lycées des quartiers sensibles soient soumis à des violences physiques ou verbales quotidiennes. D’abord parce qu'au niveau national les mineurs représentent 17% de l’ensemble des crimes et délits enregistrés en 2008 (INSEE), ensuite parce que 50% des faits de violence se concentrent sur 10% des lycées. Une faible proportion de lycées connaît donc des faits de violence réguliers qui empêchent le système d’enseignement secondaire d’assurer sa mission principale d’éducation. Toutefois, l’école reste relativement sanctuarisée puisque le rapport incidents/population est de 12 pour 1000 à l’école contre 57 pour 1000 au niveau national. Même en contrôlant pour le nombre d’incidents qui sont réglés en « interne » dans les établissements scolaires, les crimes et les délits sont moins courants au sein des écoles qu’au niveau macro national. Dans le temps long de l’histoire, de nombreuses études sociologiques soulignent la diminution de la violence et de l’insécurité (crimes de sang, viols, rackets, dégradation d’infrastructures, insultes verbales, etc.) dans le système éducatif et l’expliquent comme une conséquence du fait de la disparition des mesures de violence corrective.

D’un point de vue sociologique, la violence est une forme d’interaction sociale constructrice de la personne humaine. Il n’est pas étonnant qu’elle soit plus visible dans les quartiers défavorisés car i) le degré d’aversion à la violence y est plus faible ; ii) la remise en cause de l’école comme institution y est plus forte (Baudelot et Establet, 1970).

On ne peut cependant minimiser le problème pour deux raisons. D’abord, les crimes et les délits ont des coûts humains et économiques qui renforcent les inégalités entre quartiers et populations. D'où l'idée de droite d'être plus dissuasif en étant plus répressif. Ensuite, les moyens alloués à l’éducation sont actuellement inégalement répartis. D'où l'idée de gauche d'être plus préventif en augmentant les moyens humains. La solution réside peut-être dans les inégalités d'infrastructures. Par exemple, Paris compte un lycée pour 600 jeunes de 15-19 ans et la Seine-Saint-Denis un lycée pour 900 jeunes de 15-19 ans. En dynamique, les chiffres sont encore plus significatifs : en 1990, l’écart de jeunes de 15-19 ans entre Paris et la Seine-Saint-Denis était de 20% alors qu’il n’est plus que de 10% en 2008. L'économiste dira que la demande potentielle de lycées est plus importante que l'offre de lycées: la bonne éducation aurait donc un prix implicite beaucoup plus élevé pour les populations les plus démunies, et le "gap" de prix serait en train de s'accroître au mépris des inégalités de revenu. Ces chiffres sont d'autant plus inquiétants que le rattrapage démographique va être très rapide : la Seine-Saint-Denis compte 200 000 jeunes de 5-14 ans contre 190 000 pour Paris. L’augmentation des infrastructures scolaires en banlieue permettrait de limiter la taille des classes mais également de sectoriser les lycées pour éviter les affrontements entre quartiers. Le problème est évidemment financier mais l’investissement peut être très rentable d’ici à 2020 !

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Faut-il réformer la carte scolaire ou simplement appliquer la loi SRU ?

lundi 15 février 2010

Le logement familial est-il un facteur de réussite scolaire des enfants ? Il semble relativement évident que les « meilleures » écoles – celles qui ont les classes préparatoires les plus réputées et le taux de réussite au Baccalauréat le plus élevé - sont dans les zones urbaines les plus aisées et ont donc, par l’effet du zonage des collèges et des lycées, des élèves issus des familles aisées. Les parents qui souhaitent que leurs enfants étudient dans ces établissements ont alors deux possibilités: i) se rapprocher géographiquement d’un bon collège ou d’un bon lycée sous la contrainte financière - Black (1997) montre ainsi que ceteris paribus les parents du Massachusetts sont prêts à payer un loyer 5% supérieur pour que leurs enfants étudient dans un collège réputé – ou alors ii)contourner les règles de zonage du collège/lycée en fonction du domicile parental, c'est-à-dire la carte scolaire. Afin de permettre aux meilleurs étudiants des quartiers difficiles d’étudier dans des établissements prestigieux, la carte scolaire est assouplie depuis la rentrée 2007 mais pour quel bilan ?

Les résultats de l’enquête de la Cour des Comptes (novembre 2009) faite à la demande du Sénat sur l’impact de l’assouplissement de la carte scolaire sur les 254 collèges « ambition réussite » - les collèges les plus défavorisés de France- ont eu l’effet d’un pavé dans la marre. En effet, près de 75% des collèges étudiés ont perdu des élèves, entraînant ainsi « une plus grande concentration dans ces collèges des facteurs d’inégalités » (Cour des Comptes, 2009). Inégalités en termes de moyens mais également en termes de « savoirs » puisque les meilleurs élèves ont effectivement un « bon de sortie ».

On ne peut cependant critiquer les conséquences de cette promesse électorale de Nicolas Sarkozy sans en souligner l’objectif louable qui la régissait : casser l’asymétrie d’information entre « insiders » de l’éducation nationale, au fait des procédures pour « contourner » la carte scolaire, et « outsiders » pour lesquels le système était opaque. On peut en revanche regretter que l’assouplissement de la carte scolaire ne soit pas accompagné d’un renforcement de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite « SRU », qui permettrait de réduire les inégalités entre établissements scolaires en intégrant un peu de mixité sociale dans les autres quartiers.

Le gouvernement a récemment réaffirmé la volonté d’appliquer la loi SRU, notamment dans sa mesure phare - l’obligation d’un pourcentage de 20% de logements sociaux dans les communes urbaines de plus de 3500 habitants - en prenant mieux en compte les différences territoriales. La mixité sociale attendue de la loi SRU pourrait être un remède aux inégalités entre écoles de l’enseignement secondaire.

Il y a bien sûr des dizaines de facteurs pouvant expliquer les inégalités de réussite scolaire. Les enquêtes menées par le Ministère de l’Education Nationale sont généralement focalisées sur les inégalités salariales, sur les différences de catégories socioprofessionnelles ou encore sur les écarts de diplômes entre parents. La redistribution, la gratuité de l’école et la protection sociale doivent permettre d’atténuer ces différences. L’existence de logements à loyers modérés est également une forme de redistribution. Dans L’égalité des possibles (2005), Eric Maurin insiste sur la nocivité du surpeuplement des logements sur les résultats scolaires : un adolescent n’ayant pas une chambre individuelle pour faire ses devoirs a 60% de chances de redoubler au moins une fois avant la fin du collège (la moyenne étant de 40%) et une chance sur trois de sortir sans diplômes du système éducatif (INSEE, 1997).

Pour Eric Maurin, le combat contre les inégalités passe par le désenclavement des quartiers sensibles. Répartir les habitations à loyer modéré de façon équitable sur l’ensemble du territoire français permettrait de limiter l’effet des inégalités économiques spatiales sur la réussite future des enfants…et réinjecter un peu d’égalité en début de vie scolaire.

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